lundi 23 octobre 2017

Casablanca : A quand le printemps «arbres»?

Arbres deracines Casablanca

Du béton au détriment des espaces verts. Une multitude d’immeubles et de panneaux publicitaires qui gagnent du terrain. Un parc automobile qui se densifie au fil des années.

Une pollution qui émane en permanence de ce parc. Des arbres de plus en plus abattus, ce qui rétrécit l’espace vert de Casablanca comme une peau de chagrin… Voilà en gros ce que déplorent les associations œuvrant dans le domaine de l’environnement à Casablanca.

Eviter les abattages abusifs

«On procède à l’abattage d’arbres dans certaines zones de la ville. On ne peut donc que se demander: qu’est-ce qui justifie cette initiative dans une ville où les Casablancais ne peuvent plus respirer à cause de la pollution de l’air?», s’interroge Mehdi Laimina, président de l’Association «Tahadi» pour l’Environnement, qui se plaint de l’absence d’une jurisprudence qui permettrait la protection des arbres. Il ajoute: «En principe, toute décision d’abattage doit être soumise à un accord préalable entre tous les acteurs de la ville. Car cela éviterait les abattages abusifs qu’il y a de temps en temps à Casablanca». Et de déclarer au Reporter: «La ville manque énormément d’espaces verts. A l’Association, nous n’avons pas cessé de demander aux responsables du Conseil de la ville que les rares espaces verts qui contournent encore Casablanca soient préservés et -pourquoi pas?- déclarés zone inconstructible». Mehdi Laimina, qui dénonce les opérations d’abattage menées au niveau de certains quartiers de la ville, déplore ainsi cette situation.

Réalité déplorable…

S’il est une question qui inquiète les associatifs œuvrant dans le domaine de l’environnement à Casablanca, c’est bien celle des espaces verts. C’est aussi l’absence d’une politique d’urbanisme prenant en considération l’aménagement des espaces verts, tels les jardins publics et la plantation d’arbres dans la ville, comme le dénonce également l’ancien président du Conseil régional de l’Ordre des Architectes, Azeddine Nekmouch. Ce dernier nous déclare: «Cette réalité déplorable est le résultat de l’absence d’une politique claire d’urbanisme prenant en compte l’aménagement des espaces verts et des jardins à Casablanca». «Rien n’est fait dans les règles de l’art. Dans toute la ville, on a placé des panneaux publicitaires au point où un panneau publicitaire en cache un autre», déplore-t-il non sans colère. Et l’ex-président du Conseil régional de l’Ordre des Architectes d’ajouter: «La plantation d’un arbre est aussi capitale que l’assainissement et l’éclairage public. Or, au lieu de préserver au moins le peu d’arbres existant encore à Casablanca, on en arrache. Pourtant, on n’a pas le droit d’arracher un arbre. Surtout qu’on n’a pas beaucoup d’arbres à Casablanca. Alors, s’il faut couper le peu d’arbres qu’on a, la population de la ville va s’étouffer». Et de constater: «Nous ne vivons pas dans une ville où il faut enlever les arbres. Au contraire, on doit ajouter des arbres d’alignement et garder ceux qui existent». D’ailleurs, insiste Azzedine Nekmouch, «dans les plans d’aménagement, il est même prévu que, si l’on veut construire des habitations, on doit planter un arbre pour chaque logement».

Que deviennent les arbres abattus?

Selon l’architecte, l’exemple de boulevards ayant connu des opérations d’abattage d’arbres ne manquent pas. A ne citer dans ce cadre que les boulevards Ba H’Mad, Anfa, Brahim Roudani, El Massira Khadra, Abdellatif Ben Kaddour… La liste est bien longue! Au boulevard El Massira Khadra, par exemple, on a éliminé tous les arbres. Leur abattage n’a pris que quelques jours. Pareil au boulevard d’Anfa où on a décapité tous les arbres qui pouvaient cacher les panneaux publicitaires, lancent des sources associatives. «Pas un seul arbre ayant été éliminé dans ces deux boulevards n’a été replanté ailleurs», a-t-on martelé. «Rien n’empêchait que les arbres restent au boulevard d’Anfa; des arbres d’alignement qui permettaient de donner de l’ombre et de l’oxygène et d’absorber le gaz carbonique provenant de la pollution», selon les mêmes sources. Ainsi, à en croire celles-ci, les arbres ayant été éliminés à Casablanca n’ont pas été replantés ailleurs.
Mais que dire alors des arbres qui viennent d’être déracinés dans certains quartiers de la ville, il y a quelques jours? Nos interlocuteurs préviennent que ces arbres connaîtront le même sort que tous les autres déjà abattus. «Pour toutes les opérations d’abattage d’arbres, les responsables de la ville nous ont affirmé qu’ils allaient replanter les arbres déracinés dans d’autres endroits de la Région de Casablanca. On avait aussi expliqué le remplacement de ces derniers par d’autres arbres de petite taille afin de ne pas gêner la vue. Mais la réalité est que, dans certains boulevards concernés par ces opérations d’abattage, le but a été de remplacer les arbres par des panneaux publicitaires», a-t-on assuré.

Abattage d’arbres à Sidi Bernoussi

A Sidi Bernoussi, ce mercredi 25 décembre, des ouvriers étaient à l’œuvre pour arracher des arbres existant depuis plusieurs décennies. Emus et regrettant une telle décision, les habitants de ce quartier se sont posés bon nombre de questions. «Que se passe-t-il? Pourquoi avoir éliminé des arbres qui semblent pourtant robustes? Pourquoi avoir déraciné -de manière irresponsable- des arbres qui conféraient une certaine esthétique à notre quartier? Qui contrôle ces abattages d’arbres?», s’est interrogé avec indignation Hadj Mohamed, un retraité de 70 ans. «Autrefois, celui qui touchait à un arbre ou le déplaçait, eh bien, il allait en prison. Aujourd’hui, en dépit de la nouvelle Constitution, on voit les autorités prendre elles-mêmes une telle décision. Pire, elles n’assurent même pas le suivi de cette opération d’abattage», a-t-il dénoncé. Et de conclure non sans exacerbation: «Les responsables de la société chargée de cette opération d’abattage méritent d’être emprisonnés. Il n’y a qu’à voir le travail -irresponsable- qui a été fait pour éliminer les arbres en question. En effet, ces derniers ont été abandonnés sur place pendant plusieurs jours, ce qui n’a pas manqué d’affecter la fluidité de la circulation dans certains endroits».
En plus de la colère des habitants riverains, les associations œuvrant dans le domaine de l’environnement ne cachent pas leur indignation concernant cette nouvelle opération d’abattage d’arbres à Sidi Bernoussi. «La manière irresponsable dont la société en charge de l’opération a éliminé les arbres prouve que ces derniers ne seront replantés nulle part», indiquent des voix associatives de Sidi Bernoussi. «Normalement, a-t-on ajouté, pour ne pas tuer les racines, on doit laisser au moins 70 cm de rayon tout autour de l’arbre à abattre, puis creuser. Après, on peut retirer l’arbre tout en veillant à le protéger contre le froid. Après cela, on peut l’emporter là où on veut le planter. Or, rien de cela n’a été fait», ont relevé nos interlocuteurs. Et de conclure avec regret: «Plusieurs arbres ont disparu en un temps record. On a remplacé les arbres abattus, qui étaient pourtant robustes, par d’autres qui ne sont pas des arbres d’alignement et ne donnent pas d’ombre. Ces nouveaux arbres -de petite taille- perdent leurs feuilles dans trois-quatre mois».
Le paysage d’une ville est à l’image du niveau d’évolution socio-économique et culturel de ses habitants. Malheureusement, celui de Casablanca est plutôt matérialiste, fondé sur la spéculation, comme le déplorent bon nombre de paysagistes et d’architectes de la place. Selon ces derniers, la création d’espaces verts et la plantation d’arbres sont aussi indispensables que tout autre aménagement tel, par exemple, l’assainissement ou encore l’éclairage public.

Naîma Cherii

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