vendredi 20 octobre 2017

Quelle gouvernance des villes au Maroc et en France ?

Colloque gouvernance villes maroc france 2015

Les participants et intervenants, lors d’un débat fructueux sur la gouvernance financière des villes, ont relevé que celles-ci sont aussi des lieux de précarité et d’insécurité. Ils ont tiré la sonnette d’alarme pour une nécessaire justice sociale pour éviter le pire: la violence, le terrorisme…

Durant deux jours (vendredi et samedi 11 et 12 septembre 2015) la 9ème édition du Colloque international des finances publiques, organisé par le ministère de l’Economie et des Finances, en partenariat avec l’Association pour la Fondation internationale des Finances Publiques (FONDAFIP) et en collaboration avec la Trésorerie générale du Royaume, a décortiqué dans trois axes le thème général, révélateur et d’actualité, à savoir «la gouvernance financière des villes au Maroc et en France».

Ces trois axes, ayant drainé nombre d’experts du Maroc et de France, ont porté sur: «Enjeux et défis majeurs des villes: regards croisés», «Quelle gestion financière des villes?» et «Quel modèle de financement pour le développement des villes?».
Cette manifestation haut de gamme, tenue à Rabat et comme l’ont attesté unanimement les participants et autres intervenants à ce colloque, s’est enracinée «comme un rendez-vous scientifique incontournable et un espace dédié à la réflexion autour de questions d’actualité qui nous interpellent en tant que politiques, universitaires, gestionnaires, responsables administratifs ou citoyens», a souligné le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaid.

Poids considérable des villes

Inaugurant ce grand débat sur les villes et leur financement, Mohamed Boussaid a avancé deux raisons essentielles à cette rencontre sur cette thématique de «la gouvernance financière des villes au Maroc et en France». «La première, a précisé l’argentier du Royaume, est liée au poids considérable qu’ont pris les villes au niveau démographique, économique et social». Preuve à l’appui, il a assuré que «le Maroc ne déroge pas en cela à la tendance mondiale d’urbanisation rapide». Pour preuve, il a cité les premiers résultats du recensement général de la population de 2014 qui ont montré que 20,4 millions de Marocains résident en milieu urbain, ce qui représente un taux d’urbanisation de 60,3%, contre 55,1% dix ans auparavant. Cela signifie que sur 5 Marocains aujourd’hui, 3 sont citadins.

Forte attraction sur les populations

Tendance normale du fait que, a expliqué le ministre Boussaid, «les villes marocaines exercent une forte attraction sur la population, mais également sur les entreprises auxquelles elles procurent des avantages compétitifs indéniables. Elles produisent ainsi plus de 75% de notre PIB national et concernent environ 70% des investissements effectués sur l’ensemble du territoire».

Un rôle avant-gardiste

La seconde raison derrière la montée en puissance de la question urbaine et de son financement, a conclu Mohamed Boussaid, est bien sûr «l’impulsion donnée par la nouvelle Constitution de 2011 au processus de décentralisation et de régionalisation avancée. La réforme constitutionnelle de 2011 a consacré effectivement les jalons d’une décentralisation qui confère aux élus locaux les moyens et les instruments à même de faire évoluer significativement la gestion de nos agglomérations urbaines».
Dans cette perspective, les nombreux intervenants, qui ont enrichi le débat sur la gestion financière des villes, ont mis l’accent sur le fait que les villes, aujourd’hui, ont une responsabilité particulière et un rôle avant-gardiste à jouer pour la diffusion des principes de bonne gouvernance financière sur l’ensemble du territoire.

Révolution silencieuse

Michel Bouvier, Président de FONDAFIP et Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (voir interview), a de son côté évoqué «un changement profond de nos sociétés qui se développe en ce moment sous nos yeux». Il est allé jusqu’à parler de «révolution silencieuse qui se développe au sein d’un réseau de métropoles qui se tisse dans le monde». C’est pourquoi, a assuré Bouvier, la gouvernance financière des villes est devenue un enjeu majeur pour une société dont l’état est aujourd’hui affaibli et menacé par la mondialisation, le développement de l’économie numérique, l’accroissement des écarts de richesses entre les hommes, comme entre les territoires et l’accroissement des populations.

Le futur de l’humanité

Dans son rapport introductif, lors de la séance inaugurale du 9ème Colloque international sur les finances publiques, Noureddine Bensouda, Trésorier général du Royaume, a lancé cette interrogation-appel, laquelle n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, puisque d’autres intervenants l’ont reprise: «Le futur de l’humanité s’écrira-t-il dans les villes?» Cette question mérite d’être posée, a expliqué l’orateur, vu que, depuis 2007, plus de 50% de la population mondiale vivent en milieu urbain.
Le Maroc ne fait pas exception à cette tendance internationale, a soutenu Bensouda qui, en sa qualité de Trésorier du Royaume, a affirmé, chiffres à l’appui: «l’urbanisation s’est inscrite sur un trend haussier: 29% en 1960, 35% en 1971, 43% en 1982, 51,4% en 1944, 55,1% en 2004 et 60,3% en 2014». Il en a donc résulté que nos sociétés sont devenues essentiellement urbaines et que nos villes constituent désormais des moteurs économiques, sociaux, culturels et technologiques dans un monde en pleine transformation, gagnant en influence, mais aussi en responsabilité. Certaines villes ont pris des proportions économiques tellement importantes qu’elles dépassent parfois les économies de nombre de pays.
Mais les villes sont aussi des lieux de précarité, de chômage, d’insécurité et de discriminations sociales, notamment en ce qui concerne l’accès au logement, à l’éducation, aux soins de santé et au transport.
Bensouda a par ailleurs rappelé: «Les villes se livrent à une concurrence acharnée entre elles pour attirer plus d’investissements, de cadres novateurs et bénéficier du maximum de transferts de technologies et de savoir-faire».

Débat fructueux

Les tables rondes ont été enrichies par les exposés d’experts marocains et français qui ont débattu de la thématique de la gestion financière des villes (Khalid Safir, wali de la région du grand Casablanca), des finances locales de la Cour des comptes (Christian Martin) et du Statut de contrôleur à celui de gestionnaire (Zineb El Alaoui, wali de la région Gharb-Cherarda-Béni Hsein et gouverneur de Kénitra, Mohamed Berrada, ex ministre des Finances et Mohamed Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville).
A la question posée pendant le débat sur le futur de l’humanité, Noureddine Bensouda a tenu à préciser: «Mais ce futur ne s’improvise pas, il se prépare dès à présent».

Mohammed Nafaa

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