lundi 23 octobre 2017

Coulisses de l’OMC : Les vrais enjeux de Marrakech

Omc les 20 ans a marrakech avril 2015

La célébration des 20 ans de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) à Marrakech, les 8 et 9 avril, n’était pas un simple événement festif.
Il y avait de véritables enjeux.
L’OMC compte aujourd’hui 160 pays membres qui, selon son Directeur général, RC de Azevedo, représentent 98% du commerce mondial.
Mais l’Organisation connaît plusieurs blocages.
Dès sa naissance, les divergences ont éclaté autour de questions telles que celles des subventions, des produits agricoles, de la libéralisation des services…
Le cycle de négociations de Doha, lancé en 2001, n’a toujours pas abouti, 14 années plus tard !
Pire, selon De Azevedo, le chemin pris dans ces négociations, depuis 2008, a conduit «à une impasse».
L’Accord de Bali sur la facilitation des échanges, conclu en décembre 2013, devait aider à sortir de l’impasse, en fixant des règles pour réduire les obstacles et simplifier les procédures douanières. Selon De Azevedo, cet accord pourrait baisser les coûts du commerce jusqu’à 15% dans les pays en développement.
Mais si, en novembre 2014, les 160 membres avaient adopté un Protocole d’amendement pour introduire l’Accord de Bali sur la facilitation des échanges dans l’Accord sur l’OMC ; et si, suite à cela, les négociations avaient été relancées ; il reste que l’Accord de Bali n’a toujours pas été ratifié.

A Marrakech, il ne s’agissait donc pas seulement de «célébrer les succès» des 20 ans d’existence de l’OMC… Il y avait de grands enjeux. Lesquels ? Le DG de l’Organisation ne s’en cache pas.
Il faut ratifier l’Accord de Bali.
Une conférence ministérielle de l’OMC est programmée en décembre prochain à Nairobi. Le grand objectif est d’intensifier les négociations, de manière à que les pays membres puissent établir, d’ici à l’été 2015, un programme de travail qui aiderait à clore le cycle de Doha.
A Marrakech, plus de 300 conférenciers, dont une trentaine de ministres du continent africain, devaient y réfléchir.
Et ce n’est pas un hasard si la présence africaine était aussi importante. De façon générale, l’intégration africaine était au centre de la rencontre, certes. Mais en plus -enjeu dans l’enjeu- Roberto C. De Azevedo a invité les parlementaires africains afin de les sensibiliser à la ratification de l’Accord de Bali qui doit l’être par les deux-tiers des membres de l’OMC. Or, les voix africaines représentent 40%.
Dossier, avec les confidences du DG de l’OMC, Roberto Carvalho De Azevedo, du ministre du Commerce et de l’Industrie My Hafid El Alamy et de l’ambassadeur du Maroc en Italie (ex-ministre du Commerce, au moment de la création de l’OMC), Hassan Abouyoub.

KB

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Les 20 ans de l’OMC : Un rôle pour l’Afrique

Omc marrakech avril 2015

L’Afrique prend conscience de ses atouts. Elle ne veut plus se contenter d’assistance et d’aides, mais jouer un rôle central. D’autant que sa voix compte plus qu’il n’y paraît…

C’est à Marrakech, qui a vu naître l’OMC en 1994, en remplacement des accords du GATT, que les ministres africains du commerce ont tenu leurs assises (8 et 9 avril 2015), en marge de la commémoration du 20ème anniversaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Vingt ans après, le bilan est révélateur: beaucoup de choses ont été réalisées, d’autres restent à faire. «Il faut négocier plus et vite. Il faut faire avancer les négociations et conclure le plus tôt possible», nous a confié le Directeur général de l’OMC, le Brésilien Roberto Carvalho De Azevedo, en faisant référence au retard pris concernant les négociations commerciales, mais sans se départir d’un optimiste encourageant.
«Le système a très bien fonctionné et ça marche très bien, parce qu’il y a des choses (voir interview) que nous pouvons faire pour améliorer le système sans avoir recours à un changement radical», a-t-il précisé. Même si l’OMC a atteint et même dépassé l’âge de maturité, le combat est loin d’être terminé. Car, conclure les accords n’est pas chose aisée au regard des intérêts pas toujours convergents. Le DG Roberto Azevedo n’a pas versé dans la langue de bois dans son discours inaugural, devant à un parterre de ministres africains du commerce, d’experts en la matière et de parlementaires. Il a appelé à une rapide ratification de l’accord de l’OMC sur la facilitation des échanges commerciaux. Il reste néanmoins une sortie de secours: la 10ème Conférence ministérielle de Nairobi, en décembre prochain, qui devra ratifier cet important document par les deux-tiers des membres de l’OMC.

Succès et défis

Les travaux de la Conférence internationale des ministres africains du commerce, placés sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, avec comme thème la «Célébration des succès et défis pour l’avenir», ont été une occasion de réunir ministres du commerce et parlementaires africains. Un débat qui a permis d’écouter attentivement la voix de l’Afrique, ses recommandations et ses ambitions. De nombreux hauts responsables ont été unanimes à dire haut et fort que le continent africain, au regard de ses potentialités et de ses ressources humaines et naturelles ne veut plus se contenter de l’assistance et de l’aide saisonnière, mais réclame un rôle dans l’échiquier commercial international à même de lui permettre la création de richesse, pour être capable de relever les défis de sa croissance économique et de son développement durable.
Le Directeur général de l’OMC, Carvalho De Azevedo, a cependant reconnu que le continent n’a pas une place de choix. Il a certes d’énormes potentialités, mais il a besoin de développer le commerce international.
En ouvrant les travaux de la rencontre de Marrakech, le chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, n’est pas allé par quatre chemins en affirmant: «L’Afrique n’a plus besoin d’assistance, mais plutôt d’être accompagnée pour maîtriser son destin et gérer ses ressources».

Des résultats, mais…

Il ne faut pas croire que tout baigne dans l’huile. Si des résultats ont été réalisés, il subsiste néanmoins des disparités et des positions encore discordantes que la Conférence de Marrakech s’est attelée à rapprocher et à faire des recommandations pour parvenir à accorder les violons. L’Afrique en a sérieusement besoin pour faire entendre sa voix et défendre ses acquis, consciente du rôle qu’elle veut désormais jouer sur l’échiquier du commerce mondial, suivant une feuille de route dûment étudiée. Et pour cause: sur les 160 Etats membres de l’OMC, 42 sont africains. Ils représentent donc une force sur laquelle il faut désormais compter. C’est pour cela que le Directeur général de l’OMC a pressé ces Etats de ratifier au plus vite l’accord de Bali de 2013 sur la facilitation des échanges commerciaux, dont la mise en œuvre nécessite le vote positif des deux-tiers des membres. Et ce, avant la dixième conférence ministérielle de l’OMC prévue en décembre 2015 à Nairobi (Kenya), à laquelle les Africains se préparent tout en sachant de manière claire ce qui les attend.
L’ambassadeur du Maroc en Italie, Hassan Abouyoub, temporise: «A l’OMC, nous avons appris à nous confronter aux défis de manière plus sereine», ce qui exclurait toute velléité de confrontation.
C’est peut-être dans cet esprit que le Directeur général de l’OMC s’est longuement entretenu, rideau baissé, avec de nombreux ministres africains présents à Marrakech. Ces concertations, nous a confié une source africaine, lui auraient permis de s’enquérir de leurs positions respectives, histoire d’éviter des surprises lors de la dixième conférence ministérielle de l’OMC en décembre prochain à Nairobi. La même source n’a pas manqué de mettre en évidence le rôle central du Maroc au sein de l’Organisation mondiale du Commerce et sa dynamique, aussi bien en ce qui concerne la préparation de la rencontre de Marrakech que lors des négociations du Cycle de Doha.
Le chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, s’est d’ailleurs félicité que «Marrakech soit à nouveau la capitale du commerce mondial, vingt ans après avoir donné naissance dans cette même ville ocre à l’OMC». Il n’a pas manqué d’émettre le souhait de voir les prochaines négociations accorder plus de place aux pays africains. «Les peuples, a-t-il souligné, ont désormais une voix qui doit être écoutée». L’OMC a une responsabilité historique, celle de dynamiser le commerce international et de le mettre au service du développement, dans le cadre des accords de libre-échange et c’est aussi notre responsabilité à tous, a conclu Benkirane.

S’unir pour libérer la croissance

Le Directeur général de l’OMC, intervenant en séance inaugurale, s’est montré nostalgique. «Cet événement n’aurait pu être tenu dans un lieu aussi parfait, au Maroc, pays dans lequel l’OMC a vu le jour il y a de cela vingt ans», a-t-il rappelé. Et Roberto Carvalho De Azevedo de lancer aux Etats africains membres, optimiste: «Il faut s’unir pour libérer la croissance, soutenir le développement, livrer plus de résultats et faire, le plus rapidement possible, avancer des négociations qui ont stagné durant de nombreuses années». Convaincu, l’orateur a gardé les pieds sur terre en soulignant: «Il reste de grands problèmes à résoudre et il faut faire avancer l’agenda. Il y aura sûrement des écueils, mais il faudra démontrer que l’OMC peut être utile et efficace». «Le commerce peut libérer la croissance et le développement et s’en servir de la façon la plus plausible. Il nous faudra juste des solutions positives pour élever le niveau de vie des populations et c’est ensemble que nous le ferons», a-t-il conclu.

Le bilan des 20 ans

Rachid Talbi Alami, président de l’Union parlementaire africaine, a salué le choix hautement symbolique de Marrakech pour abriter cette Conférence des ministres africains du commerce qui reconnaît et récompense les efforts consentis par le Royaume pour la réussite de ce rendez-vous qui, a-t-il dit «nous interpelle pour faire le bilan de 20 ans et nous interroge sur les réalisations afin de mettre à niveau nos économies, renforcer notre accès aux marchés internationaux et répondre aux attentes des populations en matière de développement durable».
L’Afrique est consciente de ses capacités et de ses ressources et convaincue qu’elle représente un pôle économique des plus importants, une locomotive pour le développement international. Cette Afrique qui est aujourd’hui en position de regarder vers un avenir meilleur, a souligné Rachid Talbi Alami. En effet, le taux de croissance en Afrique est des plus élevés, le commerce s’est accru de plus de 200% et le continent n’est plus un marché de consommation, mais beaucoup plus apte à interagir de façon plus positive, a-t-il souligné. Et de conclure: «Elle (l’Afrique) n’a plus besoin d’assistance saisonnière, mais plutôt de partenariat économique et combien solidaire, juste et équitable et de profiter des opportunités de l’OMC pour renforcer les échanges commerciaux et, par ricochet, la compétitivité de nos entreprises, améliorer la qualité de nos produits pour créer l’emploi et augmenter le PIB et nos réserves en devises. Pour Ce faire, il faut être innovant».

Réalisations remarquables

Pour My Hafid El Alamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, l’OMC a, en vingt ans d’existence, réussi des réalisations remarquables. «Une OMC forte et essentielle, nous ne pouvons nous en passer, même s’il y a quelques mises au point à faire… Seule l’OMC peut et doit jouer un rôle et trouver la réponse adéquate».

Partager nos expériences

Le Maroc s’est toujours mobilisé pour le continent africain, convaincu que l’Afrique a toutes ses chances. «Nous avons le droit de rêver, s’est exclamé My Hafid Elalamy… Au Maroc, nous sommes prêts à partager nos expériences, heureux de cette orientation vers ce continent qui a toujours existé. Nous sommes en train de rattraper le retard et de profiter de nos capacités et elles sont immenses». Il a appelé à réduire les obstacles non tarifaires pour augmenter les possibilités d’accès des Etats africains aux marchés et faciliter la diversification de leur économie».

DNES à Marrakech, Mohammed Nafaa

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