samedi 16 décembre 2017

Algérie Menaces sur le régime

Manif algeriens france 2014

Avec l’approche de la présidentielle et surtout depuis l’annonce, par les proches du Président Bouteflika, de sa candidature à un 4ème mandat, la tension ne cesse de monter en Algérie. Les clans se livrent une guerre sans merci, mais chacun tient l’autre par la barbichette. Reste que certaines armes utilisées par l’un ou par l’autre pourraient bien se retourner contre tous… Comme les manifestations du week end dernier… Si en Algérie, elles se contentaient de dénoncer le 4ème mandat de Bouteflika, en France, elles dénonçaient le système dans son ensemble: clan Bouteflika et généraux du DRS. Une première.

Depuis lundi 3 mars, c’est définitif, le président Abdelaziz Bouteflika est candidat à un 4ème mandat. Il est apparu à la télévision algérienne, signant son dossier de candidature, au siège du Conseil constitutionnel et prenant la parole, pour la 1ère fois depuis son AVC (accident vasculaire cérébral) en avril 2013, pour déclarer qu’il était venu «déposer officiellement» sa candidature à l’élection présidentielle prévue le 17 avril prochain. Et ce, «conformément à l’article 74 de la Constitution et à la loi électorale».
Agé de 77 ans et considérablement affaibli par cet AVC qui avait nécessité son hospitalisation en France pendant près de trois mois, il est donc prêt à entamer un 4ème mandat de 5 ans. Ce que personne, en Algérie ou ailleurs, ne comprend.
Mais en Algérie, l’incompréhension s’est accompagnée de vives réactions.

D’abord, les Généraux

Les premiers à «dégainer» ont été les Généraux qui, voyant d’un très mauvais œil cette 4ème candidature, ont dès le départ manifesté leur désaccord.
Ceux qui sont en poste, notamment ceux du DRS, ont leurs canaux pour faire savoir leur opposition à la candidature de Bouteflika. Aucune déclaration officielle n’est faite, mais les intéressés savent à quoi s’en tenir. Notamment à travers les médias, dont tout le monde sait en Algérie lesquels roulent pour lesquels…
Par contre, les Généraux à la retraite (que certains soupçonnent d’être manipulés, ou du moins discrètement encouragés…) n’hésitent pas à déclarer ouvertement la guerre au Président qui veut se présenter à sa propre succession.
Ainsi, les deux généraux à la retraite, Chaabane Boudemagh et Mohand Tahar Yala, ont mené une âpre campagne, chacun de son côté, contre Abdelaziz Bouteflika, avant de présenter, l’un et l’autre, leur propre candidature.
Le Général Mohand Tahar Yala, ex-chef de la Marine, avait même appelé l’armée à activer l’article 88 de la Constitution qui prévoit les cas d’empêchement du président de la République, arguant du fait que la détérioration de l’état de santé de Bouteflika en était un, qui plus est prévu par la loi.

Une menace de destitution contre l’autre

Devant cette menace de destitution que les généraux qui en ont le pouvoir (ceux qui sont toujours en service) pourraient être tentés de mettre à exécution, Abdelaziz Bouteflika a abattu, lui aussi, sa carte.
Jeudi 6 février, la presse algérienne rapportait que le Président avait décidé d’activer l’article 20 de la loi de 2006, en vertu de laquelle une centaine de hauts gradés devaient être mis à la retraite «obligatoire et immédiate»… Et, parmi eux, le Général Mediène dit «Tewfik», puissant et inamovible patron du DRS (département du renseignement et de la sécurité)…

La bombe Mouloud Hamrouch

Trois semaines plus tard, jeudi 27 février, c’est au tour de Mouloud Hamrouche, ancien premier ministre algérien (1989-1991), de lancer sa bombe. Lors d’une conférence de presse organisée pour dire qu’il ne se portait pas candidat (en 1999, il s’était présenté), il a créé l’événement en appelant à faire tomber le régime du président Bouteflika. Pour lui, il faut boycotter le scrutin du 17 avril. «La crise dépasse cette élection (…) qui ne sert à rien (…) et mon sentiment est que ce régime n’est pas bon pour l’Algérie», a-t-il lancé, avant d’enfoncer le clou. «Ce régime s’est effrité et va tomber (…) je veux le faire tomber dans le calme et non dans une vague de violence».
Et lui aussi d’en appeler à l’armée. «Il n’y a aucune chance d’élaborer la démocratie sans l’aval de l’armée (…) je ne demande pas un coup d’État. Je n’appelle pas l’armée à empêcher Bouteflika de se représenter. Je l’appelle à sauver l’Algérie de l’impasse», a-t-il conclu, non sans laisser entendre qu’il mettait son savoir-faire au service des jeunes officiers qui voudraient suivre cette voie (exit donc l’arrière-garde).

Bouteflika et (forcément) pâles challengers

Toutes ces dernières semaines, la guerre a battu son plein, mais cela n’a pas empêché le Président Bouteflika de se présenter officiellement.
Sa candidature a d’abord été annoncée le 22 février par le Premier ministre, Abdelamalek Sellal, avant qu’il ne se présente personnellement au Conseil constitutionnel, le 3 mars. Il est soutenu par les deux premières forces parlementaires du pays, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), ainsi que par le président de l’Assemblée nationale populaire d’Algérie, Larbi Ould Khelifa.
Avec de tels appuis, les autres candidats auraient du mal à l’évincer. Qu’il s’agisse de Moussa Touati, président du Front national algérien, de Abdelaziz Belaïd, du Front El Moustakbal, de Ali Zaghdoud, du Rassemblement algérien, de Louisa Hanoune, du Parti des travailleurs, ou même de Ali Benflis, déjà candidat en 2004 –tous aujourd’hui candidats officiels- il y a peu de chances de voir l’un d’entre eux créer l’événement…

Arme à double tranchant

Jusqu’aux derniers jours, les tentatives de dissuader le Président Bouteflika de rempiler se sont multipliées, avec plus ou moins forte pression.
La dernière est la série de manifestations auxquelles a appelé un mouvement anti-4ème mandat, sur les réseaux sociaux, qui s’est donné pour nom «Baraka» (ça suffit).
Manifestation organisée d’abord à l’université de Bouzareah à Alger, puis, une semaine plus tard, le 1er mars, de nouveau à Alger capitale (violemment réprimée par la police et se soldant par plusieurs dizaines d’arrestations), mais aussi à Béjaïa, Bouira et Constantine ; et concomitamment en France, à Paris et à Marseille.
En Algérie, les manifestants arborant tee shirt et pancartes contre le 4ème mandat, ne s’en prennent qu’au régime de Bouteflika.
A l’étranger, c’est tout le système qui est fustigé.
Ceux qui se frottaient les mains de voir le clan Bouteflika déstabilisé, ont alors compris que l’arme était à double tranchant. Il n’était pas le seul visé.
A Paris, les manifestants étaient couverts de drapeaux algériens et de pancartes sur lesquelles était inscrit en grosses lettres «Système dégage», ou «Ni Bouteflika, ni Toufik, dissolution du DRS, une Assemblée nationale constituante»…
Le communiqué, envoyé sur les réseaux sociaux, ne laisse aucun doute sur le ras-le-bol de ses auteurs et le coup de balai souhaité.
Il ne s’agit que d’une mobilisation faible –moins de deux cents manifestants, ce jour-là, à Paris- mais si une seule leçon devait être tirée du «Printemps arabe» par les gouvernants, c’est bien celle qui veut qu’aucun détail ne soit dédaigné. Le Président tunisien Benali était à mille lieues de se douter que la révolte d’un marchand ambulant mettrait fin à son règne… De même que la main de fer du régime syrien était telle que Bachar Al-Assad était loin d’imaginer que l’opposition qui s’est un jour timidement manifestée sur les réseaux sociaux, finirait par conduire le pays là où il est aujourd’hui.

Dossier réalisé par BA et KB
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Présidentielle algérienne
Que dit la loi ?


C’est le 17 janvier dernier qu’un décret présidentiel portant convocation du corps électoral, pour l’élection présidentielle en Algérie, a été rendu public, marquant le coup d’envoi du processus du scrutin qui aura lieu le 17 avril prochain.
Le code électoral énonce, en effet dans son article 133, que «sans préjudice des dispositions de l’article 88 de la Constitution, le corps électoral est convoqué par décret présidentiel, quatre-vingt-dix jours avant la date du scrutin». Or, le mandat actuel du Président Bouteflika prend fin le 16 avril 2014.
Le code électoral algérien précise que les élections présidentielles doivent avoir lieu «dans les 30 jours qui précédent l’expiration du mandat du président de la République».
Une fois le corps électoral convoqué, les candidats à l’élection présidentielle ont un délai de 45 jours pour déposer leurs déclarations de candidature auprès du Conseil constitutionnel qui statue sur leur validité ou pas, dans les 10 jours. Cela est également valable pour le président en exercice, s’il décide de se présenter pour se succéder à lui-même.
«Le candidat doit présenter: soit une liste comportant au moins six cent (600) signatures individuelles de membres élus d’assemblées populaires communales, de wilayas ou parlementaires et réparties au moins à travers vingt-cinq (25) wilayas», dit encore le code.
S’ils sont dans l’incapacité de réunir les signatures d’élus locaux ou nationaux, les candidats ont la possibilité de collecter 60.000 signatures individuelles d’électeurs, qui doivent être recueillies à travers au moins vingt-cinq wilayas.
Les résultats définitifs de l’élection présidentielle sont proclamés au plus tard dans les 10 jours qui suivent la date de réception des procès-verbaux des commissions électorales par le Conseil constitutionnel qui, le cas échéant, peut désigner les deux candidats appelés à participer au deuxième tour. Un second tour qui doit se tenir au quinzième jour après la proclamation des résultats du premier tour et dans les trente jours qui suivent ce premier tour.

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Algeriens de france manif anti systeme

Communiqué des Algériens de France qui ont organisé, samedi 1er mars, à Paris, devant l’ambassade d’Algérie, la manifestation anti-4ème mandat


Suite à l’annonce de la candidature du Président Abdelaziz Bouteflika à sa propre succession et ce, pour un 4ème mandat, nous, citoyennes et citoyens Algériens, nous constatons qu’Abdelaziz Bouteflika n’est pas en mesure de faire tout par lui-même.
Muet, malade et invisible, il n’est plus capable de présider, de rendre compte et de gérer notre Algérie !
Une humiliation de plus, un Système qui continue à signifier son mépris et son arrogance à son peuple,
un Système qui veut nous imposer un président après trois mandats successifs avec un bilan de «règne» plus que calamiteux qui n’a redressé en rien la situation économique et sociale du pays:
– Toujours plus de jeunes sans qualifications et sans emploi,
– Les déviances, les dépassements et les dénis de droit aggravés avec la multiplication des arrestations de militant-e-s,
-L’inégalité hommes/femmes devant la loi et droits des minorités bafoués ou non garantis,
– La corruption qui a atteint un niveau qu’aucun autre pays n’a connu au monde, les malversations,
-la lutte contre la corruption volontairement stoppée et les criminels toujours dans une totale impunité,
– Les moyens publics nationaux: administrations, médias, finances, moyens matériels verrouillés ou détournés massivement au seul bénéfice du clan mafieux de Bouteflika
– Une Concorde Civile imposée: amnistie et grâce des milliers de terroristes islamistes,
– Un système de santé à la dérive créant un génocide à ciel ouvert,
– La domestication et soumission des organisations de masse et l’interdiction de l’expression et de la promotion des forces politiques en désaccord avec le Système…
Jusqu’à quand ce Système va-t-il continuer à croire que nous pouvons tout subir et tout accepter ?
Jusqu’à quand va-t-on continuer à souiller la Mémoire de celles/ceux qui se sont sacrifié-e-s pour la liberté et la démocratie ?
Nous, citoyennes/citoyens Algériens de France, soutenons et faisons écho aux luttes démocratiques actuelles en Algérie, nous refusons un sort qui nous est imposé, nous refusons d’assister impuissants à cette prise d’otage de l’Algérie et de ses richesses, comme nous soutenons une alternative démocratique digne de ce nom en Algérie.
Nous souhaitons que ce procès que nous faisons à ce non-évènement qu’est le 4ème mandat soit un point d’ancrage à de multiples initiatives qui se prolongeraient dans le temps, pour rassembler et unir les citoyens Algériens qui veulent d’un véritable changement et, accéder à une Algérie de Droit où la souveraineté populaire serait inaliénable.
Nous soutenons tous les militants interpellés pour avoir manifesté leur refus de cette mascarade,
nous encourageons et relayerons les actions futures en Algérie comme celles de soutien de par le monde !
Face à ces atteintes et la destruction organisée de tout un peuple et de tout un pays, nous clamons haut et fort:
-NON, à cette candidature frauduleuse d’Abdelaziz BOUTEFLIKA !
-NON, au 4ème mandat, NON au clan de la triche et de la fraude !
-NON, à cette oligarchie qui a pris en otage l’État et ses institutions et a confisqué toutes les libertés à son seul profit !
Nous disons :
-OUI, au rejet de ces élections présidentielles !
-OUI, à un rassemblement de toutes les forces démocratiques, OUI, pour une alternative et une transition démocratique
-OUI, pour l’élection d’une véritable assemblée constituante souveraine qui prendrait sa source dans la plateforme de la Soummam !

Des citoyennes et citoyens algériens
Paris, 27 février 2014

 

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2 Commentaires

  1. et vous vous nettes pas manipulé,on fait tous parti du système alors changeons le de intérieur et allons voter pour benflis en lui mettant la pression oui la grande pression pour que çà change vraiment même au sein de l’arme(y compris la drs)

  2. allons voter Benflis et changeons le système de l’intérieur et pressons le au maximum pour être a l’écoute de tous le monde sans exclusion.

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