mercredi 24 octobre 2018

Terrorisme : le péril tchétchène

Le dernier attentat au couteau au cœur de Paris, quartier de l’Opéra, a braqué les projecteurs sur le rôle des Tchétchènes dans le terrorisme radical.

Khamzat Azimov, l’auteur de l’attaque au couteau, perpétrée samedi 12 mai à Paris, était un Français naturalisé, né en Tchétchénie, fiché S pour ses «relations». Khamzat Azimov a été naturalisé français en 2010. Sans antécédent judiciaire, il était cependant connu des services de renseignements pour avoir fréquenté le mari d’une femme partie en Syrie. L’attentat a d’ailleurs été revendiqué par le groupe Etat islamique, qui a présenté l’homme comme un de ses «soldats». Les autorités tchétchènes tentaient néanmoins de minimiser le lien entre le drame et leur pays. Le dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov, a ainsi réagi en affirmant que «toute la responsabilité» revenait à la France, où l’assaillant présumé a grandi. De tels crimes «ne connaissent pas de nationalité, de religion, de patrie ou de drapeau», a de son côté déclaré le ministre tchétchène de l’Information, Djamboulat Oumarov.

Ce n’est pas la première fois que des Tchétchènes attirent l’attention des autorités françaises pour leurs liens avec le terrorisme. En 2006, vingt-sept membres de ce qui était alors présentée comme «la filière tchétchène», ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 10 ans d’emprisonnement, pour des projets d’attentats sur le sol français. Et en 2015, moins d’un mois après l’attentat contre Charlie Hebdo, six hommes tchétchènes ont été écroués dans une enquête sur une filière d’envoi de djihadistes en Syrie.

Après les deux guerres de Tchétchénie, qui ont opposé les indépendantistes aux armées russes, de nombreux Tchétchènes se sont enrôlés dans des groupes terroristes du Moyen-Orient, y voyant l’occasion de prendre position contre le pouvoir russe. Ramzan Kadyrov, un fidèle soutien du président russe Vladimir Poutine, dirige d’une main de fer, depuis 2007, la Tchétchénie. Il est accusé par les défenseurs des droits de l’Homme d’y avoir mis en place un régime «totalitaire» en recourant aux enlèvements et à la torture, mais aussi d’avoir islamisé son pays à marche forcée.

«Une mouvance tchétchène est séduite par le discours djihadiste. Certains nourrissent une telle détestation de Vladimir Poutine et de la Russie que tous les ennemis de ce pays sont les bienvenus», analysait ainsi, dès 2015, pour «Franceinfo», Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST). Fin 2015, Daech revendiquait ainsi entre 2.000 et 3.000 combattants du Caucase et d’Asie de l’Est dans ses rangs. Ces derniers constituaient d’ailleurs la part la plus importante des combattants étrangers, venus gonfler les rangs de l’organisation terroriste.

Au sein du groupe terroriste, ils occupent une place importante, à l’image d’Omar dit «le Tchétchène», un des principaux chefs militaires du groupe tué en Irak en 2016. Ancien militaire de l’armée russe, l’homme, reconnaissable à sa longue barbe rousse, était d’ailleurs devenu le symbole de l’arrivée des Caucasiens (région qui comprend la Tchétchénie) parmi les rangs de l’EI.

Dokou Oumarov, chef d’un émirat du Caucase autoproclamé, a revendiqué l’attentat qui a fait 40 morts dans le métro de Moscou, le 29 mars 2010 et celui qui a fait 36 morts à l’aéroport de Domodedovo, le 24 janvier 2011. Des dizaines de représentants de cette mouvance seraient présents en Allemagne.

Le 15 avril 2013, les frères Djokhar et Tamerlan Tsarnaev, deux Tchétchènes, font exploser des bombes artisanales pendant le marathon de Boston, aux Etats-Unis: on déplore trois morts et 264 blessés.

Parmi les autres attentats commis à l’étranger, celui de l’aéroport d’Istanbul qui a fait 45 morts en juin 2016 et qui a été organisé par le chef de guerre tchétchène, Akhmed Tchataïev, tué au cours d’un accrochage avec les forces spéciales géorgiennes, la même année.

«La cible prioritaire des Tchétchènes, ce n’est pas les Occidentaux. De ce point de vue-là, il y a un petit tournant», explique l’expert français, Mathieu Guidère, ajoutant que cette nouveauté peut être liée «à leur incapacité aujourd’hui à mener des actions sérieuses contre les Russes en Syrie et en Russie».

Selon l’experte française Anne Giudicelli, la directrice de la société de conseil Terrorisc, le profil de l’assaillant présumé de l’attaque de Paris a pu intéresser les recruteurs djihadistes, justement par ce qu’il avait des racines tchétchènes. «La réputation des Tchétchènes, c’est d’être forts, fidèles et violents. Ils ont une place importante dans le djihad d’hier et d’aujourd’hui», a-t-elle dit.

Patrice Zehr

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