jeudi 17 août 2017

Maroc Yemen : Le prix de la guerre

Debris avion de combat marocain au yemen mai 2015

La mauvaise nouvelle a été officiellement rendue publique dans la nuit du 10 au 11 mai. Une vingtaine de minutes après minuit, une alerte de l’agence MAP reprenait un communiqué du service de presse de l’inspection générale des Forces Armées Royales (FAR). Il y était indiqué qu’«un avion F16 faisant partie de l’escadrille des FAR mise à la disposition de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite pour la restauration de la légitimité au Yémen est porté disparu» ; et que «le pilote du 2ème avion qui évoluait en formation n’a pas pu constater si le pilote de l’avion touché avait pu s’éjecter».

La mort du pilote mille fois préférable…

Il est évident que pour tous les Marocains, le coup est dur. Il l’est encore plus le lendemain, lorsque certains éléments houthis, relayés par plusieurs sites web, balancent sur les réseaux sociaux de présumées photos de débris du F16 disparu, suivies d’insoutenables images d’un corps explosé sur les roches, censées être celles du jeune pilote du F16.

Auparavant, la télévision de la rébellion chiite houthi, Al-Massirah, avait diffusé des images de badauds rassemblés autour d’une carlingue de F16 en morceaux, affirmant que «La DCA des tribus a abattu un avion de combat à Wadi Nushur, dans la province de Saada» (région du nord du Yémen, dominée par les Houthis).
Dans la nuit du 11 au 12 mai -aux alentours de 1h 30 du matin- un deuxième communiqué des FAR expliquait que «L’authentification de ce flot d’informations et la confirmation qu’il s’agit du pilote et de l’avion disparus, sont rendues difficiles par le fait que le lieu du crash se trouve en zone ennemie».
Mise au point normale. Les FAR ne peuvent rien confirmer sans preuves tangibles et irréfutables. Une armée de l’envergure des FAR marocaines ne s’autorise aucune approximation hasardeuse.
Mais dans tous les esprits, il était bien clair que l’avion était perdu.
Seul demeurait un doute sur le sort du pilote, notamment avant que les clichés du présumé corps échoué sur les cimes montagneuses du Nord Yémen ne soient diffusés. Mais, avec en mémoire, l’effroyable image du pilote jordanien brûlé vif par ses geôliers de Daech, nombreux sont ceux, au Maroc, qui priaient pour qu’il ne tombe pas entre les mains des rebelles houthis.
La mort de ce vaillant lieutenant de l’armée de l’air, Yassine El Bahti –dont on dit qu’il avait tant souhaité être choisi pour cette mission dans le Golfe- serait triste et regrettable, bien sûr, si elle était confirmée. Mais elle serait mille fois préférable à une capture par l’ennemi et aux humiliations et tortures qui s’en seraient suivies, jusqu’à une mort quoiqu’il en soit certaine.
Les cruautés de la guerre sont connues. Il n’est plus sur terre un enfant de chœur pour les ignorer. Et lorsqu’un soldat, ou (toutes proportions gardées) un pays, s’engage dans une guerre, il sait hélas que rien ne lui garantit d’en sortir sans pertes. Mais le prix que paie le Maroc dans cette guerre du Yémen est déjà lourd… L’Arabie Saoudite a perdu 3 appareils ; le Maroc en a perdu un. Il supporte donc le ¼ des pertes à ce niveau.
Sans compter que, quand le 26 mars dernier, un F15 Eagle biplace saoudien s’est perdu au-dessus du golfe d’Aden, l’équipage a été récupéré, sain et sauf, par un hélicoptère de l’US Air Force. Le pilote marocain, lui, n’a pas eu cette chance…
Mais ce n’est pas une comparaison des pertes –notamment entre alliés- qui résoudra le problème du Yémen…

Enjeu essentiel et motifs immédiats

Le Maroc a rejoint la coalition arabe le 26 mars 2015. Le pays n’est pas membre du CCG (Conseil de Coopération du Golfe, qui regroupe les monarchies du Golfe), bien qu’une offre lui ait été faite, ainsi qu’à la Jordanie, pour en faire partie. Mais ses liens solides avec l’Arabie Saoudite et les émirats Arabes Unis ne tiennent pas qu’à l’aide financière ou aux investissements que ces monarchies seraient susceptibles de lui apporter.
L’enjeu essentiel est la profondeur stratégique que donnent les monarchies du Golfe au Maroc et vis versa. Tant l’offre d’adhésion au CCG faite au Maroc par ces monarchies, que la diplomatie que mène le Roi Mohammed VI dans cette région, vont dans ce même sens.
De plus, s’il fallait un socle à cette stratégie, les folies conquérantes de Daech, d’un côté et celles du chiisme iranien, de l’autre, le lui ont fourni.
C’est d’abord pour faire face aux crimes terroristes de Daech que le Maroc a décidé de rallier la coalition internationale qui les combat dans le Golfe, avec six F16 déployés aux Emirats arabes unis.
Ce sont ces mêmes six F16 qui ont été mis à la disposition de Riyad, dans le cadre de la coalition arabe, lorsque les chiites houthis, lancés à la conquête du pouvoir au Yémen, ont fait fuir le chef d’Etat légitime et commencé à faire passer sous leur giron les villes du pays, l’une après l’autre, par la force, en se dirigeant vers l’Arabie Saoudite voisine.
En répondant à l’appel de solidarité lancé par le Roi Salmane d’Arabie Saoudite, il s’agissait pour le Maroc, pays sunnite par excellence, d’être conséquent avec lui-même et avec ses positionnements connus.
La restauration de la légitimité au Yémen, à l’appel du Président illégalement destitué, Abd Rabo Mansour Hadi, la défense de l’intégrité territoriale de l’Arabie Saoudite, à l’appel du Roi Salmane, le front contre l’extension fulgurante et agressive du chiisme… Ce sont les motifs immédiats qui ont poussé le Maroc à apporter «toutes les formes d’appui…» à la coalition arabe dirigée par Riyad, «…dans ses dimensions politique, de renseignement, logistique et militaire».
Un positionnement réaffirmé avec force, début mai dernier, lors des visites effectuées par le Roi Mohammed VI aux Emirats Arabes Unis et en Arabie Saoudite, à l’occasion desquelles le Souverain était accompagné des principaux responsables militaires (le général Bouchaïb Arroub) et sécuritaires (Yassine Mansouri).

Espérer la fin de la guerre…

Le Maroc a donc perdu, dans cet engagement, un avion F16 et son pilote. L’Arabie Saoudite –qui en a largement les moyens- aura sans doute l’élégance de remplacer cet appareil perdu…
Pour le pilote, les Forces Armées Royales ne lâchent pas prise. Une cellule ad hoc a été mise sur pied et, sous la supervision directe du Général Arroub, elle poursuit la collecte d’informations sur le sort exact du jeune lieutenant.
Un cessez-le-feu a été décrété par la coalition arabe, à partir du mardi 12 mai, à 23h, pour une durée de cinq jours.
Il faut espérer que cette trêve permette de faciliter les recherches et d’obtenir les renseignements souhaités…
Mais il faut surtout souhaiter que cette guerre du Yémen prenne fin, avec des négociations politiques qui mettent un terme définitif à ce conflit menacé d’enlisement.
La coalition arabe avait annoncé le 21 avril la fin de l’opération «Tempête décisive», lancée le 26 mars. Cependant, si les bombardements intensifs ont cessé, les raids aériens ponctuels de la coalition et les tirs de roquette des rebelles se poursuivent.
Selon l’ONU, cette guerre a fait, jusque-là, plus de 1.400 morts -dont de nombreux civils- et quelque 300.000 personnes déplacées.
Les Américains ont réuni les monarchies du Golfe pour un échange sur toutes ces questions. Sortira-t-il quelque décision politique de ce Sommet ?

Bahia Amrani

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1er communiqué (nuit du 10 au 11 mai)

Un avion F16 faisant partie de l’escadrille des FAR mise à la disposition de la coalition au Yémen porté disparu

Un avion F16 faisant partie de l’escadrille des Forces Armées Royales (FAR) mise à la disposition de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite pour la restauration de la légitimité au Yémen est porté disparu depuis ce dimanche (10 mai) à 18h00 locales.
Le pilote du 2ème avion qui évoluait en formation n’a pas pu constater si le pilote de l’avion touché avait pu s’éjecter.
Au moment de la rédaction de ce communiqué, les recherches et investigations se poursuivent activement et leurs résultats seront communiqués ultérieurement.

(Communiqué du service de presse de l’Inspection Générale des FAR)

2ème communiqué (nuit du 11 au 12 mai)

F16 des FAR: L’authentification des informations publiées, rendues difficiles par le fait que le lieu du crash se trouve en zone ennemie

Suite au communiqué de presse du 10 mai 2015 portant sur la disparition au Yémen d’un avion F16 des Forces Armées Royales, il est à relever que plusieurs images et photos relayées par certains sites Internet et réseaux sociaux pourraient être assimilées à des débris de l’avion F16 qui s’est écrasé, à des pièces de carlingue, voire à un corps de pilote.
L’authentification de ce flot d’informations et la confirmation qu’il s’agit du pilote et de l’avion disparus, sont rendues difficiles par le fait que le lieu du crash se trouve en zone ennemie.

(Communiqué du service de presse de l’Inspection Générale des FAR)

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