mardi 17 octobre 2017

Insécurité : Agressions, Tcharmil, Où va-t-on ?

Internet Tcharmil 2014

Agressions de jour et de nuit. Jeunes et mineurs, apprentis voleurs. Exposition du butin sur internet (Tcharmil). Où va-t-on ?
Une chose est sûre, quelle que soit la ville –et pas seulement Casablanca- les citoyens ne se sentent plus en sécurité. Les cas d’agressions se sont multipliés et surtout aggravés. Les vols à l’arrachée de sacs à main ont fait place aux attaques au sabre et aux braquages. Plus personne ne s’aventure à se promener à pied le soir, ni même le jour… Les voleurs ne se comptent plus. Même les mineurs s’y mettent, découvrant l’ivresse de l’argent facile.
Les vols, les viols et de plus en plus souvent les meurtres, font quotidiennement l’ouverture des journaux.
Mais ce n’est pas une simple question d’amplification médiatique. C’est dans leur vie quotidienne que les citoyens voient monter l’insécurité.

Et, pour couronner le tout, ces dernières semaines, les Marocains ont vu se développer un phénomène des plus terrifiants: le «Tcharmil» et l’exposition sur les réseaux sociaux des armes et du butin des agresseurs qui, parfois, pavoisent sur le web, à visage découvert !
Fort heureusement, les autorités ont réagi. Le «Tcharmil» et ses auteurs seront traqués. Mais le problème ne s’arrête pas là…

Où sont les temps bénis où les citoyens pouvaient se promener, dans toutes les villes du Maroc, à pied, sereins et insouciants, quelle que soit l’heure de la journée et jusque tard le soir ?
Où sont ces temps où l’on portait ce que l’on voulait, chez soi comme dans la rue, y compris des bijoux de valeur, sans craindre d’être victime d’une agression ?
Où sont ces années, pas si lointaines, où l’on se sentait protégé dans sa voiture, que l’on roule ou que l’on soit à l’arrêt, à un feu rouge ?
Aujourd’hui, tout le monde a quelques histoires d’agression à raconter –des plus banales aux plus dramatiques- et tout le monde recommande à tout le monde la plus grande prudence !
Psychose généralisée ? Les médias sur-médiatisent les faits ?
Les autorités multiplient les sorties et mises au point. Leurs chiffres se veulent rassurants. La délinquance et la criminalité baissent dans leurs statistiques. Et les agents de l’ordre sont à pied d’œuvre… Selon des sources fiables, plus de 103.700 suspects ont été arrêtés sur l’ensemble du territoire, entre le 1er janvier et le 30 mars 2014.
Certes, certes… Mais ils ont beau faire, l’inquiétude des citoyens ne baisse pas d’un cran. Dans leur vie de tous les jours, ils ne voient rien qui les rassure.
Les agents de l’ordre eux-mêmes sont agressés. Ils ne font plus peur aux malfrats. Exemple, ce gendarme de Salé dont la main a été sectionnée, la semaine dernière, lors d’une expédition nocturne contre une bande de malfaiteurs qui allait s’attaquer à une usine de textile. Le gendarme et ses collègues ont pourchassé et tenté d’arrêter les voleurs lesquels, armés de sabres, n’ont pas eu peur de contre-attaquer en s’en prenant aux gendarmes.
Une pétition a été lancée, il y a quelques semaines, appelant à une marche contre l’insécurité. Des centaines de signataires ont aussitôt souscrit au projet. Les autorités n’ont pas autorisé la marche pour cause de loi ne permettant pas aux individus d’appeler à une marche. Seules les associations peuvent le faire.
Et quand bien même une association accepterait de prendre cette marche à son compte… Et quand bien même cette marche aurait lieu… Qu’est-ce que cela changerait dans la tête des agresseurs ?
Ce serait un miracle si, au cours de cette marche-même, aucune personne parmi les marcheurs ne se voyait subtiliser son téléphone portable, son sac, ou autre objet de convoitise des voleurs dont le terrain de prédilection est ce genre d’attroupement…
Les femmes ne se promènent plus avec des sacs qu’on pourrait leur arracher. Elles ne portent plus de bijoux en or. A Derb Soltane (à Casablanca), récemment, une jeune femme marchait tranquillement, regardant les devantures de boutiques où elle comptait faire quelques courses, quand un jeune a foncé sur elle, comme un vautour et, avant qu’elle ne comprenne ce qu’il lui arrivait, il lui a arraché la chaine en or qu’il avait repérée à son cou, avant de disparaître dans la nature. Des cas comme celui-là, il y en a à la pelle. C’est déjà heureux qu’elle ne soit pas «tombée» sur un voleur qui lui aurait enfoncé la pointe de son couteau dans les côtes, lui intimant l’ordre de lui remettre tout ce qu’elle avait: chaîne, bague, argent liquide, téléphone portable, etc. Cela se produit de plus en plus.
Même les hommes sont agressés. Un jeune banquier, allant déjeuner chez lui, pas loin de son agence, sa mallette à la main, s’est fait agresser par deux voyous qui pensaient probablement que la mallette était pleine d’argent. Ce qui n’était pas le cas. Mais ils ne l’ont su qu’après avoir agressé le banquier, le laissant étendu sur le bitume, avant de prendre la poudre d’escampette.
Et combien d’hommes se sont vu piquer leur portefeuille, ou leur GSM, alors qu’ils marchaient, faisaient leurs courses, ou étaient en pleine conversation téléphonique !
Ni les hommes, ni les femmes, ne sont à l’abri d’une agression. Ils ne le sont même plus dans leur voiture…
Si la vitre d’un véhicule est baissée, un simple arrêt au feu rouge suffit à ce qu’un spécialiste plonge sa main à l’intérieur de la voiture et s’empare du sac ou du portable posé sur le siège !
Il y a des agressions de ce genre tous les jours. Sans compter les voitures en stationnement dont on casse la vitre pour voler ce qu’on y trouve. Mais avec les nouveaux modèles de voitures, les postes-radio étant encastrés, il faut avoir laissé quelque chose de visible, dans la voiture, pour la voir saccagée.
Certains criminels s’étaient spécialisés dans l’agression des automobilistes sur l’autoroute, mais après la mort d’un jeune dans ces circonstances, la réaction ferme de la gendarmerie (qui a longtemps posté ses agents sur les ponts de l’autoroute) y avait mis fin. Ce n’est que ce mois-ci qu’un drame similaire s’est produit, une dame y ayant laissé la vie. L’enquête est en cours pour savoir si le phénomène est de retour, où s’il s’agit d’un cas isolé.
Ce qui a le plus consterné les Marocains, ces derniers temps, c’est que même les personnes âgées ne sont pas épargnées. Le viol collectif d’une femme de plus de 90 ans, chez elle, par une bande de jeunes voyous, il y a quelques jours, dans une petite ville, a profondément choqué l’opinion publique.
Comment donc, dans ces conditions, les citoyens pourraient-ils être rassurés, quels que soient les chiffres optimistes qu’on leur donne ?
D’autant que de nouveaux phénomènes surgissent.
Notamment celui qui a fait son apparition la nuit. En effet, de nombreux Marocains ont soit subi, soit échappé de justesse, à une agression de gang. C’est nouveau. Les voyous agresseurs se mettent à plusieurs et, s’armant de sabres, barrent la route, en pleine ville, à des gens honnêtes, parfois de retour d’un dîner en famille ou entre amis, parfois rentrant d’une petite soirée… Ceux qui aimaient les voyages de nuit ne se hasardent plus à en faire, ni à prendre la route passée une certaine heure. Et, bien sûr, il est hors de question de faire la petite marche autrefois recommandée après le dîner (Tâacha wa tamacha). Ne parlons pas des précautions prises pour que des individus indésirables ne se retrouvent pas sur votre balcon, dans votre jardin, ou carrément dans votre chambre à coucher, cherchant la cachette des bijoux et autre objet de valeur…
Effet inattendu du phénomène de gangs et d’agressions effectuées collectivement, de tout jeunes apprentis voleurs s’y initient. C’est le cas de la mère de cet entrepreneur bien connu qui, il y a quelques jours, se dirigeait à pied vers sa société, quand une bande d’enfants de 10-11 ans l’ont interpellée en l’appelant joyeusement «Khalti» (Tata) avant de l’encercler et que l’un d’eux ne lui mette un couteau dans les reins, lui enjoignant de lui remettre son sac…
L’autre phénomène apparu, c’est celui qui a fait le plus de bruit, ces derniers jours, le «Tcharmil». Il s’agit de jeunes –généralement de milieux pauvres- qui ont adopté un style de vie particulier. Habillés de vêtements sport signés de grandes marques, coiffés de la même manière (une espèce de crête au sommet du crâne, par ailleurs rasé), ayant presque tous une motocyclette, ils ont pour activité de boire de l’alcool, de fumer du «H» et, pour financer ce train de vie, de commettre des agressions. Le phénomène a pris une dimension effrayante quand ces jeunes ont créé des pages facebook sur lesquelles ils ont fièrement exposé leurs armes et le butin de leurs vols (des sabres, des paquets ou valises d’argent, des montres en or, des téléphones portables de dernière génération et des bouteilles d’alcool de très grandes enseignes).
Effarés par cette apologie du crime, les Marocains ne parlaient que de ça. Des internautes ont immédiatement appelé les autorités à prendre les mesures qui s’imposent.
Devant la gravité des faits, les autorités n’ont heureusement pas tardé à le faire. La police, la justice et même la coopération internationale (Interpol et Facebook), ont été mis à contribution. Certains de ces individus ont été arrêtés. Les autres ne courront plus le risque d’aller sur les réseaux sociaux… Mais le mal est-il vaincu pour autant ?
Non, bien sûr. La page du «Tcharmil» n’est pas tournée. Pas plus que celle de l’insécurité. Il faut une mobilisation sans faille et des réponses à toutes les causes de cette insécurité pour commencer à en venir à bout et l’extirper… Sachant que la sécurité est la base de tout.

KB

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