dimanche 20 août 2017

Alcool : Quelle consommation au Maroc ?

Consommation alcool maroc

Etre musulmans et boire de l’alcool au Maroc, une tare. C’est pour cela que depuis toujours, ils le font en secret, à l’abri des jugements de «prêcheurs du dimanche». Mais ça, c’était avant. Qu’en est-il aujourd’hui? Et que préfèrent boire les Marocains?

Qui aurait pensé qu’un entrepôt d’alcool siègerait aux côtés d’une école? C’est pourtant bel est bien le cas et ce, depuis des décennies. Mais «ils savent se montrer discrets, les enfants ne s’en rendent même pas compte», affirme le responsable de l’entrepôt. En effet, les heures pendant lesquelles cet entrepôt enregistre le plus de visites correspondent aux heures de cours. Les acheteurs retardataires -et ils sont nombreux- viennent après que le collège soit complètement vide.

Choc générationnel

18h30. Dans exactement une demi-heure, l’imposante porte en fer glissera de l’autre côté pour arrêter la vente d’alcool pour la journée. Les clients, qui jusque-là défilaient sagement les uns après les autres durant l’après-midi ensoleillée, laissent place à un empressement significatif au fur et à mesure que le ciel s’assombrit. Les clients aux allures glauques entrent et ressortent dans un intervalle se faisant de plus en plus restreint et pour cause…

«Tous les dépôts -d’alcool- ferment à 19h, c’est la règle partout», affirme Saad (la quarantaine), un client régulier qui vient de sortir les bras chargés de sachets noirs. A l’intérieur des sachets, des bouteilles de bière principalement et quelques-unes de vin rouge. Ce soir, il regarde un match en compagnie de ses amis.
Si ces consommateurs d’alcool se rabattent sur des dépôts de ce genre, c’est parce qu’ils sont moins exposés aux regards des passants, des familles fréquentant les supermarchés des centres villes. «Je n’ai pas forcément envie de croiser mes clients venus faire leurs courses au supermarché du coin alors que moi, je viens acheter de l’alcool. Ils se feraient une mauvaise opinion de moi et je risque aussi d’en perdre certains», explique Saad. Dans la foulée, deux hommes en manteaux longs. L’un d’eux porte un béret cloué sur la tête, laissant apparaître des cheveux blancs en halo. A première vue, ils sont venus faire leurs courses ensemble. Ils ressortent, un sac à dos d’adolescents à la main chacun et se séparent au coin de la rue. En hommes avertis, ils se retournent pour voir s’ils ont été repérés, non sans jeter des regards inquisiteurs. La plupart des autres préfèrent se faire discrets et rasent les murs.
A contrario, les jeunes, fiers, emportés par l’ivresse et l’insouciance, ne montrent aucune méfiance et ne prennent aucune précaution. L’air nonchalant avec leur jean loose, ils arrivent en groupe dans de petites citadines aux allures sportives. C’est le conducteur qui descend la plupart du temps pour ravitailler la bande en boisson. Les sachets sont ensuite placés dans le coffre. «C’est devenu tellement normal… Pourquoi avoir peur? Pas vu, pas pris!».
De nos jours, les ados et autre jeunes hommes se targuent de boire de l’alcool. Ils n’hésitent pas à partager sur les réseaux sociaux des photos de tables toutes garnies de bouteilles de Whisky ou de Vodka. Pour faire bonne impression, ils y ajoutent des bouteilles de boissons gazeuses ou de jus de fruits -même si elles servent surtout aux mélanges-. Dans les cas les plus soft, on les verra un verre de vin blanc à la main ou posé sur une table de restaurant.
Boire de l’alcool pour les jeunes est gage d’ouverture d’esprit, de liberté et aussi une forme d’appartenance sociale.
Qui n’a jamais vu sur son profil, sur les réseaux sociaux, des bouteilles de boissons alcoolisées de luxe s’invitant «par hasard » sur les photos?

Qu’achètent-ils?

Chacun ses envies et ses habitudes. Mais il ressort que la majorité des consommateurs achètent des bières et/ou du vin quotidiennement et se font plaisir une à deux fois par semaine avec un alcool plus cher.
Chez les jeunes, c’est la bière qui a le vent en poupe. Chacun chérit une marque particulière, d’autres seront guidés surtout par le prix. «Moi j’aime bien boire de petites bières en fumant. Il n’y a pas mieux pour finir une soirée», lance un jeune de 22 ans. Il nous montre son coffre. «J’ai acheté des bières de petit format pour ce soir. Elles font 26 cl chacune» ajoute-t-il. Il a une préférence pour une en particulier, produite au Maroc. Il connaît les prix par cœur. Selon lui, elle coûte 11,50 DH l’unité dans cet entrepôt, 10,50 DH dans un autre et 9,90 DH au supermarché. Un de ses amis confirme. Mais alors, pourquoi acheter la plus chère des trois si c’est la même marque? «Il y a plusieurs brasseries qui produisent la même bière, mais le goût n’est pas forcément le même dans chaque ville. Celle qui se vend ici est plus sucrée. C’est celle que je préfère», explique le jeune homme.
Le vin rouge se classe à la deuxième place des alcools les plus vendus quotidiennement, rapporte un vendeur. Il est plus apprécié par les hommes d’âge mûr. Il est aussi plus concentré que la bière. Un verre standard de bière (340 ml) contient 5% d’alcool alors qu’un verre standard de vin (140 ml) est normalement situé aux alentours des 12%. «Je peux en avoir pour deux jours avec une bouteille de vin, si je veux juste en prendre pour le plaisir. Je ne deviens pas ivre pour autant! Si je vois des amis, par contre, il y en aura au moins une pour chacun et là, on est tous saouls», s’amuse cet homme.
Pour d’autres, appréciant des alcools forts ou parmi les plus alcooliques, ceux pour qui le vin ne fait déjà plus d’effet, il leur faut des spiritueux. Et dans les spiritueux, plusieurs gammes de prix. Les plus chers sont importés, les plus bas de gamme sont faits artisanalement chez les «guerrabas». C’est le cas de l’eau-de-vie (Mahia) qui connaît un grand succès au niveau de l’informel.

Le Maroc, derrière l’Algérie et la Tunisie

Les résultats du rapport mondial sur l’alcool et la santé, réalisé par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 2010, viennent conforter le classement établi par le vendeur. Ainsi, 44% des Marocains consommateurs d’alcool (âgés de +15 ans) consomment la bière, 36% préfèrent les vins et 20% consomment des spiritueux.
Les Marocains ne sont pas pour autant les plus grands consommateurs d’alcool du Maghreb. Avec une moyenne de 0,9 litre par habitant, ils se classent derrière l’Algérie (1 litre par habitant), elle-même classée derrière la Tunisie (1,5 litre par habitant).
L’OMS rappelle enfin que l’usage nocif de l’alcool entraîne dans le monde 3,3 millions de décès chaque année, soit 5,9% des décès. Par ailleurs, le lien de causalité entre surconsommation d’alcool et problèmes de santé a été prouvé. Ainsi, l’usage excessif d’alcool peut entraîner des troubles mentaux et comportementaux, ainsi que des maladies non-transmissibles telles que la cirrhose du foie, certains cancers et des maladies cardiovasculaires.
Mais le véritable frein à la consommation d’alcool -qui a baissé selon des chiffres plus récents que ceux de 2010-, c’est l’incontestable montée de la vague islamiste. Par conviction pour les uns, par respect pour les autres et par crainte pour les troisièmes, le recours à l’alcool est soit banni, soit réduit.
Certains hommes politiques veulent encore plus de sévérité dans l’interdiction de consommation d’alcool au Maroc. Mais les défenseurs de l’ouverture du Royaume sur le monde et ceux du secteur du tourisme ne manquent jamais de réagir, veillant à ce qu’il n’en soit rien.

Yasmine Saïh

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