dimanche 20 août 2017

Victoire du clan Bouteflika : Le sursis

Bouteflika Algerie Avril 2014

L’élection présidentielle qui a eu lieu en Algérie, le 17 avril dernier, est entrée dans les annales de l’Histoire. C’est la 1ère fois qu’un candidat à la présidence d’un pays, âgé de 77 ans et handicapé suite à un AVC (accident vasculaire cérébral), annonce sa candidature par procuration, mène campagne par procuration et, proclamé vainqueur à plus de 81% des voix (selon les chiffres officiels, contestés par l’opposition), se dit prêt à «poursuivre l’oeuvre de construction nationale» pour un nouveau mandat de 5 ans. Abdelaziz Bouteflika n’est pas Léopold Sedar Senghor ! (Senghor qui n’était même pas malade quand il avait volontairement quitté le pouvoir).

Pour les supporters du Président Bouteflika, le peuple a massivement voté en sa faveur afin de préserver la stabilité du pays.
Pour l’opposition, qui cherche à s’organiser mais reste très divisée, le clan Bouteflika a réussi à se maintenir au pouvoir par la fraude et la force.
Mardi 22 avril, le Conseil constitutionnel a rendu public les résultats définitifs de l’élection présidentielle. A peu de voix près, ils confirment les chiffres donnés au lendemain du vote.
Et maintenant ? C’est la question posée aussi bien au niveau national (en Algérie) qu’au niveau international.
Un nouveau départ, si Abdelaziz Bouteflika réussit à s’entourer d’une équipe qui tienne ses promesses électorales ?
Ou le statut quo que les mêmes, reconduits, présenteront comme un atout et une preuve de stabilité ?
L’opposition algérienne et la majorité des observateurs internationaux estiment qu’il ne peut y avoir de nouveau départ dans les conditions actuelles (une même équipe avec un leader diminué par l’âge et la maladie). Donc, les mêmes ont été maintenus. Il s’agit, pour eux, d’une prorogation de leurs pouvoirs et, pour le reste du monde, d’un sursis…

Les jeux sont donc faits. Les résultats de l’élection présidentielle algérienne du 17 avril 2014 dernier sont définitifs. Dans un communiqué rendu public mardi 22 avril, le Conseil constitutionnel d’Alger a fait savoir qu’«assisté de magistrats de la Cour suprême et du Conseil d’Etat et après vérification», il a «arrêté les résultats du scrutin après rectification nécessaire des erreurs matérielles». Puis après avoir considéré «que les élections présidentielles se sont déroulées dans de bonnes conditions, permettant ainsi à l’ensemble des électeurs d’exercer pleinement leur droit constitutionnel et de choisir, en toute liberté, le candidat qu’ils jugent le plus habilité à présider aux destinées de la nation» et que «cela confirme la régularité, la sincérité et la transparence du scrutin», le Conseil Constitutionnel a livré les résultats officiels qui seront publiés dans le Journal Officiel du pays. Ils concernent le nombre d’électeurs inscrits (22.880.678), celui des votants (11.600.984), le taux de participation (50,70 %), les bulletins nuls (1.132.136) et les suffrages exprimés (10.468.848).
Les suffrages obtenus par chaque candidat ont également été donnés tels qu’arrêtés par le Conseil. Le Président sortant Abdelaziz Bouteflika arrive en tête avec 8.531.311 des voix, soit plus de 81%. Ce qui le place loin devant tous les autres candidats. Qu’il s’agisse de son principal challenger, Ali Benflis qui ne remporte que 1.288.338 des voix, atteignant à peine les 12% ; ou des 4 autres candidats (Abdelaziz Belaid: 328.030, Louisa Hanoune: 157.792, Ali Fawzi Rebaine: 105.223, Moussa Touati: 58.154) dont le pourcentage de suffrages obtenus se situe entre 3,5% et 0,5%.

Plébiscite et dénonciations

Un véritable plébiscite se congratuleront les supporters du Président Bouteflika !
Un résultat obtenu «grâce à la fraude, l’argent sale et les médias achetés», s’écriera devant ses militants Ali Benflis qui ne décolère pas, depuis…
Dans un entretien accordé au journal français «Le Point», il soutient avoir obtenu plus de 50% des voix, lançant, indigné: «le Président (Bouteflika) était totalement absent. Il n’a pas expliqué son programme. Sa volonté de briguer un quatrième mandat a souffert d’un rejet total. Et on m’indique que j’ai obtenu 12% ? C’est une honte !».
Avant lui, le candidat Moussa Touati avait dénoncé, lui, le taux de participation.
Lors d’une conférence de presse qu’il a tenue, il a estimé que le «taux réel de participation ne dépasse pas les 15%», rejetant le taux annoncé par le ministère de l’Intérieur algérien qui est de plus de 51%. «Nous n’acceptons pas ce taux. Il est exagéré», a-t-il déclaré publiquement.
Pour Moussa Touati, il y avait également problème avec le financement des campagnes électorales. Au cours de sa conférence de presse, il a estimé que certains candidats ne s’en sont pas tenus à la somme-plafond fixée par la loi qui est de 6 milliards de centimes. «Certains candidats ont franchi le seuil de 300 milliards de centimes», a-t-il protesté.
Les deux candidats malheureux ont rejeté les résultats officiels («sinon, j’aurais cautionné la fraude», a déclaré Ali Benflis), mais ils ont –chacun de son côté- décidé de poursuivre le combat politique, selon des voies pacifiques.

Pas un homme, un clan !

Ali Benflis, sur lequel pariaient certains, pensant qu’il pouvait créer la surprise, du fait de son exercice du pouvoir (il a été plusieurs fois ministre, premier ministre, secrétaire général de la présidence, chef du FLN…) –et qui affirme qu’il a battu le Président Bouteflika- a d’ores et déjà commencé ce «combat».
Il a annoncé vouloir créer un parti politique et, lundi 21 avril, il a signé un accord avec les douze partis politiques qui l’ont soutenu lors de sa campagne électorale pour créer une coalition d’opposition. Il entend bien briguer la présidence et il s’y prépare.
Il se retrouve dans l’opposition, face à un Abdelmalek Sellal, le Premier ministre qui a mené campagne à la place de Bouteflika et qui, dit-on, pourrait être promu au poste de vice-Président, après la réforme de la constitution.
Mais l’opposition est trop divisée.
Il y a les 12 partis qui ont signé l’accord avec Benflis et qui constituent un pôle pour le changement. Il y a aussi les partis islamistes (une dizaine) qui ont refusé de participer à l’élection présidentielle et qui ont constitué le «Front du Boycott». Il y a le Mouvement «Barakat» qui s’est constitué pour s’opposer à un 4ème mandat de Bouteflika et les Kabyles dont 70 personnes ont été blessées dans des heurts, le jour du vote…
Bien qu’elle soit en nombre, l’opposition a été battue à plate couture, parce qu’elle ne se battait pas contre un candidat seul –en l’occurrence, Abdelaziz Bouteflika- mais contre un clan, avec ses représentants dans l’armée, dans les principaux partis, au Parlement et dans le reste des institutions de l’Etat, ainsi que dans les médias.

Pour que le système reste figé

Même le puissant DRS, pourtant opposé à la candidature de Bouteflika, n’a pas pu empêcher sa victoire.
Et pour cause ! La déstabilisation du clan Bouteflika lui faisait courir le risque de sa propre déstabilisation.
Le journal canadien «Le Devoir» résume assez bien cela. Son éditorialiste écrit: «Ce qu’il y a de terrible dans cette histoire, c’est l’acharnement déployé par Bouteflika et les siens pour que le système reste figé. Au bénéfice de qui ? De la classe qui dirige le pays depuis 1962, depuis l’indépendance. Une classe totalement indifférente au sort infligé, c’est le cas de le dire, à une population qui ne supporte plus le chantage émotif qu’on lui fait en permanence par le culte des vétérans de la guerre d’indépendance».
Dès après l’annonce des résultats, le Président Bouteflika a adressé une déclaration à ses «chers compatriotes», leur annonçant: «A présent que le Conseil constitutionnel a annoncé les résultats définitifs de l’élection présidentielle, me déclarant réélu à la magistrature suprême (…) Dans quelques jours, j’aurais l’occasion, mes chers compatriotes, de m’adresser à vous plus longuement, notamment pour vous redire mes engagements et vous entretenir de l’oeuvre de construction nationale que j’ai voulu poursuivre avec vous».

Quel agenda politique ?

Or, justement, au lendemain de sa réélection, Bouteflika était en ouverture de tous les médias algériens qui se demandaient quels allaient être ses chantiers prioritaires… Quel serait son agenda politique ? La révision de la Constitution, la diversification de l’économie, l’emploi, le logement, le développement industriel, l’investissement, la réforme bancaire…
Les dossiers forment une montagne sur son bureau.
Mais, étant donné que l’opinion publique -algérienne et internationale- sait que l’état de santé du Président élu ne lui permet pas de retrousser ses propres manches, ce qui est d’abord attendu de lui, c’est de nommer une équipe qui soit en mesure de réaliser tout ou partie des promesses électorales.
Même si l’opposition se demande comment, avec les mêmes, arriver à faire aujourd’hui ce qui n’a pas pu être fait hier ? C’est ce qui renforce encore plus, chez l’opposition, le sentiment de ne pas en avoir fini avec l’immobilisme et l’idée que la victoire du clan Bouteflika n’accorde qu’un sursis au pays…

Vu du Maroc…

Et le Maroc dans tout cela ? Puisque le Maroc fait partie de la politique intérieure de l’Algérie. C’est même, avec la question du Sahara, la tâche principale -sinon la seule- de sa diplomatie.
Vues du Maroc, ces élections ne changent rien du tout.
SM Mohammed VI a adressé un message de félicitations au président Bouteflika, dans lequel le Roi du Maroc a parlé de «renforcer les liens de fraternité et de bon voisinage qui unissent (les) deux pays et leur insuffler une nouvelle dynamique dans les différents domaines, au service des aspirations (des) peuples frères au développement, au progrès et à la prospérité». Le Souverain a évoqué «l’édification de l’union maghrébine, sur des bases saines et solides, qui réponde aux aspirations des peuples des cinq Etats de l’Union en termes d’unité, de complémentarité, d’intégration et de développement commun». Mais, nul ne se fait d’illusions. Les choix du pouvoir algérien sont clairs et invariables, qu’il s’agisse de Bouteflika, de Benflis, ou d’un autre… Ce sont des choix d’Etat. Des choix où la continuité de l’Etat a été sans faille, depuis les années 60 !
Il faudrait un miracle, ou des hommes exceptionnellement courageux, pour qu’un jour les relations maroco-algériennes soient sainement appréhendées, que la décision soit prise de mettre à plat tous les problèmes, dont celui des frontières qui détermine en réalité tous les autres (qu’il s’agisse du Sahara oriental ou occidental) et qu’enfin la région puisse réellement aller de l’avant.

BA
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Tindouf, la grosse blague


Selon les résultats officiels, détaillés, de la participation à la présidentielle algérienne, ce serait à Tindouf que la participation aurait été la plus forte.
Cela a fait beaucoup rire, au Maroc.
Même pour un néophyte de la politique, c’est cousu de fil blanc !
Mais le plus drôle, c’est que les auteurs de cette «blague» ne se sont même pas rendu compte de leur bévue. Car, si les électeurs ont massivement voté à Tindouf, c’est que les électeurs étaient massivement algériens ! Les présumés réfugiés Sahraouis –qui n’ont logiquement aucune raison de voter- seraient donc minoritaires et Tindouf serait peuplée d’Algériens ?

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Polisario-Algérie
L’homologue Président…

Un autre gag. C’est cette appellation de «Président de la république» que se donne désormais systématiquement l’inamovible chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, dont tout le monde sait que c’est un ressortissant marocain né à Marrakech. Après la reconduction du Président Bouteflika à la tête de l’Etat algérien, le séparatiste en chef lui a adressé des félicitations. Jusque-là, rien de particulier. Ce geste est le moins qu’il puisse faire pour celui qui puise dans les caisses de l’Etat algérien pour lui assurer une existence. Mais ce qui fait plier de rire, c’est la dépêche des séparatistes où il est pompeusement annoncé que «Le Président de la République, SG du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz, a adressé aujourd’hui vendredi un message de félicitation à son homologue algérien M. Abelaziz Bouteflika pour sa réélection en tant que président de la république algérienne».
Son «homologue» ? Belle auto-promotion !
Qui peut nous rappeler l’histoire de Frankensetein…? Qu’arrive-t-il donc au monstre créé de toutes pièces par le scientifique ?

 

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