jeudi 19 octobre 2017

Terrorisme : Réplique danoise du séisme français

Attentats danemark fevrier 2015

La presse française a noté, bien sûr, les similitudes, en dehors du bilan, entre l’action terroriste de Copenhague et celles de Paris.

La police danoise elle-même soupçonne le tueur d’avoir voulu imiter les attentats parisiens. Comme les frères Kouachi qui ont tué à la kalachnikov, le 7 janvier à Paris, 12 personnes en attaquant Charlie Hebdo, l’hebdomadaire satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet, un assaillant a mitraillé, samedi à Copenhague, un centre culturel où se tenait le débat «Art, blasphème et liberté», tuant un homme. Parmi les invités, un artiste qui a lui aussi caricaturé le prophète de l’islam. Et comme Amédy Coulibaly, qui a tué quatre juifs le 9 janvier dans un supermarché casher parisien, l’assaillant du Danemark s’en est pris ensuite à une synagogue. Il y a mortellement blessé un juif avant d’être abattu plus tard par la police, comme les forces de l’ordre françaises ont tué les tireurs parisiens au terme d’une traque plus longue.

«Il y a des similitudes, acquiesce Jean-Charles Brisard, expert des questions liées au terrorisme, cité sur le site du Point.fr, mais elles relèvent de tendances lourdes qu’on observe depuis plusieurs années». Parmi elles, «des cibles à haute valeur symbolique» qui remplacent les «attentats aveugles», des «armements de moins en moins sophistiqués» au lieu d’explosifs «dont les terroristes se méfient, car ils sont davantage surveillés par les services de renseignement».
Pour ce spécialiste, ce type d’attaques «nécessite beaucoup moins de préparatifs que les attentats» commis par le passé, ce qui les rend plus difficiles à détecter. Avant même les attaques parisiennes, plusieurs hommes convertis aux thèses jihadistes étaient passés à l’acte, comme le Français Mehdi Nemmouche qui a tué quatre personnes au Musée juif de Bruxelles en mai, le Canadien Michael Zehaf-Bibeau qui a tué un militaire à Ottawa en octobre ou encore Man Haron Monis, auteur en décembre d’une prise d’otages à Sydney qui s’est soldée par la mort de deux personnes et de l’attaquant. Qu’ils aient agi seuls ou qu’ils se revendiquent d’un groupe, tous semblent avoir mis en pratique les consignes d’Al-Qaïda ou de l’EI: passez à l’action là où vous vivez, en faisant le plus de bruit possible.
Pour l’Obs: «Au-delà des cibles visées, les attentats qui ont frappé les deux capitales ont bien des choses en commun, notamment les sources auxquelles se nourrissent les terroristes. La France et le Danemark sont deux pays qui, dans les dernières années, se sont moins retenus que d’autres en matière de liberté d’expression: le Danemark en 2005 à travers les caricatures de Mahomet publiées dans le ”Jyllands Posten”, la France via ”Charlie Hebdo” depuis des années. Et c’est cette liberté d’expression poussée à l’extrême qui est, semble-t-il, l’étincelle qui a déclenché les deux fusillades».
Le caricaturiste Lars Vilks, dont l’un des dessins faisait partie des caricatures qui ont enflammé le monde après leur publication en 2005 dans le «Jyllands-Posten», était, semble-t-il, la cible de l’attentat de samedi à Copenhague.
«La France comme le Danemark ont une conception assez solide de la liberté d’expression», souligne Xavier Landes, chercheur en philosophie politique et économique au Centre for the Study of Equality and Multiculturalism (CESEM) de l’Université de Copenhague… Un certain nombre de caricaturistes avaient déjà été la cible d’attaques dans le pays. En 2010, Kurt Westergaard, un dessinateur du ”Jyllands Posten”, avait été agressé par un homme armé d’une hache qui s’était introduit chez lui avant d’être arrêté à temps par la police danoise. Et Lars Vilks était sur la liste des “Most Wanted” du magazine d’Aqpa (Al-Qaïda dans la Péninsule arabique) à la gauche de Charb de “Charlie Hebdo”».
Pour le Monde également, au début, était la caricature.
«”Charlie Hebdo et moi avons un destin commun”, a confié à la radio danoise le dessinateur Kurt Westergaard, après la tuerie de Charlie Hebdo dans laquelle plusieurs de ses collègues ont été assassinés, mercredi 7 janvier. Leur destin est lié depuis l’affaire des caricatures de Mahomet. Le dessinateur a provoqué l’indignation de la communauté musulmane avec la publication, le 30 septembre 2005, d’un dessin du Prophète portant un turban en forme de bombe, dans le quotidien danois Jyllands-Posten. Accusé de blasphème, il a vu sa tête mise à prix par des groupes islamistes. En solidarité, plusieurs journaux européens ont publié, en février 2006, les caricatures du Jyllands-Posten. Le journal satirique français a été l’un des premiers à s’engager pour défendre cette liberté d’expression».
Pour le Figaro, c’est toute l’Europe qui est sous pression terroriste maintenant.
«C’est bien la séquence ouverte par l’attaque contre la rédaction de Charlie Hedbo (17 morts, les 7, 8 et 9 janvier dernier) qui se prolonge dans le nord de l’Europe… L’émotion qui grandit en Europe est à la mesure de l’inquiétude des autorités qui voient les drames se succéder sans que rien ne puisse enrayer cette logique de violence. Comme si les États étaient condamnés à réagir sans pouvoir anticiper pleinement, même si des attentats sont déjoués discrètement, jour après jour».
«L’ex-juge Bruguière, qui fut le patron de la lutte antiterroriste en France, le dit: ”Au-delà des pétitions de principe, il faut passer à l’acte”. Car l’Europe avance en ordre dispersé. Et cet ancien magistrat de dénoncer les atermoiements dans l’affaire du PNR (Passenger Name Record), ce fichier des données de réservation des passagers aériens qui doit permettre une détection plus précoce des déplacements des terroristes et criminels dangereux. En Europe, tous les pays ne voient pas d’un bon œil cet outil ”attentatoire aux libertés individuelles”, assurent les plus réticents et qui permet pourtant d”’établir la traçabilité du parcours des combattants étrangers”, corrigeait Bernard Cazeneuve, ce dimanche (15 février)».
Sécurité et liberté, de plus en plus difficile à concilier. On n’a pas su ou pas voulu voir… Maintenant, il faut faire face.

Patrice Zehr

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C’est une erreur d’analyse aux graves conséquences que de lier les terroristes «marocains» des ramblas …

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