samedi 16 décembre 2017

Immigrés au Maroc : Explications du ministre Birou

Anis birou ministre mre et immigration maroc 2015

Entretien avec Anis Birou, ministre chargé des MRE et des Affaires de la migration

«Il reste le recours devant la commission nationale…»

L’opération exceptionnelle de régularisation des immigrés sur le sol marocain est une réussite, assure Anis Birou, ministre chargé des Marocains résidant à l’étranger et des Affaires de la migration. 28.000 dossiers ont reçu l’aval, les restants devront compter sur les largesses de la Commission nationale de recours.

L’opération exceptionnelle de régularisation des immigrés et de l’asile, quel bilan?

C’est tout le travail qui a été fait depuis l’initiative royale, depuis exactement le 10 décembre. Depuis que le Roi a pris connaissance du rapport du CNDH et donné ses orientations pour élaborer la nouvelle politique migratoire, beaucoup de choses ont été réalisées: un nouveau département qui prend en charge les dossiers, une campagne de régularisation qui a atteint ses objectifs, etc.

Combien de dossiers ont-ils été déposés?

Pratiquement 28.000 dossiers…

Et pour ce qui est de la stratégie migratoire?

Cette année a été consacrée à l’élaboration de la Stratégie migratoire.
Cette Stratégie repose sur un certain nombre de principes au niveau de l’approche; des principes qui ont été énoncés dans des discours royaux qui ont donné leurs orientations pour prendre en considération la dimension humaine. Autre principe, c’est la cohérence de cette politique. Un troisième principe essentiel concerne la question des droits de l’homme. Le quatrième principe, c’est la question de la responsabilité partagée.

Quels sont les acteurs impliqués?

Il y a l’implication de l’Union européenne et des pays du Sud, notamment les pays subsahariens en Afrique. Donc, c’est une responsabilité que nous partageons au niveau du développement, comme celui de la gestion du flux migratoire et de ce qui concerne la gouvernance.

Et pour ce qui est des conventions internationales?

C’est là un principe essentiel qui est revenu dans plusieurs discours de SM le Roi. C’est le respect des conventions internationales dans la gestion de la question migratoire.

Y a-t-il des axes prioritaires?

Nous avons bien sûr identifié les axes prioritaires et là, nous avons mis le doigt sur sept objectifs au niveau des secteurs et aussi quatre transversaux.
Nous considérons que les piliers de cette politique, particulièrement en matière d’intégration, reposent sur les volets de l’éducation, de la santé et de la formation professionnelle, parce que nous estimons que l’immigré régularisé doit irrémédiablement avoir un métier qui lui garantisse une dignité, question essentielle pour l’intégration des immigrés.

Et pour ce qui est des objectifs transversaux?

Ils sont au nombre de quatre et concernent la gouvernance, la coopération et le partenariat, la communication et tout le volet institutionnel.

Concrètement, quels sont les projets ?

Tous les axes précités ont été déclinés en projets précis. Ils sont au nombre de 81 pour décliner la politique migratoire marocaine.

Quel travail au niveau du volet juridique?

Le travail fait durant cette année est immense. Il a nécessité l’implication de moult acteurs et un benchmarking international, puisque nous avons suivi et décortiqué à peu près tout ce qui s’est fait dans ce domaine à l’international.

Ce travail titanesque dont vous parlez, a-t-il abouti à l’émergence de projets de loi?

Nous avons effectivement travaillé sur trois projets de loi sur l’asile, la traite des êtres humains et l’immigration.

Où sont ces projets de loi?

Les deux premiers projets de loi concernant l’asile et la traite des êtres humains sont dans le circuit d’une probable approbation au niveau du Secrétariat général du gouvernement (SGG). Pour le troisième projet de loi, il y a encore des réglages à faire avec un certain nombre de partenaires. Je pense qu’il se trouve dans un état avancé.

Et pour ce qui est du dispositif humanitaire et des relations avec les ONG?

Durant cette année également, pour venir en aide à ces immigrés qui vivent dans des conditions difficiles, surtout en cette période de froid, il leur a été distribué nourriture et couvertures. Il y a donc un soutien humain grâce à ce dispositif que nous avons mis en place.

Quel rôle de la société civile et des autres acteurs?

Il y a tout un volet méthodologique de travail et de mobilisation et, bien sûr, la concertation avec la société civile avec laquelle nous travaillons depuis l’annonce de l’opération de régularisation des immigrés. La concertation continue sérieusement.

Quel est alors le sort qui attend les immigrés qui n’ont pas été régularisés et que nous croisons dans les artères de la ville, dans les ronds-points et devant les mosquées? Il faut gérer tout cela à tous les niveaux.

Je dirais que l’écrasante majorité a déposé son dossier.

Le ministère de l’Intérieur, tout au début de l’opération, avançait le chiffre de 30.000 à 35.000 immigrés en situation irrégulière sur le sol national…

Eh bien, sur les 30 à 35 mille, il y a, comme vous voyez, 28.000 dossiers qui ont bénéficié de la régularisation

Et la partie restante?

Sur les 28.000 dossiers, il y a une bonne partie qui a déjà reçu l’accord favorable et, pour l’autre partie restante, il y a toujours la possibilité d’aller vers la Commission nationale de recours, présidée par le Conseil National des Droits de l’Homme.

Cette Commission nationale de recours a-t-elle fait des propositions dans ce sens?

Elle a déjà fait deux propositions qui ont reçu l’aval du gouvernement.

Peut-on savoir de quoi il s’agit exactement?

La première proposition concerne justement la régularisation de la situation de toutes les femmes sans prendre en compte les critères arrêtés.

Et les enfants?

Et les enfants, 100%. La deuxième proposition concerne le RAMED. Donc, il s’agit de faire bénéficier les immigrés régularisés du système sanitaire et médical. Pour le reste, il y a toujours cette possibilité de recours.

Quelles chances de récupérer les immigrés restants en quête de régularisation?

Je crois qu’une bonne partie va bénéficier de l’accord de la Commission nationale de recours.

Et ceux qui vont rester non régularisés, malgré tous ces efforts et la bonne volonté du pays?

Ceux-là le restent, à mon sens, parce qu’ils n’ont pas déposé de dossier, car ils ont toujours en tête de traverser (le détroit de Gibraltar). Nous le voyons avec les assauts.

S’agissant de ces cas, allez-vous appliquer la loi?

Il y a la loi marocaine qu’il va falloir bien entendu appliquer.

Que précise la loi dans ces cas de figure?

Il y a toutes les modalités de régularisation et ce qui va s’appliquer à ces cas de figure.

Il y a le rapatriement?

La loi stipule bien sûr le rapatriement, obligatoirement. Pour ceux qui sont en situation régulière, il y a des conditions.

La stratégie migratoire adoptée par le Maroc donne une bonne place à la dimension humaine, donc certaines largesses…

Ce qui est justement important de retenir, c’est que les dimensions droits de l’Homme et dignité prévalent au niveau de la philosophie de cette stratégie migratoire.

C’est le cas un peu partout dans le monde, ce qui n’exclut pas l’éventuel rapatriement.

Il est tout à fait normal -et ça existe dans toutes les législations du monde- que des cas de rapatriement doivent être prévus.

Qu’est-ce qui a été fait pour gérer et maîtriser la traite?

Il s’agit là d’un très gros problème. Quand on évoque l’immigration clandestine, on a tout de suite à l’esprit les réseaux mafieux qui exploitent la vulnérabilité des immigrés et autres demandeurs d’asile, la misère, la peur plus particulièrement… Ils vendent des rêves.

Quels résultats?

Il y a de temps à autre des réseaux mafieux qui sont démantelés ici et là, comme l’indiquent les communiqués du ministère de l’Intérieur. L’effort doit venir aussi des citoyens qui se doivent de dénoncer ces réseaux mafieux et protéger ainsi les éventuelles victimes.

Quelle aide de l’Union européenne, alors que le Maroc fait pratiquement le gendarme?

Honnêtement, nous refusons ce qualificatif, parce que le Maroc a lancé cette stratégie, car il croit en la dignité humaine par solidarité africaine et universelle. On ne peut laisser des vies humaines en marge de la société. Voilà les valeurs auxquelles nous adhérons.

Revenons au soutien de l’Union européenne…

L’UE s’est dite disposée à apporter le soutien nécessaire. Pour le moment, nous avons le programme Spring de 10 millions d’euros qui couvre les volets santé et formation professionnelle. Maintenant que tous nos projets sont bien ficelés, je pense que nous aborderons l’étape importante de l’engagement de l’UE.

Avez-vous présenté la Stratégie migratoire marocaine aux différentes instances européennes?

J’aurai bientôt l’opportunité de le faire au niveau du Parlement européen, de la Commission européenne aussi, parce que c’est une responsabilité que nous partageons. Il va falloir donc serrer les rangs pour réussir ce challenge.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

Et les Syriens…
«Les Syriens ont déposé leurs dossiers. Ils avaient deux alternatives: demander l’asile ou le statut de réfugiés. Donc, nombreux ont opté pour cette voie, peut-être parce qu’elle est rapide et plus souple.
Beaucoup de dossiers ont ainsi été déposés et je pense que nombre d’entre eux ont certainement déjà reçu leurs cartes».

Le Maroc, l’eldorado
«Le Maroc a toujours attiré les citoyens de toutes les contrées du monde. C’est un très beau pays, un eldorado pour certains. Il fait bon y vivre, ce qui explique peut-être le nombre important des migrants.
Ce qu’il faut retenir, c’est que la majorité, le 1/3 pratiquement, vient du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Nigeria et de Syrie. Ce sont là les communautés importantes au niveau des demandes déposées pour régularisation».

Pourquoi le Maroc…
«Le Maroc est terre d’accueil parce qu’il a beaucoup évolué. Le résultat de tout ce qui a été fait et réalisé dans le Royaume a véritablement transformé le visage du pays, de la société marocaine et de son économie. Il y a un potentiel énorme pour réussir sa vie. Pour beaucoup, le Maroc est un pays multiculturel où réellement on vit à fond la diversité et c’est ce qui fait sa richesse, en plus de sa proximité de l’Europe: 13 km le séparent du Vieux continent.
Le Maroc est la dernière étape avant de traverser le détroit de Gibraltar; une traversée non sans risques et dangers. Nombreux de ces migrants ont préféré s’y installer définitivement».

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