mardi 12 décembre 2017

Spécial Arabie saoudite : Faut-il croire en un grand tournant?

Y a-t-il une marocanisation de la monarchie saoudienne; c’est-à-dire le respect de la tradition dans une application de l’islam compatible avec ce qui est bon dans la modernité?

Certains le pensent et voient dans le prince Mohammed ben Salman le réformateur que le monde arabo-musulman sunnite attendait au pays des lieux saints. Il est cependant trop tôt pour annoncer la fin du wahhabisme, en faveur d’un islam rénové des lumières. Car, les conservateurs peuvent encore réagir. D’autre part, cette rénovation peut être un  prétexte pour asseoir un pouvoir personnel et écarter des opposants éventuels.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’il se passe des choses qui concernent le monde entier. Au mois de juin, Mohammed ben Salman est devenu le prince héritier en titre, en destituant son cousin Mohamed bin Nayef qui était le monsieur sécurité. Il a fait  le ménage et se présente comme le nouvel homme fort du royaume, parce que demain, c’est lui qui va régner, peut-être pour une cinquantaine d’années, sur le pays.

Il a affiché sa poigne de fer en ordonnant l’arrestation de 11 princes et de dizaines de ministres actuels ou anciens, ainsi que le limogeage de puissants responsables militaires. Une purge politique sans précédent, qui a lieu dans un contexte de crise ouverte avec le Qatar voisin. Parmi les personnalités arrêtées, figure le prince Alwalid ben Talal, neveu du roi, richissime homme d’affaires et principal actionnaire de la société d’investissement Kingdom Holding, présente un peu partout dans le monde.

Dans le cadre du remaniement effectué par le roi Salman, le prince Miteb ben Abdallah est relevé de ses fonctions de ministre de la Garde nationale et remplacé par Khaled ben Ayyaf. Adel Fakieh, ministre de l’Economie, est remplacé par son adjoint, Mohammed al Touaïdjri, comme l’annonce un décret royal transmis par la télévision publique.

Miteb ben Abdallah, fils préféré du défunt roi Abdallah, a été considéré un temps comme possible prétendant au trône, avant l’ascension inattendue du prince Mohamed il y a deux ans.

Le prince Miteb avait hérité du contrôle de la Garde nationale, les services d’élite de la sécurité intérieure, que son père avait dirigée pendant cinq décennies. Il était le dernier représentant de la branche Abdallah au sein de la famille royale à occuper de hautes fonctions.

On retrouve également dans cette liste l’ancien ministre des Finances, Ibrahim al Assaf.

«La patrie ne pourra pas exister tant que la corruption ne sera pas éradiquée et que les corrompus n’auront pas rendu compte de leurs actes», dit le décret royal.

Cette purge survient après la création d’une commission de lutte contre la corruption, dont Mohammed ben Salmane a pris la tête. Ces derniers mois, celui que l’on surnomme «MBS» a lancé plusieurs chantiers de réformes qui marquent le plus grand bouleversement culturel et économique de l’histoire moderne du royaume, dont la moitié de la population (31 millions) a moins de 25 ans. Attaché à desserrer le carcan des milieux religieux sur la société, il promettait fin octobre une Arabie «modérée», pratiquant un islam «tolérant et ouvert».  

Cet assouplissement n’aurait pas été possible, selon des experts, sans l’arrestation en septembre de dizaines de religieux et d’intellectuels. Des mesures perçues comme une démonstration de force de la part du prince Mohammed pour renforcer son emprise politique, mais dénoncées par des organisations de défense des droits de l’Homme. 

Il a réussi à avoir «un pouvoir et une influence extraordinaires en très peu de temps», note Frederic Wehrey, de l’institut Carnegie Endowment for International Peace à Washington. Un diplomate occidental confirme sa «forte influence» sur son père, le roi Salmane, 81 ans. D’abord nommé vice-prince héritier le 29 avril 2015, le jeune prince a été l’inspirateur d’un vaste programme de réformes économiques de son pays, certes le premier exportateur de pétrole, mais trop dépendant de cette ressource. 

Baptisé «Vision 2030», ce plan a transgressé un tabou en proposant de vendre en bourse moins de 5% du géant pétrolier Aramco et de se doter d’un fonds souverain de 2.000 milliards de dollars (1.777 milliards d’euros), le plus grand du monde. 

Un économiste salarié d’une grande banque du Golfe, qui s’exprimait sous le sceau de l’anonymat, assure que personne en Arabie saoudite ne peut penser que ces arrestations puissent être dictées par la volonté de lutter contre la corruption». Il s’agit de consolider le pouvoir et d’une frustration devant le rythme insuffisant des réformes», dit-il.

Il n’est pas encore roi, mais déjà le premier parmi les princes et il prend tous les risques pour avoir le pays en main… Reste à savoir véritablement pour quoi faire, car il a fait naître de grands espoirs

Patrice Zehr

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Un commentaire

  1. Faut-il croire un musulman ?

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