Wikileaks, quelles conséquences ?

La première chose qu’apprend chaque pays, à travers ce qu’il découvre, le concernant, dans les notes de Wikileaks, c’est comment il est perçu –lui, ses dirigeants, ses institutions, sa société, son économie- par la diplomatie américaine et notamment par les diplomates US qui étaient (ou sont encore) en poste sur son territoire. Après, il y a, bien sûr, toutes les révélations sur ce que disent ou font les responsables, les principaux acteurs, les voisins, les partenaires, les visiteurs… du pays.

 

Pourquoi les notes diplomatiques américaines dévoilées par Wikileaks ont-elles eu autant d’échos ? Parce qu’il s’agit de la plus grande puissance du monde, certes, mais aussi et surtout parce qu’elles ont été tout simplement rendues publiques !

Car, enfin, c’est bien ainsi que travaillent tous les diplomates de par le monde (hormis ceux des pays sous développés qui prennent leur poste à l’étranger pour une retraite dorée). Dans le pays où ils sont en fonction, les diplomates collectent «l’info», parfois la commentent et l’envoient au pays qu’ils représentent. C’est leur devoir. Les titres de «conseiller économique» ou «conseiller culturel» -tous les Etats et toutes les chancelleries du monde le savent- ne sont que des couvertures pour un travail de collecte d’informations exigé des conseillers en question. Cela, donc, tout le monde le sait, mais tout le monde (à la longue) a tendance à l’oublier. Wikileaks, en balançant en vrac plus de 250.000 notes diplomatiques américaines, vient de rafraîchir spectaculairement les mémoires à ce sujet.

Les notes diplomatiques françaises, espagnoles, chinoises… Voire marocaines, n’auraient pas davantage manqué d’intérêt. Mais si tout était déballé, Dieu sait comment cela finirait, ce qu’il y a dans ces notes -censées être ultraconfidentielles- n’étant pas toujours flatteur…

Premier problème concret, aujourd’hui, pour les Etats-Unis : que faire des diplomates dont le nom a été révélé par les «mémos accusateurs» de Wikileaks ? Quel pays les acceptera-t-il après cela ?

Autre problème, comment leurs remplaçants vont-ils pouvoir travailler sans que les responsables des pays d’accueil ne fassent preuve, dans leurs rapports avec eux, de la plus grande réserve, même pour aller dans le sens souhaité par la diplomatie américaine ?

Les dirigeants arabes qui se sont prononcés contre la nucléarisation de l’Iran –et qui l’ont dit à la diplomatie américaine- sont-ils aujourd’hui heureux de se trouver «mis à nu» devant leur opinion publique dont on sait qu’elle souhaite, au contraire, même en Iran, un contrepoids à la puissance nucléaire israélienne ?

Et puis, comment chaque Etat, maintenant, va-t-il réagir aux informations qui le concernent ? En interne, par rapport à ceux des siens qui en auraient dit plus qu’il ne fallait ? Et à l’international, quand des Etats partenaires ou voisins (mais aussi quand les Etats-Unis eux-mêmes) ont eu des propos durs ? Comment Hilary Clinton va-t-elle faire avec le royaume d’Arabie Saoudite dont elle dit qu’il finance le terrorisme ? Comment l’Iran va-t-il réagir avec tous ceux dont il sait désormais qu’ils encouragent les Etats-Unis à une action militaire contre lui ?

Quant à comment va réagir le Maroc aux médisances et propos hostiles du Président algérien Abdelaziz Bouteflika ? Probablement comme il l’a fait jusqu’à présent en n’ignorant rien de ces médisances, ni de cette hostilité…

Une chose est sûre, si Wikileaks a fait le bonheur des médias et opinions publiques du monde entier en leur livrant les secrets de la diplomatie américaine et, ce faisant, les leurs propres, ce site ne changera pas pour autant, profondément, les règles du travail diplomatique. Les diplomates s’attèleront seulement à mieux sécuriser leurs échanges.

…Et l’Amérique travaille déjà à changer la loi pour criminaliser de tels «exploits» qu’ils soient de Wikileaks ou de ceux qui seraient tentés d’emprunter la même voie !

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