jeudi 19 octobre 2017

Ramadan au Maroc : Mois béni, travail banni

Migraine, manque de nicotine, de caféine ou de sommeil… Tous les prétextes sont bons pour justifier sa faible productivité pendant le Ramadan. Au Maroc, au fil des années, le mois sacré est devenu une période d’hibernation profonde pour la majorité des travailleurs. 

Les Marocains sont, par nature, très attachés à leur religion. C’est pourquoi la piété et le pardon, entre autres qualités, émergent fortement durant 30 jours, chaque année, à l’occasion du mois de Ramadan. Par contre, dès qu’il s’agit de productivité au travail, c’est un autre comportement qui fait surface. En effet, nombre de personnes n’hésitent pas à donner une «justification» à la faiblesse du rendement dont elles font preuve au sein des entreprises et des administrations publiques dans lesquelles elles évoluent. Certains trouvent même plusieurs explications à leur inertie au travail.

Tous les prétextes sont bons…

Pour certains, la faiblesse de rendement durant le Ramadan est à imputer au manque de sommeil. D’autres estiment que c’est l’absence de caféine et de nicotine qui est la principale responsable de tous les maux qui s’emparent de la société, en général et des travailleurs, en particulier, durant le Ramadan. D’autres encore préfèrent l’explication facile en arguant que le manque de productivité observée durant ce mois est dû à une insuffisance de calories,  à cause de l’obligation d’abstinence alimentaire durant ce mois. Quoi qu’on en dise, une chose reste certaine: au Maroc, le Ramadan et le travail ne font pas bon ménage. Pire, selon certains, le mois du jeûne n’est pas fait pour travailler, mais plutôt pour se reposer. D’où les départs en congé qui explosent durant ce mois.       

Selon une étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP), portant sur les effets du mois de Ramadan sur l’emploi du temps des Marocains, il s’avère que le mois du jeûne impacte considérablement le quotidien des citoyens. L’étude note qu’en moyenne, les Marocains hommes travaillent près d’une heure en moins durant le mois de Ramadan, contre une augmentation considérable du temps qu’ils passent au quotidien devant leurs petits écrans. L’étude du HCP note aussi un maintien du rythme de travail de la femme marocaine qui, contrairement aux hommes, voit ses tâches ménagères augmenter pendant le Ramadan.  

L’économie marocaine pâtit des mauvais exemples

La baisse de rentabilité durant le Ramadan a-t-elle une quelconque incidence sur l’économie nationale ou est-elle un phénomène passager auquel il faut s’habituer?

Selon les économistes, la paresse au travail pendant le Ramadan a des retombées graves sur l’économie nationale. Selon Mohamed Chiguer, économiste, Ramadan est un mois presque mort, d’un point de vue économique. Tous les secteurs tournent au ralenti pendant 30 jours, ce qui pénalise davantage l’économie marocaine, déjà en difficulté face à la concurrence mondiale. L’avis de Chiguer est partagé par un grand nombre d’économistes qui tirent la sonnette d’alarme quant aux pertes qu’accuse l’économie nationale en raison de la baisse très nette de la productivité tout au long du mois de Ramadan. Pour Ahmed Lakssiwar, Conseiller en législation du travail, la baisse de productivité, rien que dans le secteur industriel, enregistre durant cette période de l’année une baisse de 10%. Pour ce qui est du tourisme, la situation n’est pas meilleure, puisque les touristes nationaux désertent, pour la plupart d’entre eux, les hôtels pendant le Ramadan, préférant l’ambiance pantouflarde qui prévaut chaque année et pendant 30 jours dans le Royaume.    

Comment remédier à cette situation?

A cette question, les sociologues sont unanimes à dire qu’un travail de fond est à entamer au plus vite sur la mentalité des Marocains. C’est ce qu’explique Mouhssine Benzakour, spécialiste en sociologie. Selon lui, Ramadan est devenu un mois de nervosité et d’anxiété, alors que le jeûne a été décrété pour encourager les musulmans à plus de piété, de spiritualité et davantage d’engagement pour l’intérêt général. Selon Benzakour, l’intérêt général ne peut être servi avec des citoyens qui passent leurs journées à somnoler sous prétexte que c’est Ramadan.  D’autres avis expliquent que le fait de concilier le jeûne et le rendement professionnel est juste une question d’organisation, pas plus. C’est ce que confirme dans ce sens Leila Naïm, professeur chercheur en communication et en comportement. Elle estime que «le Ramadan est synonyme, chez certains, de privation, ce qui les pousse à faire le service minimum en matière de rendement professionnel et même en dehors de leur lieu du travail». S’agissant de cette chute injustifiable et inadmissible de la productivité et de la cadence de travail, Naïm explique: «Toutes les excuses sont valables pour justifier son refus d’accomplir son travail, surtout durant le Ramadan». Leila Naïm fait partie de ces spécialistes qui appellent à une nouvelle répartition de l’emploi du temps pendant le mois du jeûne. «La majorité des personnes qui jeûnent ne sont plus opérationnelles après 14 heures», rappelle-t-elle. C’est pourquoi il est nécessaire de s’arranger pour donner le meilleur de soi-même avant de début de l’après-midi., préconise-t-elle.  

En définitive, les sociologues et même les médecins s’accordent à dire que, pour faire face à la baisse de productivité durant le Ramadan, une bonne dose de sommeil et une bonne hygiène de vie sont nécessaires pour rester productif même en jeûnant.

Mohcine Lourhzal

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