samedi 21 octobre 2017

Jeunes et «posages» au Maroc

Surprise party

Les posages sont des fêtes improvisées -ou pas- où les jeunes se retrouvent pour «se poser» tranquillement chez quelqu’un qu’ils connaissent la plupart du temps. Ces posages peuvent prendre d’autres allures, moins bon enfant et parfois tournant au vinaigre.

Ilyass, 25 ans, attend le week-end avec impatience. Il compte organiser avec son frère, son acolyte de toujours, une «petite fête» chez lui. Appelée communément «posage» par les jeunes dans le coup, elle peut avoir plusieurs genres. Chacun y va de sa propre recette d’un posage réussi.
«Posage? Non, dans ma clique, on n’utilise pas ce mot. Nous, on dit que l’on va se rencontrer chez untel, c’est tout. Sinon, je ne fais pas partie des gens cool et branchés», dit un jeune fan de rock’n’roll. Les plus âgés appelaient ça «Booms» ou «Surprise party». Aujourd’hui, quand on est «in», on dit posage…

Les filles, la clé du succès

Sur la terrasse, Ilyass et son frère se mettent d’accord sur des points essentiels, notamment la fatidique question des invités «pour éviter les débordements», disent-ils. L’alcool sera toléré, les stupéfiants seront proscrits. Une liste d’achats est prévue. Ils ne comptent pas utiliser la vaisselle de la famille pour ne laisser aucune trace. Les parents ne sont pas au courant de ce qui se trame chez eux, bien entendu. «Ils partent en week-end, ne reviendront que lundi et ils ne se douteront de rien», souffle le jeune frère.
Samedi, 19h00. Les premiers invités sont déjà installés. Pour le moment, il n’y a que de jeunes garçons. Ils jouent un match de football sur la console de jeux. Ils ont tous l’air d’être captivés par le match disputé par le Barça et le Real Madrid et commentent bruyamment chaque faute ou but. Le jeune frère d’Ilyass s’inquiète de la venue des filles. «Un posage sans les filles, c’est pas un posage», lance-t-il.
Les filles arrivent plus tard dans la soirée. «Ouf, on a évité le fiasco de justesse», plaisantent-ils devant la gente féminine. Maquillées, habillées pour la circonstance, pas de doute, elles sont là pour épater. Ilham et sa copine ont déposé leur sac dans un coin de l’appartement pour libérer leurs mains et pouvoir danser. Sur les rythmes de «Hek lili nifi», la parodie -aux 11 millions de vues sur la plate-forme Youtube, détrônant l’originale- de Shekini, le tube de PSquare, elles se déhanchent, un verre de Mojito à la main.

Quand la police s’en mêle…

Mais il n’est pas rare que la police s’en mêle; des opérations commentées avec passion. En effet, durant la soirée, le sujet a été mis et remis sur la table: l’arrestation de certains jeunes par les forces de l’ordre. «Ils se sont fait prendre pendant un posage qui a mal tourné. La fête battait son plein, plein de monde qui n’était pas invité y était; Ils ont tous fini au poste de police», raconte Ilham, soucieuse du sort de ses amis. «Ils ont trouvé chez eux des psychotropes», ajoute un autre.
Puni par ses parents, l’un de leurs amis s’est vu retirer son permis de conduire, ainsi que les clés de la voiture, se moquent-ils. D’autres, la peur au ventre, n’ont pas osé franchir le pas de la porte, terrorisés à l’idée de ce qu’ils vont «prendre» après ce qui est arrivé… Depuis, ils squattent chez d’autres amis, le temps que la colère de leurs parents retombe. Cette fête qui devait rester secrète, restera désormais dans les annales tant elle a fait parler les gens.
Ils avaient pourtant calculé leur coup. Ils ont loué une maison dans un patelin éloigné, afin de n’éveiller les soupçons d’aucun des parents, ni des voisins. «Ils ont pris de la MDMA, ils étaient tous high. La MDMA fait de l’effet avec de la musique très forte. C’est pour ça qu’ils se sont fait prendre. Un voisin a dû appeler la police pour tapage nocturne et eux ont sûrement dû écoper d’une amende», explique l’un des convives. En effet, l’article 18 du dahir portant sur la promulgation de la loi n°42-10 fixant les compétences des juridictions de proximité, indique: «Les auteurs de bruit, tapage ou attroupement injurieux ou nocturnes troublant la tranquillité des habitants» sont passible d’une amende allant de 800 à 1.200 dirhams.

Qu’est-ce qui fait un bon posage?

«Il y a deux types de posages: celui entre mecs ou entre filles et les soirées mixtes», explique Redouane, un fêtard invétéré. «Quand c’est entre mecs, on peut se contenter d’un pack de 6 bières et un match de foot à la télé ou une série. Quand il y a des filles, on cuisine et on apporte des vins plus chers», ajoute-t-il. Les filles, quant à elles, se retrouvent pour papoter, prennent plus de temps à cuisiner, regardent un dvd et peuvent sortir après.
Une atmosphère calme pour les soirées fumette en perspective. Une playlist de mix de «khaliji» et de musique libanaise pour les soirées mixtes. «Dans ces posages, on apprend à aimer toutes les musiques. Moi qui détestais le Chaabi, maintenant, une fête sans cette musique-là est une fête qui n’est pas réussie», dit Anass. «Le Chaabi et toute la musique arabe, c’est ce qu’aiment les filles», rétorque Redouane.
Quand l’ambiance est bonne et que l’alcool coule à flots, les convives passent la nuit sur place et ne repartent que le lendemain, «avec la gueule de bois, au boulot», explique-t-il. Dans les cas où la soirée n’est pas très animée, «on passe la deuxième partie de la soirée dans un billard ou une boîte, ça dépend des jours, mais surtout en week-end», s’accordent-ils à dire.
La jeunesse marocaine peine à trouver un équilibre satisfaisant en ce Maroc en constant changement, entre une ouverture d’esprit, une ouverture sur le monde, surtout sur l’Occident et des lois pugnaces et répressives héritées d’une culture musulmane conservatrice. Par mégarde et aussi par insouciance, elle se retrouve souvent aux limites de la légalité et même au-delà. Une chose est sûre: le choix de «l’hypocrisie» est de mise si l’on veut s’en sortir sans y laisser de plumes.

Yasmine Saih

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