jeudi 23 novembre 2017

France : Macron, grand favori, mais…

Les sondages ne se sont pas trompés, cette fois. Les deux sélectionnés pour le second tour de la présidentielle française sont bien Emmanuel Macron et Marine Le Pen (bien que donnés dans le mauvais ordre par certains sondages où Marine Le Pen arrivait en tête).

Macron est largement favori, mais le soulagement des anti-Le Pen ne doit pas cacher la complexité d’une situation politique française.

Tout va dépendre des législatives.

Pour le premier tour, Macron arrive devant Le Pen avec deux points de mieux. C’est pour la candidate du Front National une petite déception, car les sondages la donnaient pendant des mois devant, avec une belle avance. Cela va compliquer encore sa tâche. Elle réalise cependant un score jamais atteint par la formation populiste.

Le second tour sera un choc frontal entre l’ouverture à l’Europe et au monde et le souverainisme anti-immigré et islam radical.

On est cependant loin du scénario de 2002, même si un  front anti-FN s’est reconstitué. Il n’a rien à voir avec celui pour Chirac contre Jean-Marie Le Pen.

Mais Macron devrait être élu assez largement, sauf s’il commet des erreurs et se retrouve plombé par des soutiens hypocrites. Il représente en effet une volonté de changement dans une dynamique de confiance, alors que le FN est une rupture dans un discours dramatique.

Hors la nouveauté et le changement, Macron va recevoir le soutien -il l’a déjà reçu- des partis dont les Français ne veulent plus. Des partis d’un  passé rejeté.

Un séisme en France

En effet, il y a bien eu un séisme en France. Les deux partis, qui depuis des décennies se partagent l’alternance du pouvoir, sont éliminés.

Fillon a raté son pari. Il n’a pas fait oublier les «affaires». Tout est à reconstruire pour l’ancien parti de Nicolas Sarkozy.

Pour le PS, c’est pire. Il est sous les 7% et la déroute de Benoît Hamon est une humiliation.

Le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon fait trois fois plus de suffrages que le PS et talonne Fillon et la droite de gouvernement.

Macron ne pourra pas compter sur les presque 20% de Mélenchon qui se repartiront entre lui, l’abstention et le vote Le Pen. De la même manière, la partie la plus droitière du vote Fillon votera Marine Le Pen. Mais ce ne sera pas suffisant pour elle. Sauf si Macron vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué, adopte une attitude d’arrogance des élites et de bling-bling.

Il a commis une première erreur en fêtant  une qualification comme une victoire, entouré de Jacques Attali et de Line Renaud, pas très renouveau. Il doit faire attention à ne pas se Clintoniser. Plusieurs responsables politiques s’indignent de voir le candidat d’En Marche! se comporter comme s’il avait déjà gagné la présidentielle, alors que le Front National est qualifié pour le second tour. Ses adversaires, en tout cas, lui reprochent déjà ce lundi matin du 24 avril (lendemain du vote) d’en avoir trop fait, alors que son avance sur Marine Le Pen n’est pas écrasante. «Il est beaucoup trop confiant et beaucoup trop arrogant, comme si les Français en réalité ne comptaient pour rien, comme si ces sondages et ces agences de com avaient déjà fait le boulot», n’a pas manqué d’épingler sur France 2 Florian Philippot.

Macron devrait rapidement tirer les leçons de  ces critiques. Cela ne le fera pas perdre.

La bataille des législatives s’annonce capitale

Mais la victoire annoncée pour le deuxième tour n’est pas encore la possibilité d’appliquer son programme pour Emanuel Macron. En effet, la bataille des législatives s’annonce capitale. Le nouveau président doit avoir une majorité. Pour Macron, dont le mouvement n’existe que depuis un an, ce sera très difficile. Les partis battus vont vouloir démontrer qu’ils bougent toujours, le FN devrait avoir de nombreux élus, tout comme la France insoumise de Mélenchon et le PS comme parti qui existe toujours.

Une France ingouvernable et sans majorité présidentielle absolue est une hypothèse crédible et redoutée par les observateurs internationaux.

Ce qui domine cependant, au lendemain du résultat du premier tour, c’est le soulagement. La perspective d’une victoire de Macron rassure la presse, les médias, l’Europe et les milieux financiers. C’est normal, mais cela conforte le discours populiste de Marine Le Pen sur Macron, candidat du système mondialiste. Le débat télévisé va jouer un  rôle important.

Macron est sur le point de devenir président et de réussir un pari incroyable. Parti de loin, il arrive en tête. Il était une bulle, il est sur un  petit nuage.

Son problème est d’être dans le réel et de garder la dynamique du renouveau tout en acceptant, pour gagner, le ralliement des partis du système qu’il réfute, alors que ses opposants en font un continuateur.

Pour vaincre largement et aborder en force les législatives, il doit faire une campagne de second tour qui crédibilise son offre et rassure face à une Marine Le Pen en difficulté, mais en embuscade.

Patrice Zehr

2ème tour, 7 mai 2017

Le face-à-face de deux France

C’est un véritable choix de société qu’auront à exercer les Français, le 7 mai. Bien plus qu’en 2002, où Jean-Marie Le Pen affichait une ligne moins protectionniste et anti-libérale que sa fille aujourd’hui. Et où Jacques Chirac n’était pas sur un positionnement aussi pro-européen et social-libéral qu’Emmanuel Macron. A l’arrivée, l’ancien président l’avait emporté avec 82,21% des voix, contre 17,79% pour le fondateur du Front National. Lors du second tour de l’élection présidentielle, le débat opposera les partisans et les pourfendeurs du libéralisme, de la construction européenne ou de la mondialisation. Les marchés financiers, à commencer par la place parisienne, saluaient par de très fortes hausses les résultats du premier tour, soulagés de voir en tête Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie et ancien banquier. Une bonne nouvelle pour eux, après les déceptions du Brexit et de l’élection de Trump. A l’ouverture, la Bourse de Paris décollait de 4,1%, celles de Madrid et Milan de plus de 3%. Suivant la même tendance, Francfort prenait 2,06% et Londres 1,37%. Ce sont les valeurs bancaires qui profitaient le plus de l’enthousiasme ambiant. BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole s’adjugeaient près de 8% dans les premiers échanges parisiens. La britannique Barclays, l’italienne Unicredit ou encore l’allemande Deutsche Bank connaissaient aussi de fortes progressions.

PZ

Gauche

Vote utile pour Mélenchon

La campagne s’est déroulée dans un climat particulier, où la question du vote utile s’est imprimée dans le débat politique, ce qui a créé une pression sur les électeurs. Ceux de gauche se sont demandé quel serait le candidat le plus apte à accéder au second tour, face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou François Fillon. Et c’est Jean-Luc Mélenchon qui est apparu à beaucoup comme le candidat ayant le plus de chances d’être présent au second tour. En résumé, il a clairement bénéficié du vote utile. Et alors que l’on pensait que les thèmes de l’identité et de la sécurité seraient au cœur de la campagne, il n’en a rien été. Ce qui a avantagé Jean-Luc Mélenchon qui n’aurait pas démontré une grande crédibilité sur ces sujets. Il en a profité pour se rendre visible sur une autre thématique, qui est montée dans le débat avec «les affaires»: celle de la moralisation de la vie publique. Et comme le candidat de La France insoumise prônait le dégagisme et l’instauration d’une VIe République, il a été très audible. Ses performances oratoires ont été manifestes lors des débats télévisés, alors que les autres candidats étaient sur la défensive. En bon expert de la communication, il a aussi adouci son discours dès qu’il a commencé à percer dans les sondages. Il s’est présenté sous un jour plus convivial et s’est montré, par exemple, moins agressif à l’égard des journalistes, qu’il n’aime pourtant pas.

PZ

Droite

La défaite Fillon

Troisième homme du premier tour de la présidentielle, François Fillon a certainement pâti des affaires judiciaires pour l’emploi présumé fictif de son épouse, ou encore la polémique autour des costumes offerts par Robert Bourgi. Mais chez ses militants et son cercle rapproché, les responsables sont tout trouvés: justice et presse ont précipité sa chute. «Cette défaite est la mienne», a assumé François Fillon, dimanche soir (23 avril), après l’annonce de son élimination au premier tour de la présidentielle, au bénéfice d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Dans la foulée, il a appelé à voter pour le leader d’En marche! Et si l’ancien Premier ministre doit s’attendre à être jugé par ses pairs chez ses militants, le responsable du fiasco est tout trouvé: les medias. Le sénateur Roger Karoutchi estime qu’«à force de taper sur quelqu’un, ça a un impact». François Fillon «a pâti des affaires», juge le député Daniel Fasquelle, regrettant que «la présomption des affaires n’a pas joué». La campagne «a été polluée par les affaires», estime le député Bernard Debré. «Depuis des mois, les médias, tous les médias et le CAC 40 font la campagne de Macron. Les juges ont décidé de flinguer Fillon, ils l’ont flingué, ça a marché», peste Anne-Marie Lepourhiet, professeur de droit. L’amertume est très forte. Marine Le Pen entend l’exploiter.

PZ

Qu’en disent les médias ?

La presse française et le big bang

La qualification pour le second tour de la présidentielle française d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen est comparée dans la presse nationale à un «big bang» laissant «la droite K.O» et la gauche à terre. «Big bang» ou «grand saut dans le vide», écrit le quotidien économique Les Echos, qui retient de ce scrutin l’expression d’un «ras-le-bol du ‘‘système’’, table rase du passé». «Ce résultat constitue un séisme dont les répliques seront durables», estime le quotidien généraliste catholique, La Croix. Le journal libéral L’Opinion relève: «C’est une toute nouvelle page de l’histoire de la Ve République que les électeurs français ont ouverte, ce dimanche 23 avril, en éliminant de la présidentielle tous les représentants des partis politiques qui, à un titre ou à un autre, avaient gouverné dans les décennies passées». «La droite K.O», se désole le quotidien de droite, Le Figaro, qui constate: «Ainsi donc, l’imperdable a été perdu». «Alors que le désir d’alternance, après un quinquennat unanimement jugé calamiteux, n’a jamais été aussi puissant, (la droite) ne sera pas, pour la première fois de son histoire, représentée au second tour de l’élection présidentielle», ajoute le directeur du quotidien de droite, Alexis Brézet. «Le second tour opposera donc le social-libéralisme au nationalisme, l’ouverture à la fermeture, l’Europe unie à la France seule», explique Laurent Joffrin dans Libération, ajoutant qu’«en principe, grâce aux républicains de tous les partis, le jeune premier du scrutin l’emporte sur la vilaine marâtre».

La presse internationale soulagée

Il est évident que la perspective d’une victoire au second tour d’Emmanuel Macron soulage une très grande partie de la presse internationale, notamment financière. Le Financial Times voit déjà dans le second tour du 7 mai le «couronnement» de M. Macron. Le quotidien des milieux d’affaires prévient toutefois que le jeune centriste (39 ans) sera forcé de «négocier durement» pour mettre son programme en œuvre s’il est élu. Pour le Wall Street Journal, les Français ont «redéfini la géographie politique du pays en plaçant l’Union européenne au centre de la nouvelle opposition politique». D’un côté, ajoute le quotidien économique et financier, «se tient M. Macron, un ancien banquier d’affaires qui veut renforcer l’intégration européenne. De l’autre, Mme Le Pen, ennemie jurée de l’UE et de sa monnaie unique». Le New York Times, lui, parle d’un duel entre un «novice politique» et un «tison d’extrême droite», «deux outsiders avec des visions radicalement différentes pour le pays». Cette opposition «place la France sur un chemin incertain au moment critique où cette élection pourrait également décider de l’avenir de l’Union européenne». Le Temps, journal suisse, reprenant le terme de «nouvelle frontière» utilisé par l’ancien président américain, John Fitzgerald Kennedy, espère la victoire d’Emmanuel Macron: «Ce jeune président de même pas 40 ans peut donner une nouvelle frontière à la France et améliorer le sort des Français». Mais le quotidien estime qu’«avec le Front national, ce sont les descendants de la France collaborationniste et de l’Algérie française qui se trouvent aux portes du pouvoir». Pour le magazine allemand de centre-gauche, Der Spiegel, le succès du candidat centriste est «une gifle retentissante pour l’establishment politique. Sa qualification au second tour a balayé, au moins provisoirement, des institutions politiques de longue date, les gaullistes-conservateurs, Les Républicains, tout comme les socialistes au pouvoir (du président) François Hollande».

Pour qui les Français du Maroc ont-ils voté ?

La rumeur courait que les Français résidant au Maroc –principale communauté d’expatriés de France- voteraient majoritairement pour Marine Le Pen, sinon, pour François Fillon. Or, surprise… Ils ont placé en 1ère position Emmanuel Macron qui a obtenu 31,6% des voix. Juste devant le candidat de droite, François Fillon, qui arrive en seconde position avec un total de 28,9% des voix. Tout comme dans la métropole, Jean-Luc Mélenchon, bien connu au Maroc puisque né à Tanger, a décroché la 3ème place, avec 25,8% des votes. Et tout comme dans la métropole, le représentant du parti socialiste, Benoit Hamon, a essuyé une humiliante défaite avec un score de seulement 5,7% des voix. Enfin, les Français du Maroc ont infligé une véritable bérézina à la présidente du Front National (FN), Marine Le Pen, qui a eu le soutien de 4,1% des électeurs, en tout et pour tout.

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