samedi 14 décembre 2019

Poisson Qui nous roule dans la farine ?

Halle aux poissons

Pourquoi le poisson est-il si cher alors qu’il est abondant au Maroc? Et pourquoi les prix explosent-ils, surtout pendant le mois de Ramadan? Pour répondre à ces questions, «Le Reporter» a mené une petite enquête au Port de pêche de Casablanca et est allé à la rencontre de quelques revendeurs pour pouvoir apprécier les prix.

Le Maroc dispose de 3.600 kilomètres de côtes maritimes qui sont l’une des plus poissonneuses au monde. Il dispose aussi d’une importante flotte composée de navires et d’unités artisanales capables d’approvisionner le marché en grandes quantités de poisson et de répondre à la demande nationale. Mais l’on remarque que la table des Marocains, surtout ceux issus des milieux modestes, contient rarement du poisson, ce produit qui est devenu trop cher et hors de portée au point qu’il est aujourd’hui considéré comme un luxe.

Comment ça fonctionne au port de pêche?

«Les bateaux commencent à accoster à partir d’une heure du matin. Juste après, commencent le débarquement et l’étalage des prises dans des caisses dans la halle aux poissons du port de Casablanca. Puis, c’est au tour du vétérinaire de faire son inspection. Ce dernier se base sur la qualité du poisson pour donner son accord ou retirer du circuit le poisson. La criée se fait toujours après la prière d’Al Fajr, dans la halle au poisson», explique un responsable de l’Office National des Pêches. La vente du poisson frais passe par la criée qui met face à face l’offre des pêcheurs et la demande du marché. Les pêcheurs et les armateurs débarquent leurs poissons, triés par espèce, dans des caisses et la vente démarre après la prière d’Al Fajr, sous la responsabilité d’un agent du port nommé le crieur. Les mareyeurs (grossistes du poisson) et les poissonniers se placent en groupes devant les caisses du poisson. Et la vente aux enchères commence, ainsi que ce langage des signes connu des professionnels. Les lots de poisson sont alors cédés aux mareyeurs les plus offrants. Les poissonniers doivent quant à eux passer par ces mareyeurs pour s’approvisionner ou compléter leurs achats en poisson. Ils revendent directement leur produit au consommateur, selon Abdelaziz, poissonnier détaillant. «Les poissonniers et les mareyeurs ont le choix entre le «poisson du bled» ou celui du Sahara, d’Essaouira, d’Agadir, de Tan-Tan… Le «poisson du bled» est frais et de très bonne qualité et il est toujours vendu un peu cher. Les pêcheurs côtiers (pêche artisanale), eux, ramènent des espèces de poisson plus variées, considérées généralement comme nobles telles la sole, la langoustine, le rouget…», informe Abdelaziz. Dans la halle aux poissons, on met en vente du poisson frais. Ce poisson doit être écoulé le plus rapidement possible, afin qu’il parvienne aux consommateurs tout frais. La glace qu’on met généralement dans les caisses fait partie de la chaîne de froid pour la conservation du produit. Juste à proximité de la halle, dans un espace couvert, un grand nombre de poissonniers exposent leurs marchandises, sur des charrettes ou tout simplement sur du plastique à même le sol. Il y a de tout: sole, saumon, poulpe, mérou, crevettes, lotte, sar, sabre, «sabre royal», saint-pierre, langoustine, raie, chinchard, maquereau, éperlan, sardine et pageot. Ces dernières espèces se vendent à des prix abordables et les gens les plus avertis viennent au port s’approvisionner en poisson frais et très varié.
Les poissonniers revendent aussi en tas; les gens discutent les prix et repartent avec leur poisson. Les prix pratiqués sont abordables par rapport au prix fixé dans les marchés de quartier. Ils démarrent à 20 DH le tas et selon l’espèce.
Dans cet espace au port de pêche, le merlan est cédé à 60-70 DH/kg et le saint-pierre à 70-80 DH/kg. Le loup est à 150 DH/kg, la sole se vend à 90DH et le pageot à 40-50 DH/kg.

Pourquoi les prix du poisson explosent-ils?

Le Marché Central de Casablanca en est un exemple éloquent. Il regorge de poissons de toutes espèces et variétés. On y vend également des fruits de mer. Mais les prix sont inabordables et les gens qui viennent y acheter du poisson ont les moyens de s’offrir un produit de très bonne qualité. «Chaque poissonnier a sa propre clientèle. Cette clientèle privilégie surtout la qualité. À part les particuliers, qui sont d’ailleurs nombreux, j’ai également comme clients des restaurateurs. Ils viennent souvent s’approvisionner chez moi. La langouste on la vend à 200DH/kg, l’espadon à 200 DH/kg et le Homard à 250 DH/kg. La raie, on la cède à 40 DH/kg et le merlan à 120 DH/kg. La sole est à 120DH/kg et la sole de friture à 100 DH/kg. Le calamar, on le vend à 120 DH/kg, le rouget à 70 DH/kg, les crevettes à 100 DH/kg, l’ombrine entre 80-120 DH/kg et le pageot à 140 DH», informe Zakaria, un poissonnier au Marché Central. «Les prix dépendent des captures et de la loi de l’offre et de la demande. Mais ils augmentent toujours pendant le Ramadan, parce qu’il n’y a pas de contrôle et les spéculateurs sont nombreux. Les intermédiaires augmentent de façon exagérée leur marge bénéficiaire et c’est le consommateur qui paie tout. Parfois, surtout pendant le Ramadan, nous constatons que le poisson n’est pas abondant, notamment celui «du bled». Quelques propriétaires de chalutiers arrêtent leur activité tout au long du Ramadan afin de les rénover», explique un poissonnier. «Mais il faut savoir que de nombreuses sociétés exportatrices de poisson sont aussi à l’origine de la hausse du prix. Ces sociétés préfèrent vendre le poisson marocain à l’étranger à des prix très élevés. Il y a des variétés de poisson marocain qu’on ne connaît même pas. Pourtant ce poisson est noble et de très bonne qualité. Ce qui m’écœure le plus, c’est quand je pars à l’étranger et constate que le poisson marocain est abondant dans les marchés des pays européens. Et il se vend à des prix abordables, surtout en France, tandis que nous, nous l’achetons très cher chez nous. Pourtant, c’est notre pays qui est la source de ces richesses», s’insurge Driss, un entrepreneur.
Les prix sont aussi très élevés dans les autres villes intérieures. Les marchés locaux sont alimentés par les différents ports du pays. Et c’est le port le plus proche qui approvisionne les villes de sa région. «Les frais de transport du poisson, ajoutés au prix d’achat et à la marge bénéficiaire, font augmenter le prix de vente», explique Larbi, un intermédiaire qui livre du poisson à Sidi Slimane, Sidi Kacem et Sidi Yahya Gharb. Il s’approvisionne aux ports de Casablanca, Kénitra et Larache. Mais il n’y a pas que cela. Parfois, les gains sont exagérés. Les prix du poisson varient aussi selon les quartiers. Le poisson est vendu très cher dans les marchés et les poissonniers détaillants vendent généralement à des prix abordables. «Je vends le poisson à des prix accessibles. Je ne peux pas pratiquer des prix très élevés, parce que je sais très bien que le pouvoir d’achat des Marocains a régressé. Je gagne peu pour fidéliser mes clients. Je pars très tôt au port de Casablanca pour acheter quelques caisses de poisson. Les gens achètent surtout la sole, le merlan, le rouget, la raie, le pageot et le poisson dit “lmaâza”, mais également la sardine, le chinchard, le maquereau, le sabre… J’ai du poisson pour toutes les bourses», explique Noureddine, poissonnier détaillant au souk de la préfecture de Aïn Sebaâ.

poissons

 

Le poisson marocain, un produit de luxe

 

Le poisson marocain est connu pour sa très bonne qualité. Il est très commercialisé dans plusieurs pays étrangers. Les Japonais, qui raffolent du calamar marocain, en consomment des milliers de tonnes annuellement. Le poisson marocain est donc un luxe. Sa texture et son goût font de lui un produit très prisé à travers le monde.
Malgré le fait que le Maroc soit doté de 3.600 km de côtes et que ces côtes soient des plus poissonneuses au monde, la population marocaine consomme rarement ces richesses halieutiques. Car la forte demande étrangère a contribué à la hausse du prix du poisson. Les prix très élevés privent par conséquent un très grand nombre de Marocains d’en consommer. Il a donc fallu trouver une solution pour permettre au consommateur marocain d’avoir du poisson. Cette solution était d’importer du poisson surgelé à des prix accessibles pour la consommation locale. Les prix sont parfois deux fois moins chers que ceux de la production locale.
Le Marocain ne consomme que 7 kg/an de poisson, tandis que le citoyen espagnol en consomme 43kg/an. L’Espagne est le 2ème plus grand consommateur de poisson du monde. Les Japonais, eux, ont une moyenne de 70 kg/habitant/an. «Le poisson importé reste bon marché par rapport au poisson marocain. Le poisson surgelé que l’on consomme vient des quatre coins du monde. Pourtant, les navires et les chalutiers marocains peuvent inonder les marchés marocains de poisson et faire baisser les prix pour permettre aux citoyens de consommer davantage ce produit de la mer. Mais on préfère l’export pour gagner beaucoup plus d’argent», informe un importateur de poisson. Et d’ajouter qu’«il faut savoir que les côtes marocaines disposent d’une large gamme de poissons que les consommateurs locaux ne connaissent même pas».

 

 

À chaque région son port

 

Les marchés locaux sont alimentés par les différents ports du pays. Les captures enregistrées dans les ports des villes de Tanger et de Larache sont commercialisées dans le nord. Le poisson de Casablanca (surtout la sardine), de Mohammedia et de Kénitra est dans l’ensemble destiné aux marchés de Meknès et de Fès. Et le poisson débarqué dans le port d’Agadir est destiné aux villes de Marrakech et de Béni-Mellal. Quant aux conserveries, elles sont principalement approvisionnées par les captures inscrites aux ports de Dakhla et de Laâyoune.


 

Hausse de 7% des débarquements de la pêche côtière et artisanale

 

Les débarquements des poissons pélagiques ont atteint 888,32 millions de dirhams (MDH) à fin mai 2013, contre plus de 700,58 MDH une année auparavant, soit une hausse de 27% en valeur et de 4% en poids, explique l’ONP dans ses dernières statistiques concernant la pêche côtière et artisanale au Maroc pour la période janvier-mai 2013. Cette progression résulte de la hausse de la valeur des débarquements des sardines (39%), d’espadon (282%), du maquereau (105%), du sabre (49%) et du chinchard (30%), ainsi que de leur poids à fin mai 2013 par rapport à la même période de l’année précédente. En revanche, la valeur de la bonite sarda, des anchois et du thon a régressé respectivement de 51%, de 70% et de 97%, alors que leur poids a baissé de 65%, 79% et de 97%.
Pour leur part, les débarquements des céphalopodes ont augmenté de 66% en poids et reculé de 12% en valeur, alors que les crustacés ont reculé de 22% en termes de poids et ont progressé de 2% en valeur à fin mai, en glissement annuel. Le poids du poisson blanc a quant à lui augmenté de 16%, alors que sa valeur a progressé de 5%, atteignant un montant d’environ 544,97 MDH à fin mai 2013, contre près de 517,05 MDH durant la même période de l’année précédente.
Les algues ont marqué la plus forte hausse en termes de poids (216%) et de valeur (8%), soit environ 4,16 MDH à fin mai dernier, contre plus de 3,84 MDH à fin mai 2012.
Au niveau des ports, les entrées portuaires méditerranéennes ont progressé de 78% en termes de poids et de 25% en termes de valeur à fin mai par rapport à la même période de l’année précédente, soit une valeur de près de 154,90 MDH, contre environ 123,52 MDH. Les débarquements de la pêche côtière et artisanale de l’Atlantique ont augmenté de 5% en termes de poids et de 6% en valeur, soit plus de 1,93 MMDH à fin mai dernier, contre plus de 1,82 MMDH une année auparavant.
Les déparquements de la Méditerranée à fin mai 2012 ont été de 10.488 tonnes, tandis qu’en 2013, ils ont atteint 15.864 tonnes, soit une augmentation de 51%.

 


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