samedi 21 octobre 2017

Libye : Le pari de l’ONU au Maroc

Pourparlers libyens skhirat juillet 2015

En dépit de la chaise vide du Parlement de Tripoli, un accord sur l’avenir de la Libye a été scellé à Skhirat, après 9 mois d’âpres négociations. Un pas sur le chemin de la sortie de crise jugé historique. Un gros pari sur la paix !
L’objectif est la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale. Tout n’est pas joué, mais l’accord reste ouvert et les négociations sur les annexes du texte paraphé reprendront à Skhirat après le Ramadan, avec l’espoir de voir les absents revenir discuter les réserves qu’ils ont émises…

Premier succès des négociations de Skhirat (localité près de Rabat, capitale du Royaume), samedi 18 juillet 2015 ! Les parties libyennes en négociation ont paraphé l’accord de paix et de réconciliation, malgré l’absence très remarquée d’une partie des belligérants, le parlement de Tripoli qui a opté pour la chaise vide, malgré sa présence neuf fois aux négociations et tractations sur un document proposé par l’ONU.
C’est dans le superbe bâtiment du Palais des congrès de Skhirat, dans une ambiance marquée par l’hospitalité marocaine et dans une nuit ramadanesque inspirant confiance et optimisme en l’avenir que les parties libyennes en conflit ont pris place autour d’une table carrée, face à face, pour plus de transparence et de clarté dans les positions.

Ils représentaient le parlement de Tobrouk, les partis politiques, les municipalités, la société civile du peuple libyen et les chefs tribaux. Un grand absent toutefois: les représentants du parlement de Tripoli.
La cérémonie de signature a eu lieu sous les yeux bienveillants et solidaires de l’émissaire onusien, Bernardo Léon, du ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, Salaheddine Mezouar, des présidents des Chambres des représentants et des conseillers, respectivement Rachid Talbi Alami et Mohamed Cheikh Biadillah.
Le ton a été donné à cette cérémonie de paraphe de l’accord de paix de Skhirat par un verset du coran qui appelle à l’union après les divergences.
Prenant la parole en premier, l’émissaire onusien s’est voulu réconciliant. «C’est un pas, mais c’est réellement un pas important sur le chemin de la paix». Et se voulant confiant en l’avenir proche, il a lancé un appel au grand absent, le parlement de Tripoli: «La porte reste grande ouverte pour ceux qui ont choisi de ne pas être parmi nous aujourd’hui». Et le diplomate de souligner: «Il n’y a pas de texte parfait», ce qui veut dire, en dehors de la langue de bois, qu’un texte ne peut prétendre répondre à toutes les questions; le parlement de Tripoli a des remarques dont il voudrait qu’elles figurent dans le document paraphé à Skhirat.
Bernardo Léon sait que la route est encore longue. «Nous avons, a-t-il dit, beaucoup à faire pour que le peuple libyen récolte le fruit de la paix. L’esprit de réconciliation peut épargner au peuple libyen beaucoup de mal». Et de revenir sur le document de Skhirat qui gagnerait à être définitivement paraphé. Il s’est directement adressé aussi bien aux signataires qu’aux absents: «Vous allez avoir besoin d’avoir un consensus sur le document de paix et de réconciliation. La Libye a besoin d’un gouvernement fort qui représente tout le peuple pour faire face aux défis et mettre en œuvre cet accord».
L’émissaire onusien n’a pas manqué de faire l’éloge de SM le Roi Mohammed VI «…pour sa générosité, son hospitalité et son rôle pour la facilitation de cet accord de paix». Et de conclure: «Jamais nous n’aurions pu avoir un environnement aussi propice pour travailler et ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de la Libye sans la disponibilité du pays hôte, le Maroc et son Roi».
Intervenant à son tour lors de la cérémonie de paraphe de l’accord de Skhirat, le chef de la diplomatie marocaine, Salaheddine Mezouar, s’est adressé directement aux belligérants: «Je vous dis: le monde vous regarde en ce moment, parce que vous façonnez la nouvelle Libye, tournez une page et ouvrez une autre». Au peuple libyen, Mezouar a reconnu: «Oui, le processus de paix est difficile, les plaies sont encore ouvertes et saignent, mais vous pouvez changer la douleur en espoir». Et le ministre marocain des Affaires étrangères de réitérer l’engagement du Maroc auprès du peuple libyen dans son combat pour la paix et la réconciliation dans le respect de la souveraineté de ses décisions…
L’accord de Skhirat prévoit la formation d’un gouvernement d’Union nationale et l’organisation de nouvelles élections. Il persiste cependant des points de contentieux. Ils seront, a confié l’émissaire onusien, remis sur la table des négociations qui reprendraient après le Ramadan.
La Libye compte à l’heure actuelle deux parlements (de Tobrouk et de Tripoli) et deux gouvernements qui se disputent le pouvoir. Le premier demeure le seul à être reconnu par la communauté internationale.
Cependant, celui de Tripoli continue de formuler des réserves quant à la mouture de l’accord. Mais tous les belligérants présents gardent l’espoir de reprendre le chemin de Skhirat pour parfaire l’accord de paix et appellent leurs frères et sœurs du parlement de Tripoli à cesser leur fuite en avant pour en arriver aux choses sérieuses.

DNES à Skhirat: Mohammed Nafaa

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Entretien 1

Mohamed Soban, du Parti Al Adala Wal Binaâ : «Le dialogue est ouvert pour tous»

Vous êtes aujourd’hui témoin, avec nombre de vos frères libyens de tous bords, à la concrétisation de l’accord de paix. Qu’est-ce que cela vous fait?

Une immense joie. Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui, nous venons de faire un grand pas vers la réconciliation et la signature définitive de l’accord de Skhirat.

Toutes les parties du conflit ne sont pas d’accord…

Oui, mais il y a un grand consensus sur l’accord et partout, nous demeurons confiants, optimistes et considérons que cet accord que nous avons aujourd’hui paraphé constitue un pas vers un consensus définitif.

Une partie importante du conflit a laissé aujourd’hui sa chaise vide, à savoir le Parlement de Tripoli.

Nul doute que le Congrès National (Parlement de Tripoli) est essentiel dans le puzzle.

Qu’est-ce qui, à votre avis, a dicté cette absence?

Il a certainement des observations et des remarques qu’il estime nécessaires et doivent figurer parmi les amendements apportés au document de l’Accord de paix de Skhirat. Néanmoins, nous espérons que le dialogue et les négociations se poursuivront. La voie aujourd’hui est grande ouverte devant tous ceux qui souhaiteraient rejoindre les parties en conclave, pour le bien de la Libye et des Libyens.
Merci au Roi Mohammed VI et aux Marocains de nous avoir donné cette opportunité de nous réunir sur cette terre hospitalière.

Propos recueillis par MN

Entretien 2

Mohamed El Amine, membre du groupe des négociations : «Une grande réalisation après neuf mois de dures négociations»

Comment évaluez-vous cette cérémonie de paraphe de l’accord de Skhirat?

Nous considérons la signature, aujourd’hui à Skhirat (Royaume du Maroc), de l’accord de réconciliation et de paix, comme une grande réalisation qui intervient après neuf mois de dures négociations et une sortie du cercle des tensions et de la division.

Quel a été le rôle du Maroc?

Le Maroc a consenti d’énormes sacrifices et d’efforts pour en arriver là. Nous lui en sommes reconnaissants et plus particulièrement à SM le Roi Mohammed VI. Il y a aussi le rôle et le soutien de l’ONU et des Libyens qui ont réussi à se hisser au niveau de la responsabilité, gérer au mieux cette étape et mettre le train de la réconciliation et de l’édification de la Libye sur les rails, espérant sincèrement qu’il bouge bientôt dans le bon sens et nous permette de nous accorder fraternellement sur les principes de gouvernance.

Quelle sera la prochaine étape?

La prochaine étape, à mon sens, c’est de nous entendre sur les détails des documents annexes de l’accord de Skhirat.

Même si une partie importante en conflit est absente à cette séance de paraphe?

Sincèrement, nos prévisions vont dans le sens de leur retour à la table des négociations pour aller ensemble vers la formation d’un gouvernement d’union nationale, du parlement et la stabilité du système exécutif de l’Etat et pour œuvrer à mieux servir les Libyens.

Propos recueillis par MN

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