mardi 17 octobre 2017

Catalogne : Attention danger !

Le traitement médiatique de la crise catalane ou espagnole a rapidement évolué. Au début, pourtant, tout était simple. De gentils démocrates voulant exprimer pacifiquement leur opinion dans des urnes étaient agressés par une police espagnole, dont les origines franquistes étaient soulignées.

Les médias, notamment audio-visuels, adorent avoir, d’un côté, les gentils et, de l’autre, les méchants. Hélas, comme nous ne cessons de l’écrire, ce n’est jamais aussi simple! La preuve par la Catalogne.

On s’est vite rendu compte que, si l’aspiration à l’indépendance était partagée par une large partie de la population de la Catalogne, elle n’était pas forcément majoritaire. Le processus démocratique confisqué et instrumentalisé par les indépendantistes était, lui, indiscutablement illégal. On s’est rendu compte aussi que la police catalane n’avait pas obéi au gouvernement légal dans une attitude très discutable. Et puis, on a commencé à se poser la question des conséquences d’une indépendance pour la Catalogne, l’Espagne et l’Europe.

L’ancien Premier ministre français, Manuel Valls, natif de Barcelone et très Catalan, a bien souligné les périls. Il a mis en garde contre une proclamation d’indépendance de cette région espagnole. «Ce serait une folie», a-t-il prévenu, rappelant que la Catalogne bénéficie déjà d’une «vraie autonomie respectée par l’Espagne». Le président de la Catalogne a assuré que la région allait «déclarer son indépendance» d’ici quelques jours, malgré les menaces de Madrid. 

«La force de l’Espagne, c’est d’avoir de grandes régions comme la Catalogne et le Pays basque, a poursuivi Manuel Valls. Et la force de la Catalogne et du Pays basque, c’est d’être dans un des vieux Etats-nations de l’Europe. Il n’y en a pas beaucoup. Il y a l’Angleterre, il y a l’Espagne et il y a la France». 

«Défaire l’Espagne, c’est défaire l’Europe, a encore alerté Manuel Valls. Si on ouvre la boîte de Pandore, demain, c’est le Pays basque, le pays basque français, puis c’est l’Italie du nord et après, c’est la guerre».

Une inquiétude de plus en plus partagée depuis l’intervention sur le sujet du Roi d’Espagne qui a marqué un tournant. L’Etat doit assurer l’ordre constitutionnel et le fonctionnement des institutions en Catalogne, dont les dirigeants régionaux prétendent déclarer l’indépendance, a déclaré le Roi d’Espagne, Felipe VI.

Les dirigeants catalans ont «fait preuve d’une déloyauté inadmissible» envers l’Etat et «c’est la responsabilité des pouvoirs légitimes de l’Etat d’assurer l’ordre constitutionnel et le fonctionnement normal des institutions», a déclaré le souverain dans une allocution d’une fermeté sans précédent. 

Les milieux économiques s’inquiètent ensuite, à leur tour et font pression. Ces derniers jours, de grands patrons catalans, tout comme l’organisation patronale nationale CEOE, ont fait part de leur «préoccupation maximale» devant une éventuelle indépendance. Dans le cas des banques, la crainte d’une fuite des dépôts commence aussi à être évoquée, même si le ministre espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, a affirmé, lundi 2 octobre, que «les clients n’ont rien à craindre». Dans ce contexte houleux, l’agence de notation financière, SP Global Ratings, a annoncé qu’elle envisageait d’abaisser la note de la dette catalane. Même chose pour Fitch. Or, la Catalogne est l’une des régions espagnoles les plus endettées, à hauteur de 35,2% de son PIB… Cette crise politique «génère une incertitude qui paralyse tous les projets d’investissements en Catalogne. J’ai la conviction qu’à l’heure qu’il est, pas un investisseur, national ou international, n’acceptera de participer à un nouveau projet d’investissement, tant que tout cela n’est pas réglé», a déploré Luis de Guindos. La région, qui fournit un cinquième du PIB espagnol, doit régulièrement puiser des liquidités dans un fonds spécial de l’Etat central. Plusieurs entreprises ont déjà plié bagage, craignant les répercussions d’une indépendance de la région sur leur activité. Le secteur bancaire leur emboîte le pas, tandis que les agences de notation menacent de dégrader la note souveraine de la Catalogne.

La pression s’accroît donc sur la Catalogne, alors que la région autonome menace toujours de proclamer son indépendance. Une pression judiciaire aussi, avec la décision de la Cour constitutionnelle de suspendre la session plénière prévue, au cours de laquelle l’Exécutif régional devait analyser et présenter les résultats officiels du référendum sur l’indépendance. C’était l’occasion pour le leader catalan, Carles Puigdemont, de déclarer dans la foulée l’indépendance unilatérale de la Catalogne. Ce que veut absolument éviter Madrid.

L’Europe souhaite  en fait une reprise des négociations et une sortie de crise préservant l’unité de l’Espagne, dans le respect de l’identité catalane… La voix de la raison, certes, mais à la merci d’un dérapage, d’un côté comme de l’autre.

Mardi 10 octobre, le président du gouvernement régional, Carles Puigdemont, a, dans un discours équivoque, à la fois, proclamé l’indépendance de la Catalogne et suspendu sa mise en œuvre, pour quelques semaines, appelant Madrid à un dialogue.

Réponse du premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, mercredi 11 octobre: «Le conseil des ministres est convenu ce matin d’envoyer une réquisition formelle au gouvernement de la Generalitat [exécutif catalan] afin qu’il confirme s’il a déclaré l’indépendance de la Catalogne». Et Mariano Rajoy de bien préciser que cette demande se fera dans le cadre de l’article 155 de la Constitution, qui prévoit la procédure à suivre pour la suspension de l’autonomie d’une région. Cet article dispose que: «Si une région autonome ne respecte pas les obligations que la Constitution ou d’autres lois lui imposent, ou agit de manière à porter atteinte gravement à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement, après avertissement au président de la région autonome, et dans le cas où il n’a pas de réponse, avec l’approbation de la majorité absolue du Sénat, pourra adopter les mesures nécessaires pour le contraindre au respect de ces obligations ou à la protection de l’intérêt général mentionné».

Patrice Zehr

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