lundi 25 mars 2019

Maroc-Venezuela-Sahara : Faut-il soutenir Juan Guaido ?

L’information est tombée ce 29 janvier, en fin de journée. Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, on apprenait que le ministre, Nasser Bourita, «a eu un entretien téléphonique avec Juan Guaido, président de l’Assemblée Nationale du Venezuela, à la demande de ce dernier»…

«Qu’à l’occasion de cet entretien, M. Bourita a fait part à son interlocuteur de toute l’attention avec laquelle le Royaume du Maroc suit les développements en cours au Venezuela»… Que «le ministre a, également, exprimé à M. Juan Guaido le soutien du Royaume du Maroc à toutes les actions menées afin de répondre aux aspirations légitimes du peuple du Venezuela à la démocratie et au changement»… Et, enfin, que «durant cet entretien, M. Juan Guaido a exprimé sa volonté de relancer, sur des bases saines et sereines, les relations de coopération entre le Maroc et le Venezuela ; et de lever les obstacles qui ont pu entacher leur évolution».  

Juan Guaido est un nom qui revenait en boucle dans tous les flashs infos des derniers jours. Les Marocains savaient donc qu’il ne s’agissait pas seulement du président de l’Assemblée Nationale vénézuélienne, mais aussi et surtout, du tout nouveau Président par intérim du Venezuela… Celui qui, poussé par son parti et le Parlement de son pays, s’était lancé le défi de chasser du pouvoir le Président à l’élection et à la gestion contestées, Nicolas Maduro.

Certes, les élections qui se sont soldées par la reconduction de Nicolas Maduro à la tête du Venezuela, ont eu lieu en mai 2018 (il y a 8 mois). Mais ce deuxième mandat du Président chahuté n’a été entamé que ce 10 janvier 2019, alors qu’une soixantaine de pays conteste toujours cette réélection, la jugeant illégitime.

Et si Juan Guaido n’est monté au créneau que le 23 janvier, se proclamant Président par intérim, c’est qu’il n’a été désigné à la tête de l’Assemblée nationale que le 5 janvier. Il ne lui aura donc fallu que 18 jours pour passer à l’action, en sa qualité de Président du Parlement, s’appuyant sur la Constitution vénézuélienne qui prévoit cette possibilité si l’élection présidentielle n’a pas été conforme à la loi.

Juan Guaido, qui incarne l’opposition au Venezuela, un pays de 32 millions d’habitants aux immenses réserves de pétrole qui sombre pourtant dans un grand désastre économique, a immédiatement obtenu la reconnaissance de grandes puissances et de voisins latino-américains. C’est le cas des Etats-Unis, du Canada, du Brésil, de la Colombie, du Pérou…

Six pays européens, quant à eux (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Portugal), ont posé un ultimatum à Nicolas Maduro, lui donnant jusqu’à dimanche 3 février pour convoquer des élections, à défaut de quoi ils reconnaîtraient à leur tour la présidence de Juan Guaido.

Ne restant pas les bras croisés devant ce nouvel échiquier, la Chine et la Russie ont dénoncé les sanctions décidées par l’administration Trump contre le Venezuela de Maduro.

Le Maroc, lui, a suivi tout cela avec grande attention, comme indiqué dans le communiqué du ministère des Affaires étrangères. Or, depuis l’échange téléphonique entre le Président de l’Assemblée nationale vénézuélienne Juan Guaido et le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, l’heure n’est plus au simple «suivi», mais à une prise de position.

La question est donc: le Maroc doit-il soutenir le nouveau Président par intérim, Juan Guaido ?

Certes, au vu de l’appui sans faille apporté aux séparatistes du Polisario par Nicolas Maduro, le Maroc ne peut que se réjouir d’un éventuel départ de ce dernier. Cependant, cette seule raison n’est pas suffisante. Si Maduro était remplacé par un autre inconditionnel du Polisario, le Maroc n’aurait aucun intérêt à soutenir le nouveau candidat à la direction du Venezuela.

Doute qui a, aussitôt, été dissipé par l’équipe Guaido. «Le Venezuela a l’intention de reconsidérer sa reconnaissance de la RASD (NDLR: république fantomatique du Polisario) sous le gouvernement du président par intérim Juan Guaido», a déclaré, mardi 29 janvier, à Caracas, Manuel Avendano, conseiller en affaires étrangères de l’Assemblée nationale vénézuélienne. Justifiant: «La reconnaissance de la RASD est plus liée à des causes idéologiques de gauche, plutôt qu’à une véritable quête d’une solution pacifique et politique au différend autour du Sahara».

Pourquoi alors le Maroc soutiendrait-il un Gouvernement Maduro qui, depuis des années, attente à son intégrité territoriale en soutenant des séparatistes instrumentalisés par un pays voisin (l’Algérie), plutôt qu’un Gouvernement Guaido qui, d’emblée, déclare choisir «la solution pacifique devant l’ONU», également prônée par Rabat ?

Chaque Etat défend ses intérêts. Le Maroc a le droit d’en faire autant, qui plus est pour défendre une cause non-négociable, celle de son intégrité territoriale.

Quant à la légitimité de Juan Guaido, qui justifie ce soutien du Maroc, s’il ne la tient pas d’une élection, elle lui vient -par contre- du parlement vénézuélien qui l’a investi de cette mission. Parlement qui, jusqu’à nouvel ordre, est le représentant par excellence de l’expression populaire.

Le Maroc a bel et bien intérêt à soutenir Juan Guaido.

Cela dit, on ne peut s’empêcher de relever, avec un brin de désappointement, voire d’amertume, la célérité et la force avec lesquelles les grandes puissances agissent, quand cela les arrange, pour imposer une solution dite en faveur des populations qui souffrent… Alors que depuis des décennies, le Maroc réclame un simple recensement de ces populations de Tindouf qui souffrent tout autant –sinon plus- maintenues sous des tentes avec interdiction de quitter leur prison à ciel ouvert ; sans que ni les grandes puissances, à titre individuel, ni l’ONU, à travers ses instances dédiées, n’arrivent à imposer au pouvoir d’Alger l’accès du Haut-Commissariat aux réfugiés à ces tentes de Tindouf, pour en compter les occupants… Et en avoir le cœur net sur les présumés réfugiés sahraouis !

Bahia Amrani

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Un commentaire

  1. Mais de quoi je me mêle ? de quel droit s’ingérer dans les affaires internes d’un pays ? Jusqu’à preuve du contraire, dans une démocratie, c’est le peuple qui élit son président, pas des gouvernements étrangers !

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