lundi 20 novembre 2017

Filière ouzbèke : Ces terroristes qui viennent d’Asie centrale

Le dernier attentat à la voiture tueuse de New York a été perpétré par un Ouzbek et revendiqué par Daech. Cela relance le rôle des combattants étrangers dans le prétendu califat et le rôle des terroristes venus d’Asie centrale.

L’auteur de l’attentat le jour d’Halloween, à New York, Sayfullo Saipov, a parlé aux enquêteurs. Il revendique son appartenance au groupe Etat islamique (EI) et se dit satisfait de son acte. Deux jours après cette attaque meurtrière, qui a fait huit morts et douze blessés, Sayfullo Saipov a déclaré ne rien regretter. Il a même demandé à déployer le drapeau noir de l’organisation EI dans sa chambre d’hôpital. Il est inculpé pour terrorisme.

L’Ouzbékistan, d’où il serait originaire, a vu émerger, dès les années 1990, un mouvement islamiste radical qui s’étend, aujourd’hui, partout à travers le monde: Istanbul, Stockholm, Karachi, New York. Toutes ces villes ont un point en commun: le fait d’avoir été attaquées par des terroristes originaires d’Ouzbékistan. Bien que l’auteur de l’attentat de New York se soit radicalisé aux Etats-Unis, une question se pose: que sait-on vraiment de la filière islamiste ouzbèke?

Daech profite d’une des particularités ouzbèkes, à savoir l’importance de leur diaspora, principalement en Russie, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis.

Cette attaque est la plus meurtrière à New York, depuis le 11 septembre 2001. Pour la perpétrer, Sayfullo Saipov a suivi à la lettre les instructions de l’EI, selon John Miller, le chef de la police new-yorkaise. «Lorsque l’on examine tous les éléments matériels de cette attaque et qu’on les recoupe avec les éléments trouvés sur son téléphone, il est évident qu’il est influencé par la propagande de Daech sur les réseaux sociaux et leurs instructions pour commettre un attentat», explique Miller.

Les années 1990 -et plus précisément 1991, année de l’indépendance du pays- ont vu naître en Ouzbékistan un mouvement islamique radical. Connu sous le nom de Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), cette organisation terroriste est apparue dans la vallée de Ferghana, située dans l’est du pays. Elle n’a cessé de s’étendre depuis.

De 1992 à 1997, le MIO sera accusé d’être à l’origine d’une série de meurtres perpétrés dans la vallée de Ferghana. L’organisation tentera d’y introduire la loi islamique et lancera même une offensive en 2000 dans le sud de l’Ouzbékistan. Sévèrement réprimé à partir de 1998 par Islam Karimov, le MIO rejoint les talibans en Afghanistan, avant de prêter allégeance au groupe terroriste Daech en 2015. Plusieurs cadres du MIO ont également occupé des postes à responsabilité au sein d’Al-Qaïda.

«On a vu des Ouzbeks impliqués, plus récemment, dans les attaques à Stockholm. En Turquie aussi: les Ouzbeks sont turcophones, ils peuvent se fondre dans la population turque… Donc, ce n’est pas un phénomène récent. C’est un phénomène qu’on ne regarde pas assez, parce que l’Asie centrale nous semble loin», analyse ainsi pour Franceinfo Abdelasiem El Difraoui, politologue et spécialiste du djihadisme.

Les islamistes ouzbeks ont d’ailleurs surtout fait parler d’eux à l’étranger. Le Mouvement islamique d’Ouzbékistan a pris part à la sanglante attaque contre l’aéroport pakistanais de Karachi, qui a fait 37 morts en juin 2014. Abdulkadir Masharipov, l’auteur présumé de l’attentat revendiqué par Daech contre la boîte de nuit «La Reina» à Istanbul ayant fait 39 morts, le 31 décembre 2016, est aussi de nationalité ouzbèke.

S’il est né au Kirghizstan et possédait la nationalité russe, Akbarjon Djalilov, l’auteur présumé de l’attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg, qui a fait 14 morts en avril, était pour sa part ethniquement ouzbek. Quelques jours après l’attaque en Russie, un Ouzbek, qui avait montré des sympathies pour le groupe terroriste, a été arrêté par la police suédoise, après avoir lancé un camion sur la foule d’une rue piétonne très fréquentée de Stockholm, tuant cinq personnes.

Le 27 octobre dernier, un Ouzbek, accusé d’avoir aidé matériellement l’organisation terroriste et d’avoir menacé de tuer le président américain de l’époque, Barack Obama, a par ailleurs été condamné à quinze ans de prison. Il faisait partie, avec un autre concitoyen, Azizjon Rakhmatov, d’un groupe de cinq sympathisants de Daech arrêtés à New York et dans ses environs, en février 2015.

«L’attentat de Manhattan nous rappelle que l’Ouzbékistan et, plus généralement, l’Asie centrale et le Caucase sont des centres névralgiques de pourvoyeurs de terroristes islamiques», analyse ainsi Nathalie Goulet, présidente de la commission d’enquête sénatoriale sur la lutte contre les réseaux djihadistes, dans une tribune publiée sur Le HuffPost.

Selon les services de sécurité russes, entre 2.000 et 4.000 ressortissants d’Asie centrale ont rejoint les rangs des organisations djihadistes en Irak et en Syrie, qu’il s’agisse de l’EI ou de la branche syrienne d’Al-Qaïda. Les citoyens ouzbeks ou les Ouzbeks ethniques vivant dans les pays voisins forment un des plus gros contingents. Si l’Ouzbékistan n’a jamais publié de chiffres sur ses ressortissants ayant rejoint les jihadistes, les estimations des experts varient de 500 à plus de 1.500.

Patrice Zehr

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