jeudi 17 août 2017

Maroc : Fortes inondations et faibles moyens

Inondations maroc novembre 2014

Encore une fois, toute une région du pays a dû faire face à la colère de la nature. Des pluies diluviennes ont fait des ravages dans le sud. Certes, il y a bien eu une alerte officielle, mais faute de moyens, on a couru au drame pour ensuite en recenser les dégâts et compter les morts. Les faits.

Du 21 au 23 novembre, le sud du Maroc a subi des pluies diluviennes qui ont entraîné la crue de plusieurs oueds près des massifs du Haut et de l’Anti-Atlas. Au moins huit personnes sont mortes et 24 disparues dans les zones de Guelmim, d’Agadir-Ouarzazate et de Marrakech. Une centaine de maisons en pisé ont été totalement ou partiellement détruites et une centaine de routes coupées à la circulation.
Dans un premier temps, ce n’était pas plus que des informations et quelques rares images du drame qui allaient circuler. Puis, on commença à parler de morts dont le nombre est passé de 16 à 18, puis à 32, pour s’arrêter «officiellement» à 36 personnes…
Initiatives individuelles ici et là, sauvetages par les moyens de bord animés surtout par un élan solidaire des habitants des régions touchées, voilà ce qu’était réellement le cas juste après ce drame…

Puis le Roi intervient

Encore une fois, les régions fortement touchées par les inondations, notamment la région de Guelmim où plusieurs victimes et portés disparus ont été annoncés, ainsi que d’importants dégâts matériels, des dizaines de personnes n’ont été sauvées que grâce à l’intervention royale. En effet, SM le Roi Mohammed VI a donné ses Hautes instructions aux autorités compétentes pour prendre toutes les mesures urgentes nécessaires afin d’apporter toutes les formes d’aide et de soutien aux populations sinistrées. Le Souverain a aussi décidé de prendre en charge les frais d’inhumation et des obsèques des victimes, ainsi que les frais des soins des blessés.

Ces moyens de sauvetage, que l’on croyait ne pas avoir, paraîtront ainsi providentiellement pour mettre fin à la souffrance d’une population déjà dans la précarité. Et l’on a enfin un bilan clair des dégâts. Bilan annoncé par le ministre de l’Intérieur lui-même. Mohamed Hassad a en effet affirmé que, conformément aux Hautes instructions royales, tous les services (Forces Armées Royales, Gendarmerie royale, Sûreté nationale, Protection civile, Forces auxiliaires…) ont été mobilisés pour faire face aux intempéries exceptionnelles qu’ont connues, la semaine dernière, certaines régions du Maroc, causant des pertes humaines et des dégâts au niveau des biens et des infrastructures. Ces services ont tous et sans exception été placés en état d’alerte maximum, sous la supervision des walis et des gouverneurs, dans le cadre des centres de commandement provinciaux et régionaux qui regroupent l’ensemble des services concernés, en coordination avec le centre de commandement central, opérationnel 24 heures sur 24.

Pertes humaines et matérielles

Grâce à cette mobilisation, a précisé le ministre, 432 personnes, qui se trouvaient dans des situations très dangereuses, ont été secourues, dont 94 l’ont été à l’aide d’hélicoptères déployés sur ordre de SM le Roi, pour participer aux opérations de sauvetage.
Concernant les routes, il a indiqué que la principale préoccupation était la réouverture de celles submergées par les eaux, faisant état de 150 interventions enregistrées à cet effet au cours des trois premiers jours après le drame. Il a de même ajouté que 20 mille familles ont été touchées par les coupures du courant électrique, dont 4.000 sont encore à ce jour aux prises avec ces coupures.
Hassad a fait état de 170 interventions pour la remise en état de l’électricité dans la région et la distribution des aides par des hélicoptères, dont certains sont toujours en train d’alimenter quelques douars dans les provinces d’El Haouz et de Ouarzazate.
Malgré les efforts déployés et les mesures préventives prises, les pertes ont été importantes, notamment les décès enregistrés.

Chronologie d’un drame

Les fortes précipitations qui se sont abattues entre jeudi 20 et samedi 22 novembre n’ont fait que deux morts et deux disparus.
Le premier drame, qui a fait 14 morts, est survenu le soir du samedi 22 novembre, vers 22h, lorsqu’un autocar transportant 15 personnes a tenté de traverser un Oued dans la ville de Guelmim.
Dimanche 23 novembre, vers 10h du matin, alors que les autorités locales et la Gendarmerie royale se trouvaient sur place, trois grands taxis ont passé outre l’alerte des autorités et tenté de traverser l’Oued, causant des pertes humaines.
Quant aux dégâts matériels, on compte jusqu’à ce jour 50 habitations en pisé détruites, alors que les pertes en cheptel et en agriculture ne sont pas encore déterminées faute de données.
Les routes ont aussi reçu un sacré coup. Trois routes principales sont toujours fermées devant la circulation, dont la route reliant Tata à Foum Izguid et celle reliant Es-smara à Sakia El Hamra.

Déchaînement inhabituel de la nature

Les régions sinistrées sont réputées pour être sèches et arides. Les précipitations qu’elles ont connues sont ainsi exceptionnelles à tous points de vue. Mais en quatre jours (de jeudi à dimanche, 20-23 novembre), 140 mm ont été enregistrés dans la ville de Guelmim, 110 mm à Agadir, 90 à Sidi Ifni et 80 mm à Laâyoune. De même, les montagnes qui sont à l’origine de la crue des oueds, ont également connu de fortes précipitations ayant atteint en quatre jours 340 mm à Ighrem Negdal (Ouarzazate) et 415 mm à Sti Fadhma (El Haouz). A titre de comparaison, lors de la période du 1er au 20 novembre 2002, la ville de Guelmim a enregistré 70 mm de précipitations.

Pas de surprise, mais que faire?

Les pluies derrière ce drame étaient loin d’être une surprise. Officiellement, les services de la météorologie nationale avaient publié, mercredi 19 novembre, des bulletins annonçant d’importantes averses orageuses, tout en précisant les régions concernées. Ces bulletins ont été diffusés à travers la radio, la télévision et d’autres médias. D’abord, dans certaines régions touchées, l’information est-elle bien arrivée? Des gens au seuil de la misère, se battant à longueur de journée pour se maintenir en vie, ont-ils eu le temps d’écouter la radio? En plus, les pauvres petits agriculteurs ne pouvaient que se réjouir de l’arrivée d’une pluie aussi forte soit-elle. D’où le fait que, imputer la responsabilité à certains citoyens qui n’ont pas pris les mesures préventives nécessaires ne semble pas vraiment tenir, puisque d’emblée, ils n’en ont pas les moyens! Certains ont certes eu tort de ne pas avoir respecté les mises en garde des autorités locales et de la Gendarmerie royale, notamment les conducteurs de transport public qui ont mis en péril la vie de citoyens, vu que le plus grand nombre de décès a été enregistré à bord des moyens de transport public. Mais les autres, qu’a-t-on fait pour les prémunir? Et qu’adviendra-t-il des rescapés à l’orée d’un hiver qui s’annonce déjà désastreux? Occuperont-ils encore des établissements scolaires et des habitations de fortune en attendant l’éclaircie pour y voir «clair»?
La gestion du drame n’est pas toujours critiquable puisqu’il intervient toujours à l’improviste et que l’on se permet de déplorer le manque de moyens. Mais, l’après-drame? Certes, les dégâts sont connus et recensés. Il est donc temps de compter les moyens à mettre au service de ces sinistrés et de protéger ces derniers des aléas de la météo qui annonce déjà de très fortes précipitations (du jeudi 27 au dimanche 30 novembre).

Finir sur une bonne note

Les efforts déployés par tous les services qui se sont mobilisés, de jour comme de nuit, pour préserver la sécurité des personnes et des biens, notamment la Protection civile, la Gendarmerie royale, les Forces Armées Royales, les Forces auxiliaires et les autorités locales, sont bien sûr à saluer. Mais ce qui est inacceptable, c’est de monter sur ce sinistre pour animer des surenchères partisanes et des dénigrements politiciens, notamment ces propos sur la mise d’hélicoptère au service de ressortissants étrangers et de ne pas porter secours aux Marocains. Il faudrait quand même souligner que, quels que soient leurs moyens, les équipes de secours n’auraient pas pu intervenir par n’importe quel temps. Les hélicoptères étaient là samedi et dimanche, mais n’avaient pas pu intervenir à cause du mauvais temps… Et pourtant, ils ont réussi l’évacuation de plus d’une quarantaine de personnes prises au piège des eaux des crues dans la région d’Ouaâroun dans le sud-ouest de Guelmim.
Deux hélicoptères de la Gendarmerie royale ont été mobilisés pour acheminer une aide alimentaire aux populations sinistrées par les crues à Tighdouine (province d’El Haouz). Les deux appareils s’activaient à enchaîner les rotations en fonction des conditions climatiques pour faire parvenir les denrées alimentaires aux habitants de 649 foyers répartis sur les 15 douars de cette commune rurale située en zone montagneuse.

Hamid Dades

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