vendredi 20 octobre 2017

Tunisie : Alarme pour tout le Maghreb

Musee du bardo attentat terroriste mars 2015

Ce qui s’est passé à Tunis oblige les Etats de la région à être à la hauteur de la situation. Ils doivent se coordonner pour faire face à l’ennemi principal. C’est de leur responsabilité historique vis-à-vis de leurs populations et de leur histoire.

Cet attentat visait un lieu, un musée symbolique de la tolérance et de l’ouverture vers la diversité des cultures et le respect du patrimoine historique. C’est net.
Les touristes venus admirer les splendeurs du musée du Bardo des civilisations méditerranéennes ont dû être étonnés de se voir considérés par leurs tueurs comme des «croisés mécréants». Alors bien sûr, l’évolution de la Tunisie, tournant par des élections démocratiques le dos à un islamisme politique qui n’a rien à voir avec le terrorisme, mais qui avait à son égard une tolérance coupable, cela enrageait les fanatiques de Daech.
Ils ont frappé comme ailleurs le tourisme, car cette activité est capitale pour les économies de pays ayant un patrimoine admirable et le tourisme, c’est l’ouverture, l’échange, la connaissance de l’autre.

Il y a aussi la volonté de démontrer que, partout en terre d’islam, le califat peut frapper: Moyen-Orient, Sahel, Nigeria, somalie, péninsule Arabique et Maghreb.
La presse italienne ne s’y trompe pas: après l’Afrique du Nord, l’Europe du Sud est le prochain objectif. Et cette presse très libre et virulente par rapport à la presse française n’hésite pas à stigmatiser la guerre franco-britannique qui a fait de la Libye un non-Etat ouvert aux milices terroristes.
Le lien est évident.
Les deux auteurs de l’attentat du musée du Bardo à Tunis, qui a coûté la vie à 21 personnes, dont 20 touristes, se sont formés au maniement des armes en Libye, a affirmé le secrétaire d’Etat tunisien chargé des Affaires sécuritaires. Il s’agit de «deux éléments extrémistes salafistes takfiris. Ils ont quitté clandestinement le pays en décembre dernier pour la Libye et ont pu se former aux armes en Libye» avant de regagner la Tunisie, a déclaré Rafik Chelly. Depuis 2011, la Tunisie lutte contre un groupe djihadiste lié au réseau Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), la Phalange Okba Ibn Nafaâ qui a tué des dizaines de policiers et de soldats à la frontière algérienne.
En outre, au moins 500 Tunisiens ayant combattu en Irak, en Syrie ou en Libye voisine, dans les rangs d’organisations jihadistes comme l’EI, sont rentrés dans leur pays. La police les considère comme l’une des principales menaces à la sécurité nationale.
Ce qui se passe en Tunisie est capital pour le juste combat de la modernisation et de la liberté par des pays arabo-musulmans dans le respect des identités religieuses et historiques.
La Tunisie n’est pas n’importe quelle cible, écrit le journal Le Monde. Son exemplarité est sans doute intolérable aux tenants de ce totalitarisme sanguinaire qu’est le djihadisme. Elle est un «contre-modèle» à abattre: elle prouve que la démocratie est parfaitement compatible avec un pays de culture islamique. Inadmissible pour la nébuleuse djihadiste! Elle montre qu’un pays musulman peut se doter d’une Constitution moderne où les femmes disposent des mêmes droits que les hommes. Elle incarne souvent un vieil humanisme puisé dans les tréfonds d’une histoire qui remonte à l’Antiquité et mêle, pour le meilleur, une multitude d’influences culturelles.

Les islamistes radicaux fleurissent sur la corruption et la misère. Ils recrutent chez les exclus et, plus ils créent d’exclus, plus ils ont des possibilités de recrutements de désespérés… Voila pourquoi le touriste est assimilé -le pauvre qui n’y connaît souvent pas grand-chose- à un impie et un croisé. Le pire, c’est que ça peut marcher.
Deux compagnies italiennes, MSC Croisières et Costa Croisières, ont annoncé, jeudi 19 mars, qu’elles suspendaient leurs escales dans la capitale tunisienne. Les deux avaient chacune un paquebot à Tunis avec trois milles passagers à bord.
Le tourisme tunisien, déjà en crise profonde depuis la révolution de 2011, va subir de plein fouet les répercussions de l’attaque contre le musée du Bardo. Le pays avait fait état d’une «reprise» des séjours de la part de touristes allemands, italiens et britanniques, mais d’un repli en provenance de pays comme la France, la Russie ou encore la Scandinavie.
«Il est clair que cela ne va pas favoriser le redémarrage» des départs des touristes français vers la Tunisie, a résumé à l’AFP Marianne Chandernagor, présidente du Salon Mondial du Tourisme qui a ouvert ses portes jeudi 19 mars (jusqu’à dimanche 22 mars) à Paris et où la Tunisie a maintenu son stand malgré l’attaque, a-t-elle indiqué.
«En Tunisie, la clientèle française depuis les révolutions arabes a été divisée par deux», souligne-t-elle, ce pays étant pénalisé comme les autres pays de l’Afrique du Nord par «une vraie réserve et un attentisme des voyageurs français», en raison de «l’effet boule de neige des (précédents) attentats et des révolutions arabes».
Cela ne concerne pas que la Tunisie et les touristes ont un devoir de courage qu’ils assument souvent pour les pays qu’ils aiment et qui le leur rendent bien au-delà de minorités fanatisées qui veulent détruire le vivre ensemble dans le monde entier.

Patrice Zehr

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