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Election présidentielle en Algérie : Le régime échoue à rassembler autour de lui

Election présidentielle en Algérie : Le régime échoue à rassembler autour de lui

Le président algérien par intérim, Abdelkader Bensalah, a invité les partis politiques à discuter à huis clos de la préparation des prochaines échéances électorales. Largement boycottée par la classe politique algérienne, cette réunion, tenue le 22 avril 2019 à Alger, en l’absence de la majorité de la classe politique et de Bensalah lui-même, s’est soldée par un échec.

Plusieurs formations politiques ont décliné l’invitation du président de la République par intérim à la rencontre destinée à débattre des moyens pouvant garantir la transparence de l’élection présidentielle du 4 juillet prochain. Parmi les absents à cette rencontre, Ali Benflis, ancien Premier ministre, aujourd’hui à la tête du parti Talaie El-Houriat (Les Pionniers des libertés), après s’être retiré de la direction du Front de Libération Nationale (FLN). Selon ce dernier, la concertation autour de l’élection présidentielle algérienne ne devrait pas avoir lieu dans le contexte politico-social actuel de l’Algérie.

Les raisons d’un boycott

Dans le même sens, Benflis a estimé que la tenue d’une telle rencontre est une perte de temps, ni plus ni moins. «Quand vous voyez l’absence totale de toutes les figures importantes des partis politiques, les personnalités nationales, eh bien, vous concluez que non seulement c’est un fiasco, mais que cette démarche ne peut pas aller plus loin. C’est de la perte de temps», a-t-il indiqué.

Allant dans le même sens, le Mouvement de la Société pour le Paix (MPS), principal parti islamiste dans le pays, a estimé que la réunion de concertation tenue à l’appel du président algérien par intérim, est une atteinte à la volonté populaire. D’après le président du MPS, «les Algériens veulent un changement véritable. Ils ne sont pas d’accord pour que la transition soit dirigée par des personnalités affiliées au pouvoir. Tout le monde appelle à ce que Bensalah soit changé. Il faut qu’il parte. Il faut donc répondre à l’appel des Algériens et après, on ira dans le dialogue et dans la concertation».  

Parmi les absents de cette réunion de concertation, Louisa Hanoune, Secrétaire générale du Parti des Travailleurs. Dans une vidéo, la SG a expliqué que «ces concertations sont une manœuvre visant à imposer la continuité du même système». Elle a en outre  indiqué: «Il est impossible de répondre à une telle invitation et de participer à une telle conférence que le peuple algérien a refusée».

Pour sa part, le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, a dit ne pas se reconnaître dans «des agendas qui vont à l’encontre des revendications du peuple».

Parmi les autres partis qui n’ont pas pris part à la conférence de concertation sur les mécanismes de préparation et d’organisation de la présidentielle algérienne, le Front Justice et Développement (FJD), le Front National Algérien (FNA), le Parti National pour la Solidarité et le Développement (PNSD) et le Mouvement Populaire Algérien (MPA).

Dans un message publié sur sa page Facebook, l’ancien ministre de la Communication, Abdelaziz Rahabi, a expliqué les raisons qui l’ont amené à décliner, lui aussi, l’invitation de Abdelkader Bensalah.  «Premièrement, cette invitation est sans objet, considérant que c’est lui même qui a convoqué les élections présidentielles pour le 4 juillet prochain, pour pérenniser le statu quo sous couvert d’une transition de façade», a-t-il écrit. Et d’ajouter que ladite réunion était de nature à aggraver l’impasse politique, car son échec entraînerait davantage l’Algérie vers la désobéissance civile programmée et provoquée par un système figé qui refuse de se remettre en question.  

Pour un changement profond du système

L’appel à la réunion de concertation avec le pouvoir a fait suite à l’annonce par le Secrétaire général à la présidence algérienne, Habba El Akbi, du maintien de la date de la tenue de l’élection présidentielle (4 juillet 2019), défiant ainsi la volonté populaire. Pour la majeure partie de l’opinion publique algérienne, le maintien de la date de l’élection présidentielle algérienne, contre la volonté populaire, a sonné comme un signe de dédain de la part du régime à l’égard des manifestants. Ces derniers, depuis près de deux mois, réclament un changement profond du système et exigent la mise en place d’un groupe d’entente collégiale chargé de piloter la période de transition politique dans le pays.  

Les avis qui estiment que le climat politique actuel en Algérie est inapproprié à l’organisation de l’élection présidentielle, avancent des arguments plausibles pour justifier ce point de vue. D’après eux, il est impensable et même illogique de demander aux Algériens d’élire leur futur président, alors que leur confiance en les institutions et les représentants de l’Etat est au plus bas. L’étendue de cette crise de confiance s’est vérifiée davantage quand une quarantaine de magistrats et de maires ont annoncé qu’ils refusaient de superviser ou d’intervenir de quelque manière que ce soit dans le processus d’organisation de la prochaine élection présidentielle en Algérie. Pour ces fonctionnaires, rien ne garantit la transparence de ce rendez-vous électoral, d’autant plus que tout laisse croire que, dans la configuration actuelle, le futur chef de l’Etat sera acquis au système et à celui qui en tire réellement les ficelles, à savoir, le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah. On se souvient comment ce dernier a obligé Abdelaziz Bouteflika à présenter sa démission, sous la menace de recourir à l’article 102 de la Constitution.

Pour l’opposition, le régime souhaite se régénérer à tout prix, au détriment de la volonté populaire. Selon certains dires de coulisses, le report sine die de la présidentielle du 4 juillet 2019 est une hypothèse de plus en plus envisagée.

Actuellement, l’Algérie se trouve à un moment crucial de son évolution politique. Alors que la rue exige un changement radical du système, ceux qui tiennent réellement les rênes du pouvoir essayent d’imposer une transition politique telle qu’ils la conçoivent eux-mêmes, pour préserver leurs intérêts dans l’Algérie de l’après-Abdelaziz Bouteflika.

Mohcine Lourhzal

Les partis politiques sur le banc des accusés

Le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, s’est exprimé, mardi 23 avril 2019, depuis la première Région militaire à Blida, sur la crise politique en Algérie. Il a critiqué l’opposition et les acteurs politiques. Selon lui, ces derniers ont eu tort de rejeter la feuille pour la transition politique dans le pays (allusion faite à la conférence de consultation autour de l’organisation de l’élection présidentielle du 4 juillet 2019, boycottée par la majorité des partis, ndlr). «Certains ne veulent pas le bien du pays, appelant à l’obstination et au maintien des positions précédentes, sans prendre en compte tout ce qui a été réalisé. Ils refusent toutes les initiatives et boycottent tous les pas, y compris le dialogue», a déclaré celui qui, au fils des années, a réussi à étendre son pouvoir.

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