samedi 22 septembre 2018

Egypte : L’erreur sanglante de Daech

Qui peut croire que le carnage sanglant aux plus de 300 morts, dans  une mosquée soufie du Sinaï, soit un succès pour Daech? Qui peut croire que les soufis vont renoncer et les bédouins pardonner?

La répression impitoyable est légitimée et les défenseurs du respect des libertés et des droits de l’homme sont condamnés, hélas, pour un long moment au silence.

Les soufis, une minorité de l’islam, a été attaquée partout où l’EI opère, que ce soit en Egypte, mais aussi au Pakistan où des dizaines de soufis ont été tués par les djihadistes. Ils les accusent du plus grand péché de l’islam, le polythéisme, en raison de leur recours à l’intercession des saints morts.

Les salafistes condamnent aussi ce qu’ils appellent les «innovations», ces rites et prières adoptés par les soufis, sans que le prophète Mohamed lui-même ne les ait jamais prescrits.

Inspirés par certains compagnons du Prophète et par les premières générations d’ascètes, les soufis disent vouloir se concentrer sur l’obtention d’un état de pureté -dont viendrait le terme soufisme- pour témoigner de la présence de Dieu dans leur vie. Certains intègrent de la musique dans leurs prières ou des danses (derviches), mais d’autres, en revanche, rejettent ces pratiques.

L’année dernière, l’EI avait enlevé puis décapité un vieux chef soufi, l’accusant de pratiquer la sorcellerie.

Récit  de l’attaque de la mosquée du journal Le Monde

Quelques centaines de fidèles étaient réunis pour la prière hebdomadaire, vendredi 24 novembre à la mi-journée, quand une explosion a retenti devant la mosquée Al-Raoudah dans le village de Bir Al-Abed, à 40 km à l’ouest de la capitale de la province égyptienne du Nord-Sinaï, Al-Arich.

Encerclant le complexe religieux avec quatre véhicules tout-terrain, une quarantaine d’hommes armés, masqués et vêtus d’uniformes militaires, ont ouvert le feu dans la salle de prière et sur les fidèles qui tentaient de fuir, allant jusqu’à brûler les véhicules pour bloquer les routes, selon des témoins. Au moins 305 personnes ont été tuées, dont 27 enfants et 128 autres ont été blessées. Les assaillants ont pu prendre la fuite avant l’arrivée de l’armée, selon les dernières déclarations du parquet égyptien, samedi 25 novembre.

L’hécatombe, qui a frappé le petit village de 2.500 âmes, a suscité une onde de choc dans tout le pays.

Pour Libération

La mosquée Al-Raoudah est notamment fréquentée par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l’islam que l’EI considère comme hérétique et appelle à combattre. Des conscrits faisaient également partie des fidèles réunis dans la mosquée Al-Raoudah, selon des sources médicales à Al-Arich.

Depuis 2013 et la destitution par l’armée du président islamiste élu, Mohamed Morsi, un groupe djihadiste qui est devenu la branche égyptienne de l’EI, attaque régulièrement les forces de sécurité égyptiennes dans le nord du Sinaï. De nombreux policiers et soldats, ainsi que des civils, ont été tués dans ces attaques.

Les djihadistes se sont de plus en plus tournés vers des cibles civiles, attaquant non seulement des chrétiens et des soufis, mais aussi des habitants bédouins du Sinaï accusés de collaborer avec l’armée.

En février, les chrétiens d’Al-Arich ont fui en masse leur région, après une série d’attaques violentes visant leur communauté. Depuis moins d’un an, plus de 100 chrétiens, essentiellement des Coptes, ont été tués dans des attentats contre des églises ou des attaques ciblées dans le Sinaï et à travers le pays. L’an dernier, les djihadistes avaient par ailleurs capturé et décapité un vieux chef soufi, l’accusant de pratiquer la magie, interdite en islam. Plusieurs adeptes du soufisme ont également été kidnappés, puis libérés après s’être «repentis».

Un chef de tribu et d’une milice bédouine qui combat l’EI a déclaré à l’AFP que la mosquée était connue comme un lieu de rassemblement de soufis. En plus de l’insurrection djihadiste de l’EI dans le Sinaï, l’Egypte est menacée par des djihadistes alignés sur Al-Qaïda opérant à partir de la Libye, à la frontière ouest du pays.

Après le carnage, le président Abdel-Fattah al-Sissi a promis une répression «brutale». Depuis, l’armée a annoncé avoir détruit des véhicules et ciblé plusieurs foyers de djihadistes. L’armée de l’air «a détruit plusieurs véhicules utilisés dans l’attaque» et «ciblé plusieurs foyers terroristes contenant des armes et des munitions», a ainsi déclaré dans la nuit le porte-parole de l’armée, Tamer el-Refaï

Certains membres de la tribu bédouine Sawarka, visée par l’attentat et soutien du régime, ont manifesté leur volonté d’entrer en guerre contre Daech. Une requête à laquelle le gouvernement n’a pas ­répondu.

Mais, en dehors des représailles liées à cette attaque, la question de la prévention du terrorisme demeure. L’état d’urgence est en vigueur en Egypte depuis le mois d’avril, quand un attentat avait fait 45 morts dans une église copte. La lutte contre le terrorisme est l’un des principaux axes de la politique du président al-Sissi et des milliers d’arrestations ont été effectuées depuis son arrivée au pouvoir. Sans jamais parvenir à mettre fin aux tueries. 

Patrice Zehr

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