lundi 11 décembre 2017

Enseignement supérieur : Daoudi dit tout

Daoudi ministre enseignement superieur

«Le berger de demain devrait avoir le niveau bac»

Entretien avec Lahcen Daoudi, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation des cadres

L’Enseignement supérieur n’échappe pas à la critique. Qu’en pense le ministre?

Je dirais que la dynamique du secteur est enclenchée.

A quel rythme?

Vous savez, le rythme, c’est la réalité qui l’impose.

Quel changement alors?

J’estime que nous avons, toute modestie gardée, enclenché un changement à tous les niveaux, à commencer par le statut de l’enseignement.

Quelle nouveauté?

Nous allons commencer par supprimer l’évolution sur la base de l’ancienneté qui va être remplacée par la recherche et la pédagogie. Il s’agit là d’une révolution à l’intérieur de l’université.

Qu’en est-il de la réforme pédagogique?

Elle est entrée en vigueur cette année au sein de l’université. Elle le sera l’année prochaine dans les Facultés pour passer au système LMD (licence, Master, Doctorat).

Où en est la recherche scientifique?

Nous l’avons enclenchée, c’est un véritable pas de géant réalisé en peu de temps.

Quelle enveloppe budgétaire dans un contexte de crise?

Nous avons quand même mobilisé des capitaux du secteur privé, entre autres l’OCP. Même la Fondation Lalla Salma a cotisé. Nous avons attaqué la problématique sur tous les fronts… Nous avons augmenté le nombre des boursiers. C’est 46% de plus d’étudiants boursiers. Et nous avons construit plusieurs bâtiments pour l’hébergement. Ainsi, nous avons résolu relativement le problème des sous-capacités. A Agadir, par exemple, en mai prochain, nous aurons plus que doublé la capacité de 2011- 2012 (augmentation de 118%). Malgré la conjoncture, nous avons donné plus de postes budgétaires que par le passé.

Vous parliez de pôles universitaires?

Nous avons fusionné les universités à Casablanca et à Rabat. Nous allons ainsi créer des pôles technologiques dans les deux villes et continuer à fusionner de grandes écoles. Une vraie dynamique!

Y a-t-il une valeur ajoutée à la fusion?

La fusion garantit la bonne qualité et aussi la visibilité à l’international. Nous allons donc essayer de faire des regroupements au niveau de la recherche entre Meknès, l’Université Sidi Mohamed Benabdallah, l’Université euro-méditerranéenne et celle d’Ifrane, «Al Akhawayne», pour créer notre pôle au niveau de la recherche. C’est une réelle restructuration qui donne une dynamique à la recherche.

Et pourtant, on continue de dire que l’Enseignement supérieur ne marche pas. Que répondez-vous à ça ?

Il y a des gens de bonne foi qui souhaitent que l’université aille encore plus vite. Il y en a aussi d’autres, de mauvaise foi, qui ne reconnaissent jamais le changement ou le progrès. Ceux-là, il faut leur répondre par des résultats probants. Ils nous rendent quand même un service en nous poussant à aller plus vite.

Vous avez dit que l’innovation et la valorisation de la recherche scientifique constituent le grand défi pour le Maroc. En avez-vous les moyens et quels enjeux?

Jusqu’à présent, on partageait la connaissance. On vous forme des docteurs, des ingénieurs. Mais la connaissance est disponible partout. Vous pouvez aujourd’hui suivre les cours de l’université de Harvard à partir du Maroc. Maintenant, il faut passer au stade supérieur, à savoir le partage des laboratoires, des techniques de valorisation et de la valorisation elle-même.

Avez-vous fait des appels à projets?

Absolument et, sur 396 réponses, nous avons eu 153 à l’international, y compris du Brésil, des USA, du Canada, de l’Europe et de l’Inde. Nous avons réussi à insérer l’université marocaine dans le réseau international de la recherche.

Et le défi qui se pose au Maroc?

C’est tout bonnement comment arriver à arrimer l’université marocaine à l’université européenne au moins et donc faire partie de l’espace européen de la recherche.

Qu’est-ce que nous y gagnons?

L’Europe a un budget de recherche de 80 millions d’euros pour les 7 années à venir, le Maroc peut bénéficier de cette importante manne. Il faut absolument qu’on aille plus vite pour la mise à niveau de notre université et de nos laboratoires de recherche pour participer à cet élan de recherche international.

Le nombre des étudiants inscrits à l’université marocaine a augmenté de 47%. Comment expliquez-vous ce bond?

A la rentrée 2011-2012, c’était autour de 450.000 étudiants. Nous en sommes aujourd’hui dans le public à 650.000. Dans le privé, ça n’a pas beaucoup évolué. Mais je pense que ça va venir parce que le défi, c’est 1 million d’étudiants à l’horizon 2016, y compris dans la formation professionnelle. Il s’agit de tirer le Maroc vers la société du savoir.

Et l’emploi?

Il ne faut pas toujours raisonner en termes d’emploi.

Il faut quand même adapter la formation à l’emploi ?

C’est juste, mais il faut aussi penser enseigner. Le berger de demain, avec un bac ou son niveau, c’est un souhait, parce que le berger, c’est un demi-vétérinaire, il ne doit pas être ignorant. En général, le paysan de demain devrait avoir un niveau honorable.

Disposez-vous d’une réforme bien ficelée pour concrétiser votre action?

La réforme est là au niveau du Conseil supérieur. Nous attendons qu’il nous rende la copie pour la mettre sur le bureau du chef de gouvernement pour le Conseil du gouvernement et le Parlement.
Au niveau des textes, nous avons fait ce qu’il fallait. Nous avons encore un seul texte au parlement. C’est pour transformer l’Institut des plantes de Taounate en un établissement public pour qu’il émerge à son tour à l’international.

Peut-on avoir quelques éléments de la réforme à l’étude de l’université marocaine?

Dans cette réforme, il y a deux variables fondamentales. Nous avons un produit, à savoir la recherche. Avant, on avait le secteur public et le secteur privé. Nous avons introduit une variante: le partenariat public-public que nous faisons avec la France, l’Espagne. C’est un enrichissement pour attirer les grandes universités internationales et aussi des étudiants.

Africains?

Pas uniquement. Dans deux ou trois ans, nous aurons des Européens qui viendront étudier à Fès. Le Maroc rivalisera avec ce qui se passe au niveau européen. C’est une percée que le Maroc a réalisé en peu d’années.

Vous estimez que le budget alloué à la recherche est suffisant?

Dans beaucoup de pays, on vous dira, c’est 1% du PIB, nous n’avons pas ce pourcentage. Nous n’allons pas faire la guerre des étoiles, ni fabriquer des avions. L’Inde n’a pas plus de 1% et pourtant, elle a une technologie de pointe. Si on part de nos besoins, je pense que le 1% nous suffirait parce que nous sommes dans une logique maroco-marocaine. Demain, si on peut cuisiner au solaire, ce serait extraordinaire. Donc il faut que nous partions de nos besoins pour financer la recherche, sachant que ces besoins ne coûtent pas cher. Et puis, nous pouvons bénéficier du financement européen.

L’enseignement public et privé, quelle coexistence?

Ils ont de tout temps coexisté. Le dernier Conseil de gouvernement (9 octobre 2014) a approuvé un décret où les écoles et universités qui percent au niveau qualitatif seront reconnues. Que l’étudiant soit dans l’enseignement public ou privé, il faut exiger la qualité.

Pour l’autorisation aux enseignants de poursuivre leurs études supérieures, partagez-vous le point de vue de votre collègue Rachid Belmokhtar?

A partir de l’année prochaine, nous allons essayer de résoudre ce problème une fois pour toutes. Celui qui voudra s’inscrire, il suffira qu’il soit présent, fonctionnaire ou pas, parce que tous les Marocains ont les mêmes droits garantis par la Constitution et sont égaux. Le problème, c’est que nous n’avons pas de place. Dans n’importe quel pays européen, quand une Fac est pleine, vous êtes automatiquement sur la liste d’attente. Ce serait l’idéal si on pouvait inscrire tous les Marocains. En définitive, nous gérons les moyens, les aspirations des gens étant illimitées. Les gens pensent qu’on refuse les fonctionnaires. Non, pas du tout! Au contraire, un fonctionnaire qui poursuit ses études universitaires va élever son niveau et donner plus.

Et l’enseignement à distance qui se fait aujourd’hui ailleurs?

Malheureusement, nous n’en avons pas encore les moyens. Il pourrait résoudre le problème des fonctionnaires. Cela va venir.

Vous êtes le ministre de l’Enseignement supérieur.

Le ministre n’intervient pas, les universités sont autonomes.

Vous dites ne pas intervenir. Vous avez quand même envoyé une circulaire aux universités?

Je leur ai envoyé une circulaire, il y a de cela deux ans, pour leur dire: inscrivez le maximum de fonctionnaires possible dans la mesure de vos capacités. Ce n’est pas le ministre qui prend seul les décisions. Les gens veulent l’indépendance de l’université et, en même temps, que le ministre intervienne !

Si un remaniement ministériel intervenait, est-ce que le ministre Daoudi regretterait de n’avoir pas eu le temps de réaliser tel ou tel projet?

Je ne vais rien regretter. On m’a donné un temps déterminé et je fais ce que je peux dans la limite du temps qui m’est imparti. Il n’y a pas dans ce pays que Lahcen Daoudi; il y a d’autres qui vont peut-être faire mieux. Donc, c’est une chaîne tournante, comme on dit. Il y a beaucoup de choses à faire, l’essentiel, c’est de mettre en place les rails. Je dirais qu’elles sont placées et quiconque viendra, le train continuera à rouler dessus.

Interview réalisée par Mohammed Nafaa

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