samedi 16 décembre 2017

Attentats du 26 juin : Solidarité, mais après ?

Attentat sousse tunisie juin 2015

Un vendredi noir. Le même jour, La Tunisie, le Koweit et la France ont connu l’horreur et la barbarie du terrorisme.

Suite à l’attaque terroriste perpétrée le vendredi 26 juin à Sousse en Tunisie, faisant près de 40 morts, le président français François Hollande et son homologue tunisien Béji Caïd Essebsi se sont entretenus, exprimant leur solidarité face au terrorisme. M. Hollande a fait part au président tunisien du soutien de la France dans l’épreuve que connaît la Tunisie. Selon le communiqué de presse, les deux présidents ont exprimé leur solidarité face au terrorisme et leur intention de poursuivre et intensifier leur coopération dans la lutte contre ce fléau.
Vendredi, un groupe terroriste a attaqué, vers midi (heure locale tunisienne), l’hôtel l’«Imperial Marhaba» à Sousse, principale province balnéaire des côtes-est de la Tunisie. Le même jour, la France a également été frappée par un acte «de nature terroriste» commis dans un site de production du gaz en Isère (sud-est de la France), faisant un mort et deux blessés.
La presse française est sous le choc émotionnel.

«Horreur», «barbarie», sont les termes qui reviennent régulièrement sous la plume des éditorialistes, samedi 27 juin, après les attentats islamistes en France, en Tunisie et au Koweït, ce même vendredi, qui ont fait respectivement un, 38 et 27 morts.
«Jihad Nauseam» (Ndlr: le jihad jusqu’à la nausée «ad nauseam») titre Libération à la Une. «L’horreur islamiste», écrit pour sa part Le Figaro, tandis que Le Monde rappelle: «La France (est) frappée par un nouvel attentat». «L’horreur sur tous les fronts», affirme de son côté Aujourd’hui en France/Le Parisien.
L’Express s’interroge: Une série d’attaques ont été commises ce vendredi dans le monde, en France, en Tunisie, au Koweït, en Syrie et en Somalie. Peut-on établir un lien entre ces attentats commis en plein ramadan?

D’après Le Figaro: «Selon le ministère de l’Intérieur, l’auteur présumé de l’attentat se nomme Seifeddine Rezgui, un jeune Tunisien originaire de Gaafour (nord-ouest) mais étudiant à Kairouan (centre). Il était inconnu des services de police et a agi seul «a priori», selon le secrétaire d’Etat aux Affaires sécuritaires, Rafik Chelly. «Il est entré par la plage, habillé comme quelqu’un qui allait se baigner et il avait un parasol avec dedans son arme», a ajouté le responsable à la radio Mosaïque FM. L’assaillant a visé les clients sur la plage puis pénétré dans l’enceinte de l’hôtel pour abattre des clients installés au bord des piscines».
Libération souligne la multiplication, le même jour, des actes de terrorisme.
«Des massacres à l’horreur démultipliée par leur simultanéité. Il était environ 10 heures, vendredi, lorsque des jihadistes ont frappé en France, en Tunisie et au Koweït. A Saint-Quentin-Fallavier (Isère), Yassin Salhi, 35 ans, est suspecté d’avoir tenté de faire exploser une usine de gaz industriels, blessant deux personnes. Il aurait auparavant décapité son employeur et planté sa tête sur un grillage. Il a été interpellé. En Tunisie, un étudiant a tiré à la kalachnikov sur des touristes sur la plage de Sousse. Au moins 37 sont morts et 36 ont été blessés. L’assaillant a été abattu. A Koweït City, un kamikaze s’est fait exploser dans la mosquée chiite d’Imam al-Sadek, où 2.000 fidèles étaient rassemblés pour la grande prière du vendredi, 25 ont été tués et plus de 200 blessés…». Les attaques sont-elles coordonnées? s’interroge le journal qui consulte des spécialistes.
Cela semble très improbable. «Je n’y crois pas du tout, explique un ancien agent de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Les attentats en Tunisie et au Koweït sont majeurs et visent des cibles cohérentes pour des jihadistes: des touristes à Sousse et des chiites au Koweït. L’attentat en France est à l’inverse un acte commis par un homme isolé ou par une cellule très réduite. Une coordination entre les trois attaques supposerait aussi que quelqu’un donne un top départ, au risque de faire repérer ses complices et de faire capoter les opérations».
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le jihad s’est déstructuré, les organisations laissant opérer des cellules ou des individus seuls, sans les commander, en leur laissant le choix des cibles et des dates des attaques. Un dirigeant d’Al-Qaïda, Abou Moussab al-Souri, a théorisé ce «troisième jihad» dans un texte de 1.600 pages publié en 2004. Un mode de fonctionnement appliqué par Amedy Coulibaly et les frères Kouachi lors des attentats de janvier à Paris, ou par Djokhar et Tamerlan Tsarnaev en 2013, lors du marathon de Boston. «La puissance de l’Etat islamique [EI] est telle aujourd’hui qu’ils n’ont pas besoin d’envoyer des ordres précis. Ceux qui s’en réclament, sans être allés en Syrie, en Irak ou au Yémen, agissent de leur propre chef en pensant satisfaire des émirs qu’ils n’ont jamais vus», explique l’ancien agent de la DGSE. Mardi 23 juin, l’EI a appelé à la guerre sainte contre les «mécréants» durant le ramadan.
«La traînée de sang que laisse derrière lui l’intégrisme armé remplit d’horreur et incite à la réaction la plus énergique», estime Laurent Joffrin de Libération, rappelant que c’est «la juste fermeté française qui suscite la haine des terroristes», qui demande de «tenir bon face à la terreur» et «tenir bon sur les principes».
Jean-Marie Montali dans Le Parisien/Aujourd’hui en France ne nuance pas ses propos. «Qu’on arrête enfin, écrit-il, au nom d’on ne sait quel principe mal placé, de refuser de voir que l’intégrisme qui ronge nos banlieues est un danger mortel et que le salafisme est une doctrine mortifère». Et d’ajouter: «La meilleure réponse qu’on puisse donner à cette secte d’égorgeurs, c’est de rester fidèles à nos valeurs de tolérance et d’humanisme et de continuer à aimer tout ce qu’ils détestent: la démocratie, la liberté, les droits de l’Homme».
«Nos civilisations occidentales, méditerranéennes, moyen-orientales se trouvent face à une nouvelle barbarie», affirme François-Régis Hutin dans Ouest-France. Pour lui, nous sommes entrés «dans une ère nouvelle, dans une guerre très particulière, atypique, subversive, asymétrique».
Reste l’absence de réponse à la question principale: Que faire?

Patrice Zehr

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