mercredi 23 août 2017

Les fous de Mawazine

Mawazine rabat

Ils ont tous le même mot à la bouche, Mawazine, l’un des rendez-vous incontournables de la musique au Maroc. Pas n’importe lequel. C’est le rendez-vous annuel que tout le monde attend et ils sont prêts à n’importe quoi pour y aller.

Ce mot revient sur toutes les lèvres de ceux qu’on croise dans ce centre commercial de la capitale économique et donne tout son sens à la question qui suit: «Mawazine. Tu vas y aller cette année?». C’est le sujet de conversation favori des jeunes en ce moment. Cette année encore, un florilège de stars de la musique compte se produire devant le public marocain. Des incontournables comme Assala et J-lo, des monstres comme Sting, des faiseurs de tubes comme Maroon 5 et Pharell Williams, des rockeurs comme Placebo.

Quand leurs idoles arrivent…

Nous l’avons rencontrée dans un magasin de vêtements. Sous les bras, des petits shorts et des chemisiers sans manches, de couleurs fluos. Elle se rabat ensuite sur le rayon accessoires. «Ils nous jouent un jeu d’intrigue magnifique, on est toujours là à l’affût d’un nouveau nom. Qui se produira cette année?», dit Asmaa, 21 ans. Son rêve, assister à un concert des Maroon 5. Peu importe dans quel coin du monde, n’importe quand, même dans 10 ans. Elle l’avait mis dans sa liste d’objectifs à réaliser dans sa vie. «Je me suis promis d’y aller, ça c’est certain, mais quand j’aurais assez d’argent pour me payer un voyage en Europe ou en Asie». Et jusqu’à aujourd’hui, ça n’était qu’un rêve parmi tant d’autres. Elle n’aurait pas imaginé une seule seconde que son groupe préféré puisse venir un jour jusqu’à elle, dans son propre pays. «Depuis le temps que je rêvais de voir Maroon 5 en concert, c’est un rêve qui va bientôt se réaliser», dit-elle, les achats qu’elle est sur le point de faire sont essentiellement destinés à cette fameuse soirée qu’elle attend avec impatience. Quand elle a su que son groupe préférait aller donner un concert au Maroc, elle était dans un état second, un sentiment mêlant joie à une sorte d’effusions et de pulsions hystériques incontrôlées. «J’ai hurlé et crié en sautillant dans la maison jusqu’à tomber par terre, personne dans ma famille ne comprenait ce qui m’arrivait. Deux secondes après le cirque, j’ai repris mes esprits comme si de rien n’était», raconte-t-elle un peu honteuse. La vingtenaire est prête à tout pour assister à ce concert tant attendu.
«Ce qui fait de Mawazine un bon festival, c’est la programmation», dit Amine, un Geek qui ira peut-être voir Avicii. Il est vrai que la programmation n’est pas seulement cantonnée aux artistes du moment. Elle réunit autant d’artistes faisant la promotion de leurs albums que d’autres ayant déjà eu une carrière longue comme un bras. Une diversité de genres musicaux pour plaire à tout le monde, allant de la musique World au Chaabi, en passant bien sûr par l’électro et le rock. Pour Youness, assis seul à une table de cette enseigne américaine de type coffeeshop au logo vert, un ordinateur devant les yeux, il dit faire une pause «bain de foule». Il est webdesigner et féru de rock. Cela se voit à son style vestimentaire, t-shirt d’AC/DC et total look noir -apparemment les autres couleurs ne lui vont pas…-, amateur de ce qu’il appelle «la bonne musique». En pur Casablancais, il ne se déplace à Rabat que pour les occasions très spéciales. «Je me souviendrai toujours des Scorpions et de BB King, le roi du blues (décédé le 14 mai 2015, ndlr). Je me dis qu’au moins j’ai pu l’écouter une fois dans ma vie en vrai et pas uniquement sur mp3! Cette année, je compte voir Sting que je n’ai pas pu voir la première fois et Placebo, c’est un groupe que je suis depuis 98».

Rock’n’roll attitude

Le festival se tient de la fin mai au début juin (du 29 mai au 6 juin) -dates coïncidant avec les examens de fin d’année pour les étudiants de cycle supérieur et période de préparation pour les futurs bacheliers-, ce qui ne manque pas de décourager la plupart des étudiants soucieux de leur note finale. Certains plus téméraires ne rateraient ce rendez-vous musical pour rien au monde. «Mawazine, ça arrive une seule fois par an, on peut bien faire des petits sacrifices…», lance Amine.
Asmaa, ne connaît personne à Rabat, elle qui vit à Casablanca. Ses seuls amis rbatis sont des «connaissances», explique-t-elle. Des amis virtuels qui ne l’aideront certainement pas à trouver un toit pour passer la nuit. Ses parents refusent catégoriquement qu’elle aille à un concert seule et encore moins la nuit. «Mes amis écoutent les Maroon 5, mais ne sont pas fans comme moi. Ils ne paieraient sûrement pas à 1.200 DH un ticket pour aller les voir en concert. Moi, j’en suis capable», dit-elle, sûre d’elle-même. Capable de toutes les folies, quitte à «taxer» son propre père pour se payer un ticket en inventant un mensonge pour lui soutirer les sous… Genre: un groupe de son école organise un voyage humanitaire dans le sud pour l’un de leurs projets…
«Mon père est très consciencieux. J’ai dû lui faire une présentation du projet, avec des photos pour illustrer, etc., comme si c’était réel. J’ai même inventé un formulaire d’inscription mentionnant le prix du voyage», dit-elle d’un air solennel. Malicieuse et pleine de ressources, elle dit l’avoir fait plusieurs fois pour couvrir ses dépenses. Son voyage fictif, elle l’a facturé à 2.500 DH, plus l’argent de poche qu’elle a dépensé en vêtements. Par contre, elle ne sait pas où elle passera la nuit, elle verra ça une fois sur place. Quant aux examens, elle s’en fiche. «Je passerai les rattrapages s’il le faut. J’aurais du temps pour réviser en plus», conclut la Casablancaise.
Pour Younes aussi, Mawazine a été une aventure, l’an dernier: «C’est soit on a la rock’n’roll attitude, soit on est une mauviette». «J’étais étudiant, un de mes amis avait reçu des tickets, j’avais rien dans mes poches à part de quoi acheter un ticket de train de retour». Arrivés à la gare de Rabat Agdal, plus de trains. «Ils nous ont dit que la gare allait fermer et qu’on devait aller à celle de la ville, qui ne ferme pas». Ils ont passé une nuit blanche dans l’autre gare. «Le lendemain, on a pris le premier train à destination de Casa». Arrivés à Casablanca, plus aucun sou en poche. Or, ils habitent à plusieurs heures de marche de la gare. Ils ont dû faire la manche une bonne demi-heure avant de se résigner à rentrer à pied. Eux ont préféré aller passer leurs partiels même sans avoir révisé le moindre mot. «Passer un examen avec la gueule de bois, je peux vous dire qu’il n’y a pas plus trash», confie-t-il, mais au moins le souvenir de cette nuit folle restera à jamais gravé dans sa mémoire.
Cette année aussi risque d’avoir son lot de surprises, étant donné qu’il travaille le lendemain. Il pense que ce sera «gérable», à moins que la situation dégénère en deuxième partie de soirée. Là, il prévoit un certificat médical attestant d’une rage de dents subite…
Que ne feraient-ils pas pour leurs idoles, ces fans qui voient Mawazine leur réaliser leurs rêves les plus fous!

Yasmine Saïh

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