samedi 15 décembre 2018

Syrie : Al-Assad vers une «amère victoire»

Sept ans après le déclenchement d’un faux printemps mais vrai conflit armé, le régime syrien semble sur le point de gagner ce qui est devenu une guerre régionale impliquant les grandes puissances.

Personne n’aurait pensé que le président Syrien puisse résister. Il l’a fait et l’intervention russe lui a permis de reprendre la situation en main et de reconquérir, région par région, un  pays dévasté.

A bout de sept ans de guerre, le gouvernement de Bachar Al-Assad vient d’enregistrer une nouvelle et symbolique victoire. Un accord a été trouvé pour évacuer les terroristes islamistes de Douma, la dernière poche de résistance de la Ghouta orientale. Les forces de Bachar Al-Assad ont repris la ville Deraa, située dans le sud de la Syrie, samedi 7 juillet, à la suite d’un accord avec les rebelles. C’est une ville symbolique. C’est là-bas que la révolte contre le régime avait commencé en 2011. C’est également une ville particulièrement importante pour Bachar Al-Assad. «Pour nous, contrôler ce poste frontière lié à Deraa est stratégique car, jusqu’ici, les rebelles tenaient cette route qui était nécessaire au bon réapprovisionnement de l’armée syrienne», explique un soldat syrien. Les combats auront duré deux semaines. Les bombardements intensifs des forces armées russes ont fini par pousser les groupes rebelles à la négociation, puis à l’évacuation, selon une stratégie bien rodée et menée sous l’égide de la police militaire de Moscou.

Cette région aux portes de Damas tenait tête au gouvernement syrien depuis 2012. Soutenu activement par la Russie, l’Iran et le Hezbollah chiite libanais, le président syrien triomphe. Il a quasiment réussi à anéantir Daech -qui contrôlait plus du tiers du territoire et qui n’est plus présent aujourd’hui que dans de petites poches près de Hama et de Homs. Mais surtout, il a pu réduire très significativement la menace des terroristes islamistes, Daech et autres. Pour arriver à ce résultat, Al-Assad n’a reculé devant rien.

Bachar & Co.

Pour arriver à ses fins, Bachar Al-Assad n’était pas seul. Responsables militaires et sécuritaires, chefs de milice, diplomates, financiers et même son épouse Asma ont rendu possible la victoire de Damas. Maher Al-Assad, 48 ans, frère de Bachar Al-Assad: il est son bras armé et commandant militaire et chef de la 4ème Division, une unité d’élite au cœur du système sécuritaire du gouvernement. Et Rami Makhlouf, 48 ans: il est le cousin de Bachar Al-Assad et est l’homme le plus riche de Syrie, dont il contrôle 60% de l’économie. C’est le financier et l’inspirateur d’Al-Assad.

Le 9 juillet, lors d’une rencontre avec des diplomates syriens au ministère des Affaires étrangères, Bachar Al-Assad a énuméré les défis que Damas doit relever en priorité.

«La reconstruction est la tâche prioritaire en Syrie. Elle ne sera possible que grâce à la poursuite de la lutte anti-terroriste et à la libération de tout le territoire, peu importe qui les occupe», a déclaré le Président syrien, cité par son service de presse.

«L’étape suivante sera d’amender les lois, de lutter contre la corruption, de développer le dialogue inter-syrien, de favoriser le retour des réfugiés qui ont quitté la Syrie pour fuir le terrorisme et de stabiliser le processus politique entravé par plusieurs pays, tout d’abord, par les Etats-Unis», a ajouté Bachar Al-Assad.

S’il reste encore quelques zones de résistances rebelles, ainsi que des zones toujours contrôlées par Daech, «il est clair que l’armée syrienne et l’armée de Bachar Al-Assad sont plus que jamais en position de force dans ce conflit», rapporte Franck Genauzeau, journaliste de Franceinfo, en direct de Jérusalem. Le tournant de cette guerre aura été l’entrée dans la guerre de la Russie en 2015. Désormais, l’armée syrienne concentre son offensive le long du plateau du Golan, près de la frontière israélienne. Tsahal a assuré qu’elle était prête à intervenir si la Syrie et ses alliés se rapprochent trop de la frontière.

L’offensive en cours sur le sud-ouest de la Syrie prouve que, même avec l’accord des Etats-Unis, de la Jordanie et d’Israël, le régime d’Al-Assad doit infliger une violence inouïe pour venir à bout d’une insurrection pourtant acculée. La Russie s’avère incapable d’assurer un accompagnement politique des percées de son protégé syrien. Et c’est compter sans toutes les autres situations où les contradictions entre les acteurs régionaux pourraient entraîner de nouvelles hostilités. On l’a vu quand Israël a voulu imposer ses «lignes rouges» à l’Iran et à ses affidés en Syrie, non sans entrer alors en conflit avec le régime d’Al-Assad. Un pacte tripartite lie pour l’heure la Russie, la Turquie et l’Iran, au profit de la dictature syrienne. Mais ce pacte aboutit à maintenir un abcès de fixation autour de la région d’Idlib, où sont transférées les forces rebelles après leur capitulation dans le reste du pays. Le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) estime à 5,6 millions le nombre de réfugiés syriens en juillet 2018; un chiffre probablement sous-évalué, en progression de 10% sur les douze derniers mois. Le même HCR évalue à 6,5 millions le nombre total de Syriens déplacés à l’intérieur de leur pays et à 1,2 million celui des déplacés, parfois pour la deuxième ou la troisième fois, depuis le début de l’année. C’est dire que les avancées du régime d’Al-Assad, loin de «stabiliser» le pays, accentuent des déplacements de populations déjà considérables.

Patrice Zehr

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