L’Afrique s’éveillera-t-elle ?

Toute la semaine, les yeux des Marocains étaient braqués sur l’Afrique subsaharienne. Et pour cause, le Roi du Maroc y effectuait une tournée qui devait le conduire au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon.

Toute la semaine, donc, les médias nationaux (bien qu’ils n’aient pas été invités à couvrir ces visites, seules la MAP et la télévision ayant eu ce privilège) ont rapporté les faits marquants de cette tournée et disséqué les relations du Maroc avec les trois pays visités, voire avec le sous-continent dans son ensemble.

Des relations qui ont démarré très fort, du temps des indépendances et de leurs grands hommes (les années soixante) ; qui ont connu des hauts et des bas, lorsque le Maroc a claqué la porte de l’OUA, après que cette organisation ait violé sa propre charte en cédant un siège à un membre ne répondant pas aux conditions d’admission (le Polisario, sous sa bannière RASD qui n’en est pas pour autant un Etat). Enfin, des relations qui, depuis plus d’une décennie, se reconstruisent et tentent de le faire sur des bases plus solides, notamment sur le plan économique.

Certes, le Maroc et ses hommes d’affaires (banquiers, promoteurs immobiliers, industriels…) ont eu le bon réflexe en décidant d’investir dans leur propre continent, aux portes duquel se bousculent aujourd’hui tous ceux dont les horizons se sont obscurcis, du fait de la crise mondiale, en général et de celle de la zone euro, en particulier. Ils ont même été quelque peu visionnaires, au vu des investisseurs du monde entier qui pensent aujourd’hui que l’Afrique pourrait offrir les meilleures opportunités et cherchent à s’y implanter. La Chine y a déjà engagé une offensive de charme qui ne peut qu’aller croissant. Toutes les autres grandes puissances –qui voyaient traditionnellement dans l’Afrique un réservoir de matières premières, où elles puisaient à volonté pour transformer ces matières premières en produits manufacturés qu’elles revendaient aux Africains, y voient à nouveau des filières porteuses et niches à exploiter, cette fois-ci dans les infrastructures, les services, les métiers du monde…

Mais le Maroc, comme les autres, croit en une Afrique dont on dit qu’un jour, elle s’éveillera et que, peut-être, comme disait Alain Peyrefitte de la Chine, le monde tremblera («Quand la Chine s’éveillera… Le monde tremblera», best-seller d’Alain Peyrefitte paru en 1973).

L’Afrique s’éveillera-t-elle ? Là est toute la question. Le fait est qu’aujourd’hui, les investisseurs –ceux du Maroc, comme les autres- prennent des risques qui, parfois, leur coûtent cher. On a vu ce qu’ont subi ceux qui étaient au Mali lors de l’occupation du Nord de ce pays, cette année ; ou, en Côte d’Ivoire pendant la guerre des camps Gbagbo et Ouatara ; ou encore cette semaine, en Centrafrique, le coup d’Etat contre Bozizé s’accompagnant de pillages et saccages… Quand il s’agit de banques, par exemple, non seulement elles voient leur établissement fermé ou détruit, mais en plus, tenues de respecter la réglementation prudentielle en vigueur, elles doivent constituer des provisions à hauteur des risques, ce qui grève leurs bénéfices et fonds propres.

Les économies asiatiques ont émergé. Aujourd’hui, la Chine est la 2ème puissance économique mondiale après les USA. Les économies africaines, elles, semblent encore loin du but. Les pays d’Afrique sont riches, mais les populations vivent dans la misère. Les grandes puissances soutenaient «les chefs d’Etat amis», y compris les plus fous d’entre eux (comme un Bokassa qui s’auto proclame empereur), pour protéger leurs intérêts. A présent, les temps ont changé. Même la Françafrique –dont personne ne croit qu’elle disparaîtra vraiment- ne fonctionnera plus de la même manière. Le Président de Centrafrique, renversé cette semaine, l’a constaté à ses dépens… L’Afrique en est encore à faire des coups d’Etat, malgré ses engagements à «respecter l’Etat de droit fondé sur la volonté populaire exprimée par la voie des urnes et non par la force». Engagements pris dans la Déclaration de Lomé sur les changements anticonstitutionnels (juillet 2000), ou plus récemment, dans la Charte Africaine pour la Démocratie, les élections et la bonne gouvernance (janvier 2007)… Mais qui n’ont empêché ni le capitaine Sanogo de prendre le pouvoir par la force au Mali, il y a un an, ni le chef de la Séléka, Michel Djotodia, d’en faire autant, en Centrafrique, ces jours-ci.

L’Afrique en est encore à faire des coups d’Etat, comment peut-elle se concentrer sur son décollage économique ? Pourtant, le potentiel est énorme. Avec une croissance économique moyenne de 4,5% en 2012 (et aux alentours de 5,5 dans les pays de l’UEMOA et de la CEMAC), avec toutes les richesses de son sous-sol et toute la main d’œuvre dont elle dispose, l’Afrique peut emprunter le chemin des économies émergentes (économies asiatiques, BRICS) et, un jour, faire trembler le monde. Mais il y a du travail !

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