vendredi 20 octobre 2017

Ce qu’en dit Michel Bouvier de l’Université Paris 1

Michel bouvier

Secrets de gestion de l’argent dans les villes

Michel Bouvier, Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, président de FONDAFIP et directeur de la Revue française de finances publiques, sait tout de la gestion par le Maroc de ses deniers publics. Il en parle et donne, en passant, de précieuses indications…

Pourquoi ce colloque aujourd’hui sur la thématique de la gouvernance financière des villes au Maroc et en France?

Cette thématique a été choisie parce que nous sommes dans une situation où l’argent est devenu une denrée rare et où le secteur public s’est endetté, particulièrement les Etats. Les déficits publics ont nettement augmenté.
Il faut trouver des méthodes de rationalisation de la gestion pour faire des économies et faire en sorte de réduire le déficit public. Il faut donc arriver à trouver une gouvernance fiscale.

Pour y arriver?

Il faut avoir des méthodes modernes de gestion, une comptabilité qui donne de bonnes informations pour mieux gérer. Il faut également disposer d’un impôt rentable et donc faire une analyse de la fiscalité, une évaluation aussi de la fiscalité pour voir ce qui est rentable et ce qui ne l’est pas. Il faut en outre faire une formation pour les fonctionnaires qui ont à gérer les fonds publics; une formation efficace qui leur permet de gérer correctement et rationnellement l’argent public. Il faut aussi articuler la décentralisation avec l’Etat central pour que les deux fonctionnent ensemble.

Et pour ce qui est de l’économie du numérique?

Il faut également identifier ce qui se passe actuellement sur ce volet qui est en train de se développer considérablement -ce qui est normal-. C’est un gain d’efficacité: plus on développe le numérique, plus on développe en parallèle l’efficacité. Mais c’est en même temps un facteur de fuite de l’impôt. Je fais allusion aux Google, Facebook, etc., qui sont des entreprises qui échappent à l’impôt du fait que nous avons du mal à les cerner, parce qu’ils se situent un peu partout dans le monde. Et donc, c’est une perte de recettes pour l’Etat; un Etat qui a besoin justement de recettes pour réduire son déficit et faire face à une situation extrêmement critique. Il faut donc arriver à résoudre la question fiscale qui est essentielle car, pour arriver à rééquilibrer un budget, il faut maîtriser les dépenses, donc faire des économies et mieux gérer les fonctions publiques, mais également faire entrer de l’argent. Donc, il faut avoir une fiscalité rentable et développer une administration fiscale moderne, notamment des contrôles fiscaux qui permettent de lutter contre l’évasion fiscale.

Est-ce qu’il existe un modèle de gouvernance fiscale?

Il n’y a pas à proprement dire un modèle. Néanmoins, il y a celui du budget de programme. Au lieu d’avoir un budget où s’alignent les comptes, c’est-à-dire les moyens octroyés aux administrations sans plus, on met en place des budgets qui donnent des moyens bien entendu aux administrations, mais qui leur donnent également des objectifs à réaliser. Donc, les gestionnaires de cet argent public se doivent de réaliser tel ou tel objectif, tel ou tel programme. Ils sont jugés en fonction de la réalisation des objectifs qui leur ont été assignés. On met en place pour cela des indicateurs. On les appelle les indicateurs de résultats. C’est un modèle qui est en train de se mettre en place un peu partout dans le monde et que le Maroc va bientôt mettre en place avec la récente loi organique des finances.

Il a été question dans ce colloque des métropoles. Quel avenir, surtout avec les crises publiques?

Les métropoles, c’est un phénomène très important dans la mesure où elles préfacent l’organisation de notre société à l’avenir, à la fois sur les plans politique et économique. Les métropoles, ce sont des lieux de concentration du pouvoir économique, mais également politique. Vous avez des présidents dans les métropoles qui ont une puissance tout à fait à l’égal d’un chef d’Etat. Dans ce réseau horizontal de métropoles se développe une nouvelle forme de politique, puisque ce sont les élus et décideurs de ces métropoles qui organisent ces réseaux. Et c’est une force économique très importante qui se développe à l’intérieur même, sur la base de ces métropoles qui se développent dans le monde entier et qui préfacent en fait l’articulation de ce qui est déjà en place et qui va se développer entre le pouvoir politique et le pouvoir économique dans le futur.

Quelle est la place actuelle de ces métropoles?

Elles se développent partout dans le monde et prennent de l’ampleur partout. C’est un pouvoir politico-économique qui prend de l’allure. Rabat-Casablanca, par exemple.

Quelle coopération entre la France et le Maroc dans ce sens?

Entre le Maroc et la France, la coopération se fait à différents niveaux. En tous cas, à notre niveau de la réflexion, elle se fait justement sur cette tendance vers l’avenir de manière à prévenir les problèmes qui risquent de se poser. Nous travaillons là-dessus avec le Maroc, en particulier avec le ministère des Finances, depuis 2007. On s’est donc attaqué depuis l’année dernière à la décentralisation et la régionalisation, car il s’agit-là d’un phénomène essentiel. C’est la raison pour laquelle nous traitons la question de la gestion des villes.

Le Maroc vient d’entamer, avec les récentes élections communales et régionales (4 septembre 2015), la régionalisation avancée. Quelle appréciation en faites-vous ?

Le Maroc se situe une fois de plus avec ce grand chantier dans le concert des grandes nations. Je connais votre pays depuis vraiment très longtemps et je l’ai vu évoluer à pas sûrs. Je constate une forte évolution sur tous les plans, sur le plan de la modernisation, de la société… Le pays se modernise à une grande vitesse. C’est un pays qui, à mon humble avis, a un grand avenir et la régionalisation s’inscrit dans ses outils pour l’avenir.

Ce qui se passe actuellement dans plusieurs pays arabes, Irak, Syrie, Libye… et cette vague déferlante de migrants vers l’Europe, est-ce que ça ne risque pas de freiner l’essor du monde?

La question qu’on se pose, c’est de savoir si ces situations ont des conséquences sur les circuits financiers publics. Ça en a, de toute évidence, parce qu’une guerre a toujours des conséquences. Il faut donc éviter les conflits dans le monde. Il est déplorable qu’au XXIe siècle, nous soyons encore dans des situations pareilles. On ne peut s’en sortir, à mon sens, que par le dialogue. La confrontation armée, c’est vraiment la dernière solution.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

Mohamed Boussaïd, ministre de l’Economie et des Finances
Un mouvement continu et irréversible !


«Tout le monde sait que notre pays, à l’instar de tous les autres sur la planète, va vers une urbanisation rapide. Le dernier recensement a montré que plus de 60,3% des citoyens habitent aujourd’hui dans les villes. Ce sont des citadins, comparés aux 29% qui existaient dans les années 60. Il s’agit là d’un mouvement continu et irréversible, parce que de notre temps, les villes exercent une certaine attractivité sur le monde rural. Il y a certes un réel exode qui pose la problématique de la préparation de nos villes et de leur planification pour absorber cette pression démographique. D’où la thématique de ce colloque sur la gouvernance financière des villes au Maroc et en France.
Le problème est assez vague, mais je pense qu’il existe des pistes de réflexion pour accompagner le développement des villes, à travers notamment l’amélioration des recettes propres, pour le recouvrement des recettes fiscales locales et également à travers la réflexion sur le financement alternatif, notamment le partenariat public-privé».

Propos recueillis par Mohamed Nafaa

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