samedi 19 août 2017

Maroc-Afrique Attrape-moi, si tu peux !

Roi mohammedVI maroc

Deux grandes tournées du Roi du Maroc, en Afrique subsaharienne, en moins d’un an (la 1ère en mars 2013, la seconde cette mi-février 2014) ; et une présence remarquée du Souverain marocain, lors de l’investiture du Président malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK), en septembre dernier…

Cela ne pouvait ni passer inaperçu, ni laisser indifférent. De son côté, le Maroc a «mis le paquet» !

Le prévisible flot de commentaires est allé dans tous les sens, donnant à cette diplomatie active du Maroc en Afrique toutes sortes d’interprétations.
Une grande partie de ce qui a été dit et écrit est vrai (nous parlons ici des analyses sérieuses. Les hargneux, laissons-les à leur inutile hargne !).

Coopération sud-sud, nouveaux marchés, terrorisme au Sahel…

Il est vrai qu’en Afrique, le Maroc cherche à élargir, de plus en plus, son expérience de coopération sud-sud, réussie avec certains pays comme le Gabon.
Il est également vrai que plusieurs entreprises marocaines, leaders dans leur secteur d’activité (bancaire, immobilier, infrastructures…) et fortes de l’expertise qui leur est reconnue, n’ont pas vu mieux que l’Afrique, où plongent les racines du Maroc, pour partager cette expertise et chercher des relais de croissance.
Il est tout aussi vrai que les événements qui ont secoué l’Occident, ces dernières années –crise économique et financière, problème des dettes souveraines, politiques d’austérité et croissance en berne- ont orienté les regards vers de nouveaux marchés. Notamment vers l’Afrique qui, avec ses espaces vierges, ses aspirations au développement et son milliard de consommateurs potentiels, allèche, encore mieux que par le passé… Et que le Maroc, sans être une puissance occidentale ou asiatique, s’est mis sur les rangs…
Pour les Marocains, le Royaume –du fait de ses gènes africains et de sa position géographique- s’est tout naturellement tourné vers son propre continent.
Il est enfin vrai que les développements qu’a connu la région sahélo-saharienne et la multiplication de groupes armés, les uns affiliés à Al Qaïda, les autres se réclamant de Mouvements de l’Azawad et les troisièmes de simples mafias spécialisées dans des trafics en tous genres, a poussé le Maroc à s’impliquer dans toute initiative de lutte anti-terroriste envisagée ou menée dans cette zone aux frontières poreuses, menaçant la sécurité de la région et, par extension, du Royaume (dans une vidéo attribuée à Aqmi et rendue publique à la mi-septembre 2013, des menaces ont directement été adressées au Maroc).

Une tournée de deux semaines

Tout cela est donc vrai et reste même en-deçà de la vérité, tant les raisons qui poussent le Maroc nord-africain vers la moitié subsaharienne du continent sont nombreuses et variées.
Elles sont d’ordre économique, politique, géostratégique, militaire, cultuel (l’envoi d’imams du Maroc est de plus en plus sollicité par les pays de la région), ou autre… Elles varient selon le pays avec lequel traite le Maroc et selon les intérêts communs qui s’imposent à ces relations bilatérales.
C’est ce qu’il ressortait déjà des premiers voyages du Roi Mohammed VI en Afrique subsaharienne, depuis son accession au Trône (1999) ; comme de sa tournée remarquée, en mars 2013, lorsqu’il avait effectué trois visites officielles d’affilée, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon.
C’est aussi ce que confirme, avec plus d’éclat, le périple de deux semaines que le Souverain a entamé, ce mardi 18 février 2014 et qui doit le conduire au Mali, en Côte d’Ivoire, au Ghana (où il se rend en visite pour la première fois) et au Gabon.

Le Maroc, Fondateur de l’OUA

Certes, l’intérêt du Maroc pour l’Afrique n’est pas né d’aujourd’hui. Il suffit de rappeler que c’est le Roi Mohammed V (grand père du Roi Mohammed VI) qui a, le premier, lancé l’idée d’une union africaine, en 1957, réunissant tous les chefs d’Etat du continent dont les pays étaient alors indépendants. Ce qui avait donné lieu à la charte de Casablanca, en 1961 et conduit à la création de l’OUA (actuelle UA), deux années plus tard (1963).
Mais si cet intérêt focalise particulièrement l’attention aujourd’hui, c’est parce qu’une double compétition le place sous les projecteurs.
La compétition internationale des puissances occidentales et asiatiques qui se livrent une concurrence de plus en plus rude en Afrique. Mais avec nombre de ces puissances, le Maroc, sans avoir leurs moyens, a établi –ou s’est vu proposer d’établir- une relation triangulaire dans laquelle les trois partenaires (pays africain, Maroc, puissance occidentale ou asiatique) sont gagnants.
Et la compétition régionale (qui, pour le Maroc, n’est pas la moindre), où l’ombrageux voisin algérien, aspirant depuis son indépendance (1962) au leadership dans la région, voit dans toute initiative du Maroc une déclaration de guerre.
Ajouté à cela, les problèmes sahélo-sahariens et la question malienne.
Question malienne qui, hier, après la tentative de mainmise de groupes armés sur le pays, a nécessité l’intervention d’armées étrangères (française, africaines et, plus discrètement, marocaine) ; et qui, aujourd’hui, accentue la compétition autour de la médiation entre le pouvoir central de Bamako et les groupes armés du Nord.

La barre placée haut

Dans un tel contexte, cette 2ème tournée du Roi Mohammed VI en Afrique est appelée à relever de nouveaux défis.
Du reste, la couleur a été annoncée, la veille du départ du Roi pour le Mali. Dans ce pays, le Maroc s’assigne une mission de bons offices (et non plus de bons officiers) visant la réconciliation entre Maliens du Sud et du Nord et, par voie de conséquence, la préservation de l’intégrité territoriale malienne.
Un communiqué du cabinet royal rendait en effet compte, lundi 17 février, d’un entretien téléphonique qu’avaient eu le jour-même le Souverain marocain et le Président burkinabé, Blaise Compaoré, portant sur «les objectifs de réconciliation nationale et de développement au Nord du Mali, dans le strict respect de l’intégrité territoriale et de l’union nationale maliennes».
Selon le communiqué, «le Roi a rappelé le rôle louable joué par la CEDEAO et son médiateur, le Président Blaise Compaoré, dans le retour à la stabilité et au rétablissement de l’ordre constitutionnel au Mali frère, à la faveur notamment de l’accord de Ouagadougou de juin 2013». Et, de son côté, «le Président Burkinabé a loué les efforts majeurs déployés, dans le même sens, par le Souverain et les initiatives royales menées, en relation avec Monsieur Ibrahim Boubacar Keita, Président du Mali, pour la réalisation du dialogue inclusif prévu et de la réconciliation nationale souhaitée, en vue de parvenir au règlement définitif et satisfaisant de la situation au Nord du Mali, au bénéfice de la stabilité et du progrès dans ce pays frère».
Plus généralement, concernant la coopération avec les quatre pays concernés par la tournée royale, la barre a été placée très haut. C’est ce qu’il ressort, au premier coup d’œil, de l’imposante délégation qui accompagne le Roi dans son périple. Plusieurs ministres et non des moindres sont du voyage, mais aussi tous les chefs d’Offices publics et d’entreprises privées qui comptent au Maroc, ainsi que les PDG des trois principales banques marocaines (au demeurant, toutes les trois très bien implantées en Afrique : Attijariwafa bank, BMCE et Banque Populaire).
Une chose est sûre, le Maroc y va avec des objectifs clairs et sans complexes.
Les deux seuls éléments qui comptent dans cette démarche, c’est d’abord, que tout ce qui pourrait se faire, se fasse dans le cadre du sacro-saint consentement mutuel (les contrats à signer officiellement, à l’occasion de cette tournée, ont d’ailleurs été préparés à l’avance et d’un commun accord). Ensuite, que tout ce qui se fait respecte la logique «win-win».
Dans une relation sud-sud, il n’y a pas de conquérant ni de conquis. Il n’y a qu’échanges de bons procédés dont les Etats partenaires et leurs peuples tirent légitimement bénéfice pour qu’in fine, tous en sortent gagnants.

Il reste à déplorer…

Il reste cependant à déplorer, alors que cette semaine-même était «commémoré» le 25ème anniversaire de l’UMA (Union du Maghreb arabe, plongée depuis longtemps dans le coma), que cette Afrique du Nord représentée par le Maghreb, n’ait pas encore réussi à unir ses forces. Pire, qu’elle s’enfonce chaque jour un peu plus dans la désunion.
Quel impact auraient des relations triangulaires où le Maghreb avec ses 5 pays présenterait une seule offre, face au marché subsaharien et aux puissances intéressées par l’Afrique. Mais on en est loin…
En l’état actuel des relations entre le Maroc et l’Algérie, le premier reprochant à la seconde son soutien aux séparatistes du Polisario et la seconde reprochant au premier de le lui reprocher, chacun fait cavalier seul avec les résultats que l’on voit.

Bahia Amrani

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