lundi 21 août 2017

Maroc : Débat autour de l’avortement

Manif avortement

Même si les Marocains sont très divisés sur la question, «l’avortement sous certaines conditions» est de plus en plus défendu et suscite un débat actuellement.

L’avortement est un sujet sensible au Maroc. Aujourd’hui, les articles 449 à 504 prévoient entre cinq et vingt ans de prison pour les médecins qui pratiquent l’avortement et entre six mois et deux ans de prison pour les femmes qui se font avorter. Une législation qui pourrait bien être modifiée. Ces dernières semaines, la question de l’avortement au Maroc suscite un vif débat, particulièrement au sein de la classe politique. Néanmoins, de plus en plus d’hommes et de femmes politiques se prononcent en faveur de l’avortement sous certaines conditions. «Il devrait être possible et sans risque de procéder à l’avortement dans les cas de viol, d’inceste ou de malformation avant les 120 premiers jours de la grossesse», a récemment déclaré Saâdeddine El Othmani, président du Conseil national du Parti de la Justice et du développement (PJD).

Cette déclaration n’a rien de surprenant, vu qu’El Othmani avait présenté une proposition de projet de loi pour préserver la santé de la mère et de l’enfant. Même son de cloche au sein du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS). «Le Maroc est tout à fait prêt à franchir le pas. Il suffit que les acteurs politiques se rendent compte que leur rôle n’est pas de suivre l’opinion publique, mais de l’encadrer. La légalisation de l’avortement est aujourd’hui nécessaire et il faut faire preuve de courage politique pour l’entreprendre», estime Nouzha Skalli, ex-ministre de la Solidarité, de la Femme et du Développement.
Il faut dire qu’au Maroc, l’avortement est illégal, mais il est pratiqué clandestinement par 600 à 800 femmes, chaque jour, selon un recoupement de différentes sources. Seules les femmes qui ont les moyens d’aller à l’étranger bénéficient de la qualité de soins requise. Pour celles qui ont recours à un avortement clandestin, 78 d’entre elles en meurent chaque année, selon l’organisation non gouvernementale «Women on waves». A l’échelle internationale, 42 millions d’avortements sont pratiqués dans le monde chaque année et environ 70.000 femmes trouvent la mort des suites d’un avortement clandestin, selon la même source. Pis encore, l’avortement est la quatrième cause de mortalité chez les Marocaines, ce qui le rend un problème majeur de santé publique. 25% des femmes ont recours à l’avortement sans la moindre surveillance médicale et ce, le plus souvent par manque d’argent. Les autres interventions sont pratiquées par des gynécologues privés, des médecins généralistes, des sages-femmes ou des infirmières, mais aussi, malheureusement, par des charlatans. Ce sont eux qui profitent le plus d’un système dont les femmes sont les premières victimes. Infections, infirmités, décès… Les conséquences peuvent en effet s’avérer dramatiques pour les femmes qui avortent clandestinement.
Les enjeux de l’avortement clandestin, qu’il soit médicalisé ou non, sont énormes et lourds de conséquences. L’avortement à risque est pratiqué par des individus peu scrupuleux qui n’hésitent pas à utiliser pour leur vile besogne du matériel hors d’usage, non stérilisé, des objets pointus et effilés ou des produits caustiques qu’ils introduisent dans l’utérus des femmes enceintes pour les faire avorter dans des conditions d’hygiène déplorables. Ce genre de pratique se passe dans des locaux sales, des arrière-boutiques, des maisons d’habitation et parfois, malheureusement, dans certains cabinets médicaux.
Au cours des dernières semaines, l’émission «Envoyé Spécial» de France 2 traitait le sujet des avortements clandestins au Maroc. Dans un reportage, le professeur Chafik Chraïbi, gynécologue à Rabat, témoignait de ces drames. Il y présentait le cas de jeunes filles abandonnant leur enfant non désiré à l’hôpital, ou arrivant pour se faire soigner en urgence suite à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Mais le 10 février dernier, le docteur a été démis de sa fonction de chef de service, à cause de ce même reportage. Cette affaire a provoqué une vive réaction dans les réseaux sociaux où la majorité des internautes ont exprimé leur soutien au professeur. L’affaire a permis de rouvrir ce dossier sensible.
Ainsi, le ministre de la santé, Lahoucine Louardi s’est dit prêt à ouvrir le débat. «Actuellement nous avons une législation très sévère sur l’avortement. Personnellement, je suis depuis longtemps un fervent défenseur de la libéralisation totale de l’avortement. Je suis contre l’avortement clandestin qui pose énormément de problèmes médicaux et sociaux dans notre pays», souligne Lahoucine Louardi. Pour le ministre, le débat sur l’avortement doit cependant commencer par quelques cas précis tels que le viol, l’inceste ou les malformations fœtales graves, car «il faut y aller doucement», en rencontrant les différents représentants de la société civile et en «prenant en compte les spécificités culturelles du Maroc». Dans ce sens, le ministère de la Santé a pour la première fois organisé une rencontre nationale pour débattre de l’encadrement législatif et les exigences de la sécurité en matière d’avortement, ce mercredi 3 mars 2015.
Pour sa part, l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC) organise un débat sur l’avortement, lundi 16 mars, à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, en partenariat avec l’association Droit et Justice et le collectif Droit à la santé au Maroc. A suivre…

Anas Hassy

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