jeudi 27 juillet 2017

Violence faite aux femmes : Le calvaire de la Marocaine

La Constitution prohibe la discrimination fondée sur le sexe, tout comme elle interdit «de porter atteinte à l’intégrité physique ou morale de quiconque, en quelque circonstance que ce soit et par quelque personne que ce soit». Toutefois, le Code pénal, n’assure pas une protection suffisante des femmes contre les violences.

Violences physiques, psychologiques, verbales et économiques. Tel est le quotidien de la majeure partie des femmes marocaines. Selon les résultats de l’enquête internationale de l’ONU-Femmes, réalisée dans quatre pays de la région MENA, dont le Maroc, plus de 60% des femmes sondées ont déjà été directement confrontées au phénomène de la violence.  

Ne pas justifier l’injustifiable

L’enquête internationale de l’ONU-Femmes sur la violence faite aux femmes a fait savoir que 60% des hommes déclarent ne pas voir d’inconvénients à violenter leurs épouses. Selon eux, ces dernières doivent tolérer ce comportement, pour ne pas mettre en péril la stabilité de leurs familles. C’est justement l’une des principales raisons qui poussent un grand nombre de femmes marocaines (50% selon ONU-Femmes) à garder le silence face à la violence de leur conjoint.  En effet, nombreuses sont les femmes qui hésitent toujours à demander le divorce, de peur d’être mal vues une fois revenues au foyer parental. Selon Leila Rhiwi, représentante de l’ONU-Femmes au Maghreb, la majorité des hommes dans les pays arabes, notamment au Maroc, défendent, bec et ongles, la discrimination et la violence physique et verbale à l’égard des femmes. Rhioui ajoute que la femme est en général confinée à des rôles traditionnels qui ne lui permettent pas de s’émanciper.

Les chiffres qui font froid dans le dos

Selon les chiffres de l’Observatoire marocain des violences faites aux femmes «Oyoune Nissaiya», sur les 38.318 cas de violence à l’égard des femmes enregistrés en 2014 dans le Royaume, 8.743 sont d’ordre physique, 1.770 à caractère juridique, 12.561 d’ordre économique et 844 cas de violence sexuelle. L’Observatoire, qui publie des rapports périodiques sur le phénomène de la violence faite aux femmes, souligne que 80% des femmes violentées sont âgées entre 19 et 48 ans, dont près de la moitié sont mariées. Il s’est basé, pour réaliser son rapport, sur les données fournies par les différents centres d’écoute dédiés aux femmes victimes de violences, gérés par des associations féminines au niveau national.

Changer de mentalité

Il est urgent de mettre en place des politiques intransigeantes à l’égard des hommes qui bafouent la dignité de la femme qui doit plutôt jouir d’une place de choix au sein de la société, vu le rôle qu’elle joue dans la société et la multitude des tâches qu’elle effectue au quotidien.  Comment faire pour inculquer le respect de la femme et de sa dignité en tant qu’être humain, surtout aux générations futures? La réponse de l’ONU-Femmes à cette question est sans équivoque. Il est indéniable que les hommes et les pères ont un rôle crucial à jouer en faveur de l’égalité entre les sexes. Ils doivent éduquer leurs enfants qui seront les hommes de demain, être respectueux et à l’écoute des femmes et être plus favorables à l’égalité entre les deux sexes.

De son côté, le gouvernement promet de redoubler d’efforts pour permettre à la femme d’occuper la place qui est la sienne dans tous les secteurs clés de l’économie nationale et de jouir de ses pleins droits en tant que citoyenne à part entière. Il s’engage à élaborer dans ce sens un programme d’action qui s’étalera sur trois années (2017-2019), avec pour objectif de mettre en œuvre des initiatives visant le renforcement et la dynamisation de l’institutionnalisation de l’égalité des sexes.

L’éradication de la violence faite aux femmes nécessite l’implication effective de tous: acteurs gouvernementaux, société civile, médias, secteur privé, citoyennes et citoyens. Seule cette mobilisation générale permettra d’atteindre les objectifs de l’agenda 2030 visant à éliminer de la vie publique et de la vie privée toutes les formes de violence faite aux femmes. 

Le Maroc a accompli des progrès, dans sa réponse aux violences visant les femmes, par des réformes législatives successives ayant fait avancer la protection des femmes, dont la réforme partielle du Code pénal en 2003 et l’adoption de la Moudouwana en 2004 et de la Constitution de 2011. Encore, cette année, des lois relatives à la traite des personnes et au travail domestique seront discutées et adoptées.

Et pourtant, malgré tous ces progrès, la situation reste alarmante et les taux de prévalence de la violence à l’égard des femmes restent trop élevés au Maroc et à travers le monde.

Mohcine Lourhzal

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