vendredi 20 octobre 2017

Enseignement : Ces dérives qu’on vous a cachées…

Certes, il y a aujourd’hui une mobilisation générale –y compris au plus haut niveau de l’Etat- autour des questions d’éducation, d’enseignement. Et les initiatives, autant que les institutions qui les parrainent, sont de plus en plus nombreuses.

Certes, aussi, la bonne foi est là et la volonté de venir à bout de ce problème est réelle. La situation et son coût ont atteint la dernière côte d’alerte. Le constat est aussi brutal que général: chez nous, l’école est un échec ; l’éducation est un échec ; de bout en bout, la formation de l’écolier comme celle de l’étudiant est un échec !

Il y a des exceptions, bien sûr, mais elles soulignent encore plus cruellement l’étendue de l’échec. 

Aussi, pour résoudre ce problème, il faut regarder la réalité d’encore plus près. Elle est pire que tous les constats exposés au public.

Posez la question aux vrais parents qui souffrent, à ces gens du peuple qui ne savent plus quoi faire pour assurer à leurs enfants une bonne scolarité. Vous serez sidérés par leur vécu et celui de leur progéniture… Car, c’est sur le terrain que les dérives du système éducatif sont dangereuses, parce que pernicieuses –le diable se cache dans les détails- et surtout parce que devenues tellement incontournables qu’elles finissent par être acceptées… Et tout le monde fait avec !

En voici quelques-unes des plus révoltantes.

La voracité des écoles privées

L’école publique a atteint un discrédit tel que les écoles privées ont proliféré. C’est le 1er problème. N’importe quel affairiste malin, qui se dit que les parents sont toujours prêts à payer pour la scolarité de leurs enfants, peut ouvrir une école. Il lui suffit de trouver un enseignant qui veut bien remplir les formalités pour le lancement de l’école (la règlementation impose qu’une école soit fondée par un enseignant, ou enseignant à la retraite). Il ne lui restera alors qu’à aménager des locaux et à s’assurer la collaboration de quelques enseignants, souvent débauchés dans le secteur public… Ensuite commence à fonctionner le tiroir-caisse !

Le deuxième problème porte sur les frais de scolarité. Qui décide quoi ? Les parents sont tenus de payer les frais d’inscription à la fin de l’année pour l’année suivante. Ils doivent s’acquitter des mensualités de tous les mois de l’année, à l’exception des mois de juillet et août. Les enfants partent en vacances début juin, mais juin est entièrement payé. De même, ils ne rentrent qu’à la mi-septembre, mais l’école exige le règlement de la mensualité de septembre. Et si des parents protestent, les directions des écoles privées leur répondent ouvertement que les mois de juin et septembre constituent leur véritable  bénéfice. En l’absence de réglementation stricte, les écoles fixent leur prix en fonction du marché et les parents n’ont plus qu’à payer… Les dérives des écoles privées ne prendront fin que lorsque l’école publique sera réhabilitée.

Cette calamité des cours supplémentaires !

Au début, l’idée avait plu. L’élève, noyé parmi une quarantaine de ses camarades (si ce n’est plus) et ne comprenant pas toujours tout du cours dispensé en classe, pouvait combler ses lacunes grâce à des cours particuliers (cours de rattrapage), assurés par son «prof», moyennant quelques dirhams payés par les parents. Le tarif (à l’heure) était accessible, parfois juste symbolique et les cours de rattrapage n’étaient pas nombreux… A peine ce qu’il fallait en complèment des cours où l’élève éprouvait de véritables difficultés.

Mais, peu à peu, ce système, utile et utilisé partout dans le monde, s’est transformé en véritable calamité au Maroc. De plus en plus, les enseignants y ont vu «la poule aux oeux d’or». Du coup, les «Oustads» ne se donnent plus la peine d’expliquer quoi que ce soit en classe ; les «heures supp» et cours de rattrapage sont recommandés aux élèves pour tout et n’importe quoi ; et les tarifs ont grimpé jusqu’à se situer, aujourd’hui, entre 300 DH et 700 DH, selon que les cours de rattrapage portent sur une langue, les sciences, ou les mathématiques. Pire, les élèves et leurs parents ne peuvent plus éviter les cours supplémentaires. Tous les élèves y sont plus ou moins implicitement contraints. Il y a des enseignants qui n’hésitent pas à dire à leurs élèves, ou aux parents, qu’il faut impérativement recourir aux cours de rattrapage. Et il y en a d’autres qui n’ont même pas besoin de parler. Tous (élèves et parents) savent que sans les cours, ils n’auront aucune chance… Une institutrice a même proposé à des parents, qui venaient voir pourquoi leur chérubin de 4 ans était qualifié d’«enfant faible», de «sauver sa scolarité» en lui donnant des cours… Si ce n’est pas de l’abus… Le véritable malheur, c’est celui des parents qui ont plus d’un enfant et qui, en plus de ce qu’ils paient à l’école, doivent débourser le prix de dizaines d’heures de rattrapage pour chaque matière de chacun de leurs gosses. Il y a urgence absolue à réglementer tout ça, car les parents n’en peuvent plus et ne savent plus quoi faire !

La plaie des petits «Caïds» de l’école

Le choc a été grand pour l’opinion publique, lors des dernières épreuves du baccalauréat, lorsque des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux, où des lycéens se vantaient d’avoir intimidé du (seul) regard leurs enseignants-surveillants, afin qu’ils les laissent tricher à l’examen écrit.

Or, l’opinion publique n’avait là qu’un petit aperçu du fléau qui frappe l’école depuis de longues années et qui y est aujourd’hui solidement installé: le fléau de la violence.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les enseignants en sont arrivés à avoir peur de la violence et des menaces de leurs élèves.

Les rôles sont depuis longtemps inversés. Ce ne sont plus les élèves qui craignent leur «prof», c’est l’inverse.

Il faut dire que les coups de poings, voire les coups de couteaux, assénés par des «élèves contrariés» à leurs enseignants, ont souvent nourri les manchettes. Et encore, seulement ceux qui ont eu des conséquences assez graves pour être ébruités. Des dizaines d’autres passent sous silence, l’impuissance se mêlant à la peur…

Là encore, c’est principalement dans les quartiers populaires (généralement des écoles publiques) que de petits «Caïds» prolifèrent, constituant, chacun dans sa classe, sa bande et terrorisant le reste des élèves.

Ceux parmi les élèves qui voudraient résister à ce système en écartent vite la possibilité, sachant que ni les enseignants, ni la direction de l’école, ne feraient rien pour eux… Car l’école n’a plus peur des sanctions, elle a peur de la violence que ces sanctions pourraient susciter. Il est donc grand temps de combattre la violence au sein des établissements scolaires, en réhabilitant dans le même temps le respect de l’enseignant, ainsi que la discipline, la rigueur et la fermeté. Encore faut-il que l’enseignant en soit un qui se respecte…

Un verre de bière à 1,5 dirham devant les écoles

Quand les parents vous disent que cela n’existe pas, c’est qu’ils sont, soit loin des questions de scolarité de leurs enfants, soit dans le déni. Mais ceux qui s’en préoccupent vraiment disent leur horreur des pratiques constatées aux portes, si ce n’est à l’intérieur, de certaines écoles. Ces parents racontent qu’il y a des dealers sans foi ni loi qui voient dans les élèves une clientèle de choix pour leurs cigarettes de contrebande et/ou leur shit (haschich). Ils repèrent l’élève qui, pour de l’argent, serait capable de jouer les dealers de second rang… Et la marchandise est écoulée auprès des jeunes, d’abord gratuitement, le temps de les appâter, puis payée rubis sur l’ongle, sous peine de sévices mafieux.

Quand les parents s’en aperçoivent, il est déjà trop tard. L’addiction est là.

Se faire de l’argent auprès de ces mômes inconscients, dont la naïveté fait des proies faciles, prend parfois des voies incongrues. Des parents, qui ont requis l’anonymat, ont appris par leurs enfants que des «grands» (généralement des cancres renvoyés qui se reconvertissent dans les petits commerces illicites) leur proposaient, à la sortie de l’école, un rafraichissement insolite: de la bière ! Mais pas gratuitement, un dirham cinquante le verre.  

La faute à qui, tout ça ? La faute à pas de contrôle au sein et aux portes de toutes les écoles, y compris (ou surtout) celles des quartiers les plus populaires, les plus démunis… La faute à pas de suivi des parents qui, pour une raison ou pour une autre, laissent leurs gosses livrés à eux-mêmes et, donc, à la rue… Et, enfin, la faute aux programmes scolaires qui n’enseignent plus à l’enfant les valeurs d’antan…    

KB

Flashs

L’absentéisme des militants de gauche

Le ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique, Mohamed Hassad, n’y est pas allé par quatre chemins. Il a indiqué que les militants de gauche, travaillant dans le secteur de l’enseignement, constituent le taux le plus élevé d’absentéisme et que 75% des enseignants absents -sans raison- ne cachent pas qu’ils sont des militants de gauche.

Bouquinistes  en colère

Les bouquinistes se sont plaints auprès du chef de gouvernement, Saâd-Eddine El Othmani. Ils redoutent, disent-ils, la décision du ministre de l’Education nationale, Mohamed Hassad, de changer les manuels scolaires et lui reprochent de ne pas avoir associé l’Association des bouquinistes à cette décision qu’ils ont qualifiée de catastrophique.

MN

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