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Egypte/Turquie | Le front libyen

Egypte/Turquie | Le front libyen

Libye-Turquie

Un affrontement entre l’Egypte et la Turquie est maintenant possible en Libye. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a prévenu que toute avancée des forces du «gouvernement d’union nationale» (GNA), soutenues par Ankara, vers la ville stratégique de Syrte, en Libye, pourrait mener à une intervention «directe» du Caire.

En rendant effectif sur le terrain son soutien au GNA, la Turquie est parvenue à changer la donne. Aidées notamment par la force de frappe des turcs et de leurs milices venues de Syrie, les forces loyales au GNA -basé à Tripoli et reconnu par l’ONU- ont remporté d’importantes victoires depuis début juin, reprenant le contrôle de l’ensemble du nord-ouest de la Libye. Les troupes rivales du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est libyen, soutenu entre autres par l’Égypte, n’ont cessé de reculer ces dernières semaines, essuyant des revers sur le terrain qui ont signé l’échec de leur offensive sur Tripoli lancée en avril 2019. La donne a changé et Le Caire considère maintenant que ses intérêts vitaux sont en jeu.

Syrte, ville natale de l’ancien président Kadhafi, ainsi qu’Al-Joufra plus au sud, représentent une «ligne rouge», a averti M. Sissi, lors d’un discours retransmis à la télévision. «Toute intervention directe de l’Égypte est devenue légitime au niveau international, que ce soit au regard de la charte de l’ONU sur la légitime défense, ou qu’elle se base sur la seule autorité légitime élue par le peuple libyen: le Parlement libyen», a affirmé M. Sissi. Le président égyptien évoque ici le parlement basé à Tobrouk puis depuis 2019 à Benghazi, en Cyrénaïque. Élus en 2014, ses parlementaires soutiennent le maréchal Haftar et ne reconnaissent pas les autorités de Tripoli qui disposent de leur propre parlement. «Si le peuple libyen nous demande d’intervenir, c’est un signal envoyé au monde que l’Égypte et la Libye partagent (…) des intérêts communs, la sécurité et la stabilité», a ajouté le président égyptien. Une “déclaration de guerre”: c’est ainsi que qualifie le Gouvernement libyen d’union nationale (GNA) les propos du président égyptien. Ankara a de son côté exigé le retrait des troupes du maréchal Haftar de la ville de Syrte comme condition préalable à toute trêve. «Un cessez-le-feu doit être viable (…) ce qui veut dire que les forces de Haftar doivent se retirer de Syrte et d’al-Joufra», a déclaré le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, lors d’un entretien avec l’AFP à Istanbul. Ces avertissements successifs interviennent après l’invitation lancée par Le Caire, et refusée par le GNA, d’assister à une réunion d’urgence sur la Libye de la Ligue arabe, dont le siège est basé dans la capitale égyptienne. Lors d’une réunion en visioconférence des ministres de la Défense de l’Otan -dont Ankara et Paris sont membres-, la France avait reproché à la Turquie son comportement «extrêmement agressif» contre l’une de ses frégates en Méditerranée et martelé que l’implication d’Ankara sapait tout effort de trêve en Libye. Ankara -qui discute également avec Moscou dans le but de parvenir à un nouveau cessez-le-feu en Libye après l’échec de plusieurs trêves précédentes- a tancé la France, accusée de soutenir le maréchal. «Le gouvernement français soutient un chef de guerre illégitime», a dénoncé M. Kalin. «Malgré tout cela, ils (les responsables français, NDLR) continuent de nous critiquer. Mais nous travaillons avec les acteurs légitimes et c’est la France qui travaille avec les mauvais acteurs».

La Turquie estime que l’Egypte tente depuis un certain temps de créer un front anti-turc. La tension ne date pas d’hier.

L’Égypte a annoncé une alliance anti-Turquie qui comprend la Grèce, Chypre, les Émirats arabes unis (EAU) et la France pour faire face aux mouvements turcs en Libye et en Méditerranée. L’annonce a été faite lors d’une réunion virtuelle avec les ministres des Affaires étrangères de ces pays le 11 mai. Dans une déclaration commune publiée peu après la réunion, l’alliance à cinq a déclaré qu’elle se concentrerait sur la lutte contre les mouvements turcs dans les eaux territoriales de Chypre. L’Union européenne a condamné le 16 mai les opérations de forage et d’exploration du navire de forage turc Yavuz, qui effectue des forages au large de Chypre depuis avril.

Les poches de gaz trouvées en Méditerranée orientale, au large des territoires contrôlés par Haftar, expliquent, dans une large mesure, l’inimitié croissante entre la Turquie et l’Égypte. Les ressources de cette zone sont source de tensions depuis des décennies, mais l’atmosphère est devenue encore plus tendue depuis qu’Erdogan et Sarraj ont signé, en novembre dernier, un accord controversé pour créer un couloir maritime entre la Turquie et la Libye. Il y a également une composante politique et idéologique très importante. Ce facteur n’est autre que les Frères musulmans. Les différents gouvernements égyptiens, depuis l’époque du nassérisme, ont soumis l’organisation à une répression sévère. En effet, le vainqueur des dernières élections démocratiques, Mohamed Morsi des Frères musulmans, a été destitué, emprisonné et condamné à mort par le nouveau régime Al-Sissi. Il est décédé d’une crise cardiaque avant que la peine soit purgée. La Turquie, en revanche, a toujours été très complaisante avec les membres du groupe, à qui elle a offert l’asile informel sur son territoire. La direction islamiste d’Erdogan et de son Parti de la justice et du développement (AKP) a renforcé la bienveillance d’Ankara envers les Frères musulmans.

Confrontation territoriale, économique et idéologique avec un passé souvent conflictuel entre le grand pays arabe et le califat ottoman, c’est bien un contexte explosif en Libye entre Le Caire et Ankara.

Patrice Zehr

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