lundi 21 août 2017

PAM : La fulgurante ascension

Pam mustapha bakkouri et ilias elomari

Arrivé premier presque partout aux dernières consultations communales et régionales, le PAM (Parti Authenticité et Modernité) en a surpris plus d’un avec son retour en force qui a eu pour premier effet de bipolariser l’échiquier politique marocain.
Désormais, il y a deux grandes forces politiques en présence au Maroc: le PJD (Parti Justice et Développement) et le PAM.

Pour beaucoup, la fulgurante ascension du PAM –dont les ambitions avaient été stoppées net par le «Printemps arabe» en 2011- ne s’arrêtera pas là.
Qu’en est-il ?
Faut-il s’attendre à ce que le PAM supplante le PJD à la primature, à l’issue des prochaines élections législatives prévues fin 2016 et renvoie le parti des Islamistes dans l’opposition ?
Quels jeux et quelles erreurs des principaux autres partis politiques ?
Quelle carte politique en 2016 ?
Une chose est sûre, la course au pouvoir du PJD et du PAM donne un nouveau sens à la vie politique marocaine.

Ceux qui avaient donné le PAM (Parti Authenticité et Modernité) pour mort, n’en reviennent toujours pas.
Certes, le parti avait connu un succès phénoménal à sa naissance, en 2008.
Comment pouvait-il en être autrement, son créateur n’étant autre que l’ami d’enfance du Roi, Fouad Ali Al Himma qui, à l’époque avait fait adhérer à son projet 5 partis politiques («Parti National Démocratique», «Parti Al Ahd», «Parti de l’Environnement et du Développement», «L’Alliance des Libertés» et «Parti Initiative citoyenne pour le développement») et plusieurs personnalités de gauche.
Sans compter tous les «papillons» que la lumière attire.
Mais après le double coup d’arrêt qu’il a connu (manifestations du «Printemps arabe» qui l’ont fustigé et retrait de Fouad Ali Al Himma de la formation), nul ne donnait plus cher de son avenir.
Sa principale ambition qui consistait à faire barrage aux islamistes afin qu’ils n’arrivent jamais au pouvoir, avait été balayée par la nouvelle donne née du «Printemps arabe» (2010) et qui ouvrait une large autoroute vers le pouvoir à ces mêmes Islamistes.
Ceux qui avaient alors manifesté contre le PAM avaient cru la page de ce parti définitivement tournée.
Leurs irréductibles adversaires politiques -les Islamistes du PJD- aussi.
Mais en politique, rien n’est définitivement joué.
Le PJD est arrivé au pouvoir, au lendemain de l’adoption de la nouvelle Constitution (2011) et des élections qui s’en sont suivies. Depuis, il y est, son mandat ne prenant fin qu’en 2016.
Mais le PAM ne s’est pas avoué vaincu.
Lentement mais sûrement, il a préparé son come-back, avançant ses pions partout, avec comme objectif les prochaines élections.
Et «les prochaines élections» visées, c’était celles qui se sont déroulées ces dernières semaines: les Communales et Régionales, avec leurs différentes étapes.
Une stratégie que l’on prête moins aux Secrétaires généraux qui se sont succédé à la Direction du parti qu’à l’actuel Secrétaire général-adjoint, Ilias El Omari…
Cela ne veut pas dire que les Secrétaires généraux –dont l’actuel, Mustapha Bakkouri- les membres du bureau politique, ou les militants à tous les échelons, n’y ont pas contribué… Quoi qu’il en soit, les résultats de cette stratégie sont sans appel: un succès indéniable ! Qui plus est, a bouleversé la donne. En effet, les autres partis étant en proie à des dissensions internes (USFP et Mouvement Populaire) et l’Istiqlal étant mal guidé avec un Chabat tonitruant à sa tête, le PAM, en disputant la 1ère place au PJD, a donné lieu à une bipolarisation de fait de l’échiquier politique national.

De victoire en victoire…

Mais d’abord, ses victoires.
Tout au long des étapes des élections communales et régionales qui viennent d’avoir lieu au Maroc, le PAM a volé de triomphe en triomphe.
Dès le 7 août, aux élections des chambres professionnelles (Chambres de l’Agriculture, du Commerce, de l’Industrie et des Services, de l’Artisanat et de la Pêche maritime), le PAM a raflé la mise, arrivant en tête avec 408 sièges. Il a par la suite obtenu 14 présidences sur les 39 que comptent les bureaux des Chambres professionnelles. Ce qui permet au PAM de partir avec un grand avantage aux élections des Conseillers de la 2ème Chambre du Parlement, le 2 octobre 2015 (les bureaux des chambres professionnelles désigneront 20 Conseillers qui devront siéger au sein de la nouvelle Chambre des Conseillers qui ne compte plus que 120 sièges, conformément à la nouvelle Constitution, au lieu de 270 auparavant).
Au moment où sont écrites ces lignes, les élections de la Chambre des Conseillers n’ont pas encore eu lieu, mais il est clair que le PAM dominera cette Chambre haute du Parlement qui connaît ses vraies premières élections depuis l’adoption de la Constitution de 2011.
Au scrutin direct du 4 septembre dernier, même succès. Sur les 31.503 sièges qui étaient à pourvoir, le PAM à lui seul en a gagné 6.655 (soit plus de 21 % des sièges), se plaçant ainsi en tête.
En tête également aux élections des présidents des conseils régionaux qui se sont déroulées le 14 septembre. Le PAM préside désormais 5 régions sur les 12 que compte le Maroc: Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Casablanca-Settat, Marrakech-Safi, L’oriental, Béni Mellal-Khénifra.
Et enfin en tête aux élections indirectes des présidents des conseils provinciaux et préfectoraux (CPP) qui ont pris fin dimanche 27 septembre, avec 22 assemblées soit près de 30 % du total.
Il n’y a que dans les Conseils régionaux que le PAM s’est classé 2ème, remportant 132 sièges sur 678 (le PJD étant 1er avec 174 sièges).
Incrédule, l’opinion publique a suivi ces résultats diversement appréciés. Les uns applaudissant à une force politique qui pourrait battre les Islamistes. Les autres criant, soit à la trahison des grands électeurs dont les alliances n’ont pas toujours respecté les consignes de leur camp (majorité/opposition), soit tout simplement à l’achat des voix. Selon certains médias, il y aurait des grands électeurs qui auraient vendu leur voix entre 200.000 et 500.000 DH, selon l’importance du siège. Les lois et les autorités peuvent faire preuve de la plus grande fermeté, il y a mille et un moyens pour que de tels arrangements échappent au contrôle…

Le PAM, à la tête du prochain gouvernement ?

Parmi les partis de la majorité et leurs grands électeurs qui n’ont pas respecté les consignes de vote de leur camp actuel, beaucoup sont soupçonnés de jouer d’ores et déjà la carte du PAM.
Les élections législatives sont prévues dans un an. Avec toutes ses victoires, il leur apparaît que le PAM ne s’arrêtera pas en si bon chemin et que ce qu’il vise, c’est la primature. Etant presque sûrs qu’il finira par l’obtenir, ils se «placent» déjà. Une alliance avec le PAM, aujourd’hui, peut ouvrir d’intéressants horizons…
En réalité, en faisant alliance avec le PAM, certains partis retrouvent leur véritable camp. C’est le cas du RNI. Il a toujours été l’allié du PAM, avant que la sortie de l’Istiqlal du gouvernement, décidée par Chabat, ne pousse le parti de Mezouar à quitter l’opposition, où il côtoyait le PAM, pour rejoindre la majorité dirigée par le PJD.
Si le PAM gagnait les prochaines élections, allié tout indiqué, serait le RNI.
Le Mouvement Populaire (MP), lui, est aujourd’hui bien affaibli. Mais il se classe dans le top 5 des partis politiques marocains. Si le PAM devait choisir un 3ème allié pour former une majorité, il est clair que le MP serait celui-là. Aussi, beaucoup de ses grands électeurs ont montré patte blanche, ce mois de septembre, dans les formations des alliances pour la constitution des bureaux communaux et régionaux et l’élection de leurs présidents.
Le PPS, de son côté, a joué la discipline et le respect des consignes de vote. Il n’a, à aucune étape de ces élections, composé avec qui que ce soit contre la majorité. Si le PAM avait à choisir des alliés, ce n’est sans doute pas lui qu’il prendrait. Pourtant, le PPS a plus de points communs avec le PAM qu’avec le PJD. Mais, bien qu’en politique, on ne puisse jamais jurer de rien, il semble que certaines tendances se dessinent dès à présent et pour de bon.
Quant à l’Istiqlal, si Chabat reste à la tête de ce parti, il n’a aucune chance de rejoindre une majorité qui serait dirigée par le PAM auquel il vient de déclarer la guerre.
Hamid Chabat compterait «présenter sa démission» au cours du prochain Conseil national de l’Istiqlal prévu le 17 octobre. Il l’a annoncé lors de la réunion du Comité exécutif qui s’est finalement tenue vendredi 18 septembre à Rabat. Ce serait la seule chance pour l’Istiqlal d’intégrer la prochaine majorité, qu’elle soit d’ailleurs dirigée par le PJD ou par le PAM, tant les attaques de Chabat contre les uns et les autres ont été nombreuses et violentes.

Ne pas vendre la peau de l’ours…

Du côté du PJD, l’ascension du PAM n’est pas prise à la légère.
Bien au contraire, elle est servie comme argument pour mobiliser davantage les militants.
A la Télévision, le ministre de l’équipement et du transport, Aziz Rebbah, par exemple, appelait les militants et sympathisants du PJD à réagir à leur déception en se tenant prêts à voter…
Or, là est l’arme la plus redoutable du PJD: mobiliser les électeurs ! Sachant que pour les législatives, le scrutin est direct (suffrage universel) et qu’au nombre de voix, le PJD est difficile à battre. Aux Communales de ce 4 septembre, il a obtenu le plus grand nombre de voix.
C’est pourquoi de nombreux défenseurs du PJD mettent en garde contre ceux qui donnent déjà le PAM gagnant en 2016, rappelant qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant que la bête ne soit morte…
La bataille sera donc «hard», acharnée.
Cependant, la vie politique y gagne.
Il y a désormais un enjeu clair, des challengers de poids et toutes les conditions d’une alternance qui pourrait fonctionner selon les règles communément admises dans les démocraties évoluées: obligation de résultats, reddition des comptes… Tout ce que la balkanisation de l’échiquier politique ne permet pas.

Bahia Amrani

Conseils préfectoraux : Le PAM, gagnant


Dimanche 27 septembre ont pris fin les élections des Bureaux des Conseils préfectoraux sur l’ensemble du territoire national.
Le grand vainqueur, c’est le Parti Authenticité et Modernité, comme l’a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.
Après les communes et les régions, le Parti authenticité et modernité (PAM) rafle les provinces et préfectures.
Le ministère de l’Intérieur a annoncé que le Parti Authenticité et Modernité (PAM) est arrivé en tête des élections des présidences des assemblées provinciales et préfectorales, en remportant 22 Assemblées, soit 29,73% du total des présidences (22 conseils sur un total de 71).
Le PAM est suivi du Rassemblement national des indépendants (RNI) et du parti de l’Istiqlal qui ont obtenu la présidence de 11 Assemblées chacun, soit un taux de 14,86%.
Le Mouvement populaire (MP) a, quant à lui, obtenu 8 assemblées (10,81%), suivi du Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui partage la 5e place avec l’Union constitutionnelle (UC) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP) avec 5 présidences chacun (soit 6,76%).
Le PPS a obtenu 4 Assemblées (5,41%), suivi du Parti socialiste unifié (PSU) et d’Al Ahd Addimocrati, avec une assemblée chacun (1,35%), tout comme les Sans appartenance politique (SAP) qui ont aussi obtenu la présidence d’une seule assemblée (1,35%).
Le ministère de l’intérieur précise par ailleurs que l’élection du bureau d’une Assemblée a été ajournée pour absence de quorum.
A noter enfin que l’opération s’est déroulée conformément à la procédure de vote public, telle que stipulé par la loi organique 112-14 relative aux préfectures et provinces.

B. Elkhadir

Chambre des Conseillers : Qui vote et pour combien de sièges ?


C’est une toute nouvelle Chambre des Conseillers qui verra le jour le 2 octobre. Ce qui permettra enfin de mettre cette Chambre en conformité avec la Constitution de 2011.
La Chambre haute ne compte plus que 120 sièges au lieu des 270 d’avant.
Les collèges électoraux y sont répartis ainsi:
Les collectivités territoriales (communes, régions, conseils provinciaux et préfectoraux) votent pour les 72 sièges qui leur sont attribués.
De leur côté, les représentants des salariés votent pour les 20 qui leur sont réservés.
20 sièges également pour les Chambres professionnelles (Commerce, Industrie et Services, Artisanat, Agriculture et Pêche).
Et pour la 1ère fois, La CGEM (Confédération générale des entreprises marocaines) se voit représentée à la 2ème Chambre avec les 8 sièges qui lui reviennent et pour lesquels elle doit voter.

BA

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