dimanche 26 mai 2019

Lilian Thuram

Liliam Thuram

Lilian Thuram, ancien footballeur international français et président de la Fondation Education contre le racisme

Lilian Thuram, né en Guadeloupe en janvier 1972, a connu une carrière prestigieuse de footballeur international au sein de l’équipe de France. Il a créé en 2008 la «Fondation Education contre le racisme». Il a publié, dans le cadre de cette institution et en plusieurs langues «Mes étoiles Noires, de Lucy à Barak Obama» (Prix Seligman contre le racisme) et l’outil pédagogique «Nous autres», un programme multimédia d’éducation contre le racisme destiné aux enseignants et aux élèves.
Lilian Thuram a dirigé le Manifeste pour l’égalité en 2012 et a été commissaire général, en compagnie de Pascal Blanchard et de Nanette Snoep, d’«Exhibitions, l’invention du sauvage» au musée du quai Branly» (2011-2012) qui a reçu le Globe de cristal Art et Culture de la meilleure exposition de l’année. «L’idée, c’est d’essayer de combattre le sexisme, l’homophobie et le racisme à travers les questionnements de l’héritage culturel. Jeunes, nous apprenons la hiérarchie entre hommes et femmes; les hommes sont supérieurs aux femmes. Il y a également une hiérarchie des couleurs de la peau, des races… Un préjugé dit que les hommes à la peau noire sont la chaîne manquante ente l’Homme et le Singe», explique-t-il.

Pour Thuram, «les droits sont accordés selon la couleur de la peau et aussi le sexe. On discrimine, car on ne connaît pas. Le racisme, c’est ”je ne t’identifie pas, je ne vois que ta couleur”. La construction politique, c’est elle qui a créé l’homophobie, le sexisme et le racisme. Le racisme est avant tout une construction intellectuelle. Nous devons prendre conscience que l’Histoire nous a conditionnés, de génération en génération, à nous voir avant tout comme des Noirs, des Blancs, des Maghrébins, des Asiatiques. En créant toutes ces séparations entre les gens, elle crée les deux notions, celles de l’infériorité et de la domination. Ceux qui tirent profit de cette situation, ce sont les politiques. Leur but est d’exploiter les gens en construisant surtout l’infériorité dans le discours politique. Les politiques renforcent l’esclavage».
Lilian Thuram considère qu’«on est tous conditionnés par la société dans laquelle on vit. On a tous des préjugés. Il ne faut pas en avoir honte, mais on doit les questionner pour mieux les combattre et ne pas les transmettre aux générations futures. Les gens aujourd’hui se rebellent et se révoltent. Leurs revendications dans les rues expriment leur désespoir et leur déception. Les populations demandent des comptes aux politiques et au monde financier. On sort pour revendiquer des choses; le questionnement à la société, c’est ce qui se passe aujourd’hui encore au Brésil».
Dans le cadre de la «Fondation Education contre le racisme», on se déplace dans des écoles en France et à l’étranger et on s’adresse aux enseignants pour permettre une sensibilisation des enfants. «L’outil pédagogique, un programme multimédia d’éducation contre le racisme à destination des écoles primaires, permettra d’éduquer les enfants, les sensibiliser et construire surtout l’égalité. Pour en arriver là, il faut beaucoup de travail et de l’éducation surtout», souligne Thuram, ajoutant que ce support pédagogique, c’est pour le travail en classe. Le DVD apporte aux enseignants les ressources documentaires nécessaires pour mieux appréhender le sujet complexe du racisme, avec le concours des chercheurs. On ne naît pas raciste, on le devient. Cette vérité est la pierre angulaire de la Fondation Education contre le racisme.
«La couleur de la peau, le genre, la religion et la sexualité d’une personne ne déterminent en rien son intelligence, la langue qu’elle parle, ses capacités physiques, sa nationalité, ce qu’elle aime ou déteste. Mon livre «Mes Etoiles Noires» regroupe des portraits de femmes et d’hommes noirs. De Lucy à Barack Obama, en passant par Ésope, Dona Béatrice, Pouchkine, Anne Zingha, Aimé Césaire, Martin Luther King et bien d’autres… Ces étoiles m’ont permis d’éviter la victimisation, d’être capable de croire en l’Homme et surtout d’avoir confiance en moi. Il faut donc enrichir l’imaginaire des sens. On pourrait faire la même chose avec les femmes. Les femmes sont moindres, selon l’héritage des sociétés. Le discours sociétal renferme l’infériorité de la femme et elle prend ce discours sur elle-même, ce qui crée l’inégalité des femmes. Il faut donc changer la manière de travailler. Il faut s’arrêter et prendre la peine de réfléchir et poser des questions sur tout. Les préjugés existent et ce qu’il faut au juste, c’est une déconstruction-reconstruction de la pensée pour combattre effi¬ca¬ce¬ment le racisme», conclut Thuram.

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