jeudi 19 septembre 2019

Algérie : La situation politique se complique

Initialement annoncée pour le 4 juillet 2019, la présidentielle algérienne a été reportée sine die. Cet ajournement intervient dans un contexte de crise politique et sociale qui secoue le pays depuis plus de trois mois et dénote une rupture franche et définitive entre le peuple et le régime en place.

Non, la présidentielle algérienne n’aura pas lieu comme l’a souhaité le Général Gaïd Salah. Dans un communiqué diffusé le 2 juin 2019 par la télévision algérienne, le Conseil constitutionnel a expliqué les raisons pour lesquelles il s’est prononcé en faveur du report du scrutin présidentiel, dans un contexte houleux où le régime algérien est confronté à une contestation populaire inédite.

Les raisons d’un report 

Argumentant sa décision de reporter sine die la présidentielle algérienne qui était censée choisir un successeur au président déchu, Abdelaziz Bouteflika, le Conseil constitutionnel a affirmé: «L’élection présidentielle ne peut être organisée après le rejet des deux seules candidatures à ce scrutin». En effet, deux inconnus du grand public, Hamid Touahri, ingénieur en mécanique et Abdelhakim Hamadi, vétérinaire, ont présenté le 25 mai 2019 leur candidature à la présidentielle,  juste avant la fin du délai fixé.  Pour être déclarées recevables, leurs candidatures devraient recevoir, notamment, 600 parrainages d’élus et 60.000 signatures d’électeurs. N’ayant pas rempli ces deux conditions exigées par la loi électorale algérienne, Touahri et Hamadi ont vu leur candidature rejetée. Les experts de la scène politique algérienne estiment que le rejet des candidatures était prévisible. Les mêmes sources ajoutent que ces candidatures ont été suggérées par le pouvoir incarné par Gaïd Salah. Ce point de vue trouve un écho dans la rue algérienne. Lors des manifestations organisées vendredi 31 mai au centre d’Alger, entre autres villes et localités du pays. Les protestataires scandaient des slogans hostiles au régime et à ses symboles, dont Abdelkader Bensalah, président par intérim et Noureddine Bedoui, Premier ministre, auxquels est venu s’ajouter le chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, jugé responsable du blocage politique que traverse l’Algérie depuis plus de trois mois.

Comment l’Algérie en est-elle arrivée-là?

Aux yeux des contestataires et de la majeure partie des personnalités politiques algériennes, l’impasse politique dans laquelle l’Algérie s’est engouffrée est l’aboutissement logique de la politique d’entêtement menée par le régime représenté, depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika, par le général Ahmed Gaïd Salah devenu l’homme fort du pays. Bon nombre de politologues occidentaux et même algériens estiment qu’avec l’ajournement de la présidentielle algérienne annoncée initialement pour le 4 juillet 2019, l’Algérie entre dans une étape que la Constitution algérienne ne prévoit pas. Les mêmes spécialistes ajoutent que, dans ce contexte, la situation dans ce pays ira en se compliquant. Ce blocage dans lequel se trouve actuellement l’Algérie pourrait pousser le numéro un de l’armée, Gaïd Salah, à commettre l’irréparable et entrer en confrontation directe avec la rue algérienne. 

100 jours de mobilisation et ça continue…

Les manifestants ont célébré, vendredi 31 mai 2019, le 100ème jour de mobilisation qui secoue l’Algérie depuis le 16 février dernier. C’était le quinzième vendredi consécutif de rassemblements. Les marcheurs ont accusé le régime d’avoir assassiné, le 28 mai 2019, Kamel Eddine Fekhar, militant des droits de l’Homme. D’autres manifestations ont été organisées dans d’autres villes et localités algériennes. A Oran, Constantine et Annaba, par exemple, les manifestants ont également exigé que la lumière soit faite sur cette affaire. Rappelons que Kamel Eddine Fekhar avait observé une grève de la faim, depuis son placement en détention préventive, le 31 mars 2019, pour «atteintes aux institutions». De 2015 à 2017, il avait purgé deux ans de prison pour «atteinte à l’autorité de l’Etat». Pour Amnesty International, l’emprisonnement et la mort mystérieuse  d’un militant des droits de l’Homme algérien sont une honte pour l’Algérie et son régime.

Un avenir incertain

S’agissant de l’avenir politique du pays, les analyses convergent toutes vers un seul et unique constat, selon lequel l’Algérie est promue à un avenir incertain. Face à des manifestants qui ne lâchent rien et un régime qui refuse toute concession, il est difficile de prédire avec exactitude de quoi sera fait demain. Ce qui est certain, c’est que le général Gaïd Salah est en passe de perdre patience. En témoignent les dernières arrestations opérées avant et pendant les manifestations du 31 mai 2019 au centre d’Alger. Des informations concordantes, corroborées par des clichés partagés sur Facebook par des activistes algériens, ont montré des passants arrêtés avant même le démarrage des manifestations. Interdites à Alger depuis 2001, ces dernières ont été jusqu’ici plus ou moins tolérées par la police. Or, depuis quelques jours, il a été remarqué un raidissement de l’attitude policière vis-à-vis de la rue.  

Face au désaveu populaire, les symboles du régime auront beaucoup de mal à se maintenir à leurs postes. Sans leur départ, la situation actuelle en Algérie promet d’empirer. D’autant plus qu’elle est inédite du fait qu’elle n’est pas prévue ou même envisagée par la Constitution algérienne, concernant la fin du mandat du président par intérim. Comme souligné par les observateurs de la scène politique en Algérie, à partir du 9 juillet prochain, lorsque le mandat de l’actuel président de la République par intérim prendra fin, l’Algérie entrera dans un vide constitutionnel.

Le président de l’Association des oulémas algériens, Abderrazak Guessoum,  a souhaité, dimanche 2 juin 2019, le départ de Abdelkader Bensalah, après l’annonce du Conseil constitutionnel sur l’impossibilité de tenir l’élection présidentielle le 4 juillet prochain. Pour lui, «les marches organisées chaque vendredi par la rue algérienne sont un référendum avec des revendications et des demandes précises qu’il faut écouter».

Mohcine Lourhzal

Ça s’annonce mal pour les oligarques algériens 

Le parquet a requis, lundi 3 juin 2019, 18 mois de prison et 100.000 dinars d’amende contre Ali Haddad, ancien président du Forum des chefs d’entreprises pour «faux et usage de faux». Haddad a été arrêté le 31 mars 2019 dans un poste-frontière avec la Tunisie, deux jours seulement avant la démission de Abdelaziz Bouteflika, alors qu’il était en possession de passeports et de devises non déclarées. Son arrestation a été le début d’une série d’interpellations opérées, sur ordres du général Gaïd Salah, contre des figures proches du président algérien déchu. Parmi les figures épinglées par Salah, figure Saïd Bouteflika qui n’est autre que le frère et l’ancien bras droit du président déchu.

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