Le short de Jessy J et la vision du Maroc

L’apparition de Jessie J sur la scène OLM-Souissi, à Rabat, où la star anglaise devait donner un concert, le samedi 25 mai dernier, dans le cadre du Festival Mawazine musiques du monde, a tout simplement fait sensation !
Toute de blanc vêtue (vêtue est-ce bien le mot ?) ; des jambes qui n’en finissent plus et, au bout, un short hyper court ; puis un petit «haut» à moitié transparent ; et, enfin, un crâne rasé avec un soupçon de repousses blondes… Jessie J –de son vrai nom Jessica Ellen Cornish- a réellement «scotché» l’assistance.

Entre les «Tartuffe» dont les yeux grand ouverts démentaient leur «cachez moi ces jambes que je ne saurais voir» et les amoureux de l’art qui ont cru voir descendre du ciel un ange version 2013, il s’est écoulé quelques secondes avant que le public ne réalise qu’il s’agissait juste de la star du r’n’b et du rap qui allait faire devant le public marocain ce qu’elle savait faire de mieux: chanter ! Chanter la tolérance, chanter l’amour, chanter même un couplet improvisé pour une petite Marocaine… Mais chanter sans complexe, sans réticences, sans apriori… Devant un public qu’elle ne connaissait pas, dans un pays qu’elle ne connaissait pas…
Savait-elle que dans ce pays où elle se produisait pour la 1ère fois, son concert séduirait un public au bord de l’hystérie, mais qu’après, une polémique allait se nourrir de son mini-short qui a affolé les vrais et faux puritains ?
Non, elle ne le savait pas. Elle croyait venir dans un pays très chaud, elle s’est habillée en conséquence. Point barre. (Voir ses explications dans le dossier que nous lui avons consacré cette semaine).
Par contre, les Marocains savent tous que les polémiques au sujet des stars qui se produisent au festival Mawazine de Rabat, il y en a depuis la naissance de ce festival et il y en aura probablement encore. Si ce n’est pour un short (Jessie J, cette année), c’est pour une orientation sexuelle (Elton John, Mawazine 2010), une danse du ventre (Shakira, Mawazine 2011), ou un torse nu (Mika)…
Or, ce diktat-là, la majorité des Marocains le refusent !
Bien sûr qu’il y a des citoyens ultra-conservateurs que des jambes nues choquent. Il y a aussi les «auto-proclamés-gardiens-du-dogme» qui se croient investis de la mission de préserver la société de tout ce qui pourrait la pervertir. Et il y a les incontournables fondamentalistes qui rêvent d’un… Maroc fondamentaliste.
Enfin, il y a ceux qui veulent tout politiser et qui font feu de tout bois.
Sans doute sont-ils dans leur rôle…
Lorsque Al Adl Wal Ihsane pousse deux cris: l’un, pour condamner Mawazine pour une présumée «dépravation» et pour le coût financier du festival, l’autre pour accabler le PJD qu’elle dit «décrédibilisé» parce que, parti islamiste au pouvoir, il n’a pas pu empêcher la tenue de Mawazine, cette association est en effet dans son rôle.
De même que lorsque le député PJD, Abdelaziz Aftati, s’insurge contre le festival et contre la retransmission du concert de Jessie J sur 2M, il est également dans son rôle. D’une part, il poursuit la compétition de son parti avec les rivaux de toujours: les «frères» d’Al Adl Wal Ihsane avec lesquels il se dispute la même base. De l’autre, il poursuit la guerre du PJD contre 2M (une guerre latente depuis l’épisode des cahiers des charges, mais ravivée la semaine dernière).
Les gouttes d’huile que jette sur le feu le MUR (Mouvement Unicité et réforme) participe également d’une réaction naturelle de la part de ce bras idéologique du PJD.
Tous ont nourri la polémique sur le short de Jessie J. Mais leur combat réel est celui des ultra-conservateurs contre les modernistes du Maroc.
Que disent les modernistes ? Que le Maroc est un pays qui se veut aussi respectueux de son authenticité que jaloux de son ouverture ; que les Marocains refusent de se laisser enfermer dans des carcans (dogmatiques ou autre) ; que les arts et cultures sont des lieux de partage et de tolérance et que ceux qui en ont peur n’ont qu’à se contenter de s’en priver eux-mêmes.
Ainsi, sans le savoir, avec son seul short, Jessie J a remis sur le tapis cette grande question qui divise, au Maroc comme dans toute la région (Tunisie, Egypte, Lybie…): quelle orientation donner au pays ? Celle d’une vision moderniste, ou celle d’une vision passéiste ?
Le public impressionnant venu applaudir Jessie J, ainsi que tous les gens normaux qui ont pu voir chanter la jeune star britannique, en petite tenue, chez eux, grâce à 2M, sans en faire une affaire d’Etat, l’ont confirmé… Ils ne veulent pas d’un Maroc «mode Kandahar» ! Ils veulent un Maroc moderne, ouvert sur les civilisations, tolérant, décomplexé… Où la religion est une affaire de foi et de conviction, profondes mais sereines, non de faiblesses dont il faudrait se prémunir à coup d’interdits et de diktats… Voire de violence.

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2 Commentaires

  1. Je le confirme en tant que Marocain, je veux pas d’un Maroc a l’afghan ou l’Iran, je veux d’un Maroc ou la religion reste en effet une affaire personnelle, les gens qui ont été choqué ils n’avaient qu’à changer de chaîne ou d’aller a la mosquée au lieu d’aller au festival. Il faut arrêter avec ces idées des ayatollah. Je suis musulman ouvert aux autres, tolèrent ouvert aux autres.

  2. les barbus veulent faire de nous des esclaves comme l’istiqlal a fait de l’arabisation un moyen de former des chomeurs sans qualification pour travailler,l’islam a été sali par les barbus qui appellent ouvertement au terrorisme ,heureseusement que ces barbus meme au gouvernement n’ont pas le pouvoir de s’opposer au progres !

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