dimanche 20 août 2017

Gouvernement : !انتهى الكلام

Dans quelle situation s’est mis le chef de Gouvernement Abdelilah Benkirane en prenant la décision de mettre fin «انتهى الكلام» aux négociations avec le RNI et le Mouvement Populaire, dimanche 8 janvier ?

Etait-ce une démission ?

Quelle réponse (totalement inattendue) a-t-il reçu ?

La formation du nouveau Gouvernement est un véritable jeu d’échec dont, jusque-là aucun coup n’était prévisible…

Encore moins, le dernier auquel a donné lieu le Conseil des ministres tenu à Marrakech, mardi 10 janvier.

Dimanche 8 janvier, alors que tous les observateurs s’attendaient à l’annonce d’une nouvelle équipe gouvernementale dans une poignée de jours, voire d’heures, deux communiqués ont bouleversé la donne.

Le 1er, un communiqué conjoint signé par quatre partis: le RNI, le Mouvement Populaire, l’UC et l’USFP.

Le second, signé –fait inédit- par Adelilah Benkirane en sa double qualité de Secrétaire général du PJD et chef de gouvernement désigné.

Coalitions et pied de nez

Pourquoi le 1er communiqué a-t-il provoqué la colère de A. Benkirane qui y a répondu -à titre personnel et avant même que le parti n’ait entériné sa décision-  par le désormais célèbre «انتهى الكلام» ? Le chef de Gouvernement attendait la réponse du RNI et du Mouvement Populaire. Le fait que ces deux partis suggèrent d’élargir la majorité proposée à l’UC et à l’USFP et que les quatre partis se présentent comme un bloc, avait 2 aspects énervants pour Benkirane. D’abord, bien que le nombre de sièges des 4 partis réunis (103 sièges) ne dépasse pas celui des élus du PJD et du PPS (137 sièges), le chef du PJD ne pouvait pas voir d’un bon œil cette «coalition au sein de la coalition»… Ensuite, il recevait cela comme un pied de nez à sa décision, annoncée plus tôt, de se limiter à reconduire la majorité sortante. Soit 4 partis seulement: le PJD, le PPS, le RNI et le Mouvement Populaire.

Pas de verrouillage de la majorité !

Or, justement, de leur côté, les partis politiques avec lesquels le chef de gouvernement négociait, ou était censé négocier, n’acceptaient pas ce verrouillage de la majorité décidé unilatéralement et de façon péremptoire par Benkirane.

En fait, un bras de fer était engagé depuis le début entre le chef de Gouvernement désigné pour constituer une majorité et le RNI qui, en concluant une alliance avec l’UC, accédait au 3ème rang (avec 56 sièges) après le PJD (125 sièges) et le PAM (102 sièges, d’office dans l’opposition) ; et avant l’Istiqlal (46 sièges).

Bras de fer qui a connu le blocage autour de l’entrée ou non de l’Istiqlal au Gouvernement (entrée voulue par Benkirane, non souhaitée par le RNI)… Jusqu’à ce que l’Istiqlal soit disqualifié, suite aux propos tenus par son Secrétaire général, Hamid Chabat, sur la Mauritanie…

Et bras de fer qui, alors qu’on pensait tout blocage écarté, revenait, avec le désaccord autour de l’entrée ou non dans la nouvelle majorité des 2 partis alliés du RNI: l’UC et l’USFP.

Partout des complots, alors que…

Qu’est ce qui explique ce nouveau bras de fer ?

Pour les défenseurs du PJD, si Benkirane pouvait comprendre que le RNI insiste pour intégrer l’UC dans le nouvel exécutif, compte tenu de l’alliance que les deux partis ont conclue dès le lendemain des résultats électoraux du 7 octobre (2016), il recevait par contre très mal le fait que le RNI propose également l’USFP. Il y voyait une nouvelle entrave… La goutte qui a fait déborder sa colère. D’où son communiqué personnel du dimanche 8 janvier, en réponse immédiate au communiqué des 4, où il tranche sèchement via son «انتهى الكلام»… Communiqué entériné par le Secrétariat général du parti (PJD) le lendemain, lundi 9 janvier. 

Pour les 4 partis, ce que Benkirane prend pour des entraves à sa mission fait partie de sa mission. Son grand problème est qu’il voit partout des complots contre lui est son parti, là où il y a tout simplement compétition partisane et lutte démocratique pour l’accession aux affaires. Pour eux, il est chargé de négocier sa majorité. Tous les partis ont le droit de répondre à ses propositions en lui en faisant d’autres. Et chacun tente de défendre ses positions.

L’UC oui, mais pourquoi l’USFP ?

Quant au fait que le RNI propose aussi l’USFP, parmi toutes les raisons qu’il peut avoir à le faire, il y en a une qui domine, selon des sources proches.

Il s’agit de permettre aux Socialistes de faire leur entrée au Gouvernement afin d’y apporter leur contribution, en prévision de la défense des grandes causes du pays dans certaines tribunes internationales où les Socialistes sont aux commandes, à l’ONU (le nouveau Secrétaire Général, Antonio Guterres), en Europe, en Afrique, notamment de l’Est…

Une posture des plus inconfortables

Abelilah Benkirane est-il allé trop vite en besogne en déclarant les négociations avec le RNI et le Mouvement Populaire closes ? Un 1er constat: malgré sa «grande» colère, le chef de Gouvernement n’a pas écrit «intahate mouhimmati» (ma mission prend fin), mais «intaha al kalam» (la négociation prend fin). Il n’a donc pas démissionné. Peut-être pas encore, ou pas à la connaissance de l’opinion publique, mais en tout cas pas dans ce communiqué du 8 janvier. Aussi, se retrouve-t-il dans une posture des plus inconfortables.

Si l’on excepte le PPS qui lui est acquis d’office (vu leur pacte passé avant même le scrutin du 7 octobre), les partis politiques avec lesquels il peut constituer une majorité se comptent sur les doigts de la main: Istiqlal, RNI, MP, UC, USFP. Or, il vient de décider d’en éliminer 4 et le 5ème (l’Istiqlal) reste disqualifié tant que Hamid Chabat en est le chef. Un Gouvernement de minorité aurait peu de chances de tenir. Il ne serait certainement pas accepté par le Roi qui, dans son Discours de Dakar (6 novembre 2016) recommandait un Gouvernement fort, homogène et en mesure de relever les défis. Et il ne passerait pas l’épreuve du vote, lors de la présentation du programme du Gouvernement devant le Parlement, si tant est qu’il y en ait un.

Benkirane n’aura pas d’autre choix que de reprendre les négociations avec ceux qu’il a rejetés avec son «انتهى الكلام» précipité… Ou de démissionner et «انتهى الكلام» sera pour lui.

Le Conseil des ministres apporte du nouveau

En mauvaise posture, Abdelilah Benkirane l’est encore plus depuis le Conseil des ministres qui s’est tenu à Marrakech, mardi 10 janvier.

En effet, tous les observateurs attendaient ce Conseil des ministres (présidé par le Roi, comme tous les Conseils des ministres) avec impatience. Annoncé pour lundi 9 janvier, il a été reporté au lendemain. Or, compte tenu des communiqués du week end (celui des 4 partis, celui de Benkirane) et de la nouvelle situation de blocage qui en a résulté, tous les regards étaient portés vers ce Conseil où pouvait intervenir un arbitrage royal concernant la formation du Gouvernement. Il n’est sorti du Conseil des ministres aucun arbitrage royal, mais ce Conseil a bien apporté du nouveau. Et ce qu’il a apporté est plus important qu’il n’y paraît ! Et pour cause…

Une majorité parlementaire avant le Gouvernement ?

A son ordre du jour, le Conseil des ministres avait un 1er point, annoncé avant les derniers désaccords entre Benkirane et les 4 partis: l’adoption de la loi relative à l’acte constitutif de l’Union africaine, en prévision du retour du Maroc dans l’Organisation panafricaine. Ce point a donc été examiné et la loi adoptée. Mais l’adoption en Conseil des ministres ne suffit pas. Il faut que le Parlement l’entérine. Procédure urgente, sachant que le Sommet de l’UA est prévu pour la fin de ce mois de janvier et que le Maroc tient à compléter son dossier et les formalités qui vont avec, avant la tenue du Sommet.

Un communiqué lu par le Porte-parole du Palais royal nous apprend alors, à l’issue du Conseil, que: «Partant de la détermination de SM le Roi de parachever les procédures juridiques, le Souverain a insisté sur la nécessité d’accélérer celle relative à l’approbation de l’acte constitutif de l’Union africaine, y compris son adoption par les deux Chambres du Parlement».

Ainsi, Gouvernement ou pas, le Parlement devra se réunir pour adopter la loi relative à l’Union Africaine au niveau de ses deux Chambres. Pour ce faire, le Parlement et ses deux Chambres devront élire leurs instances.

A moins donc que, miraculeusement, un Gouvernement soit formé avant, une majorité parlementaire verra le jour de facto et la répartition des fonctions –notamment l’attribution du perchoir (présidence de la Chambre)- se fera hors des tractations du Gouvernement et échappera donc à Benkirane.

Il va sans dire que dès lors qu’une majorité parlementaire sera constituée et que le Parlement élira ses instances, le travail parlementaire pourra commencer et… se poursuivre, rendant l’urgence d’un Gouvernement sans intérêt.

Contrecarrer le retour du Maroc à l’UA ?

C’est le scénario que Chabat avait dénoncé, rapportant à Benkirane qu’un complot se tramait contre lui au Parlement. Benkirane avait approuvé, disant que si une majorité avait été décidée au Parlement, il n’aurait eu plus rien à décider, lui, pour la formation du Gouvernement. D’où la promesse faite, à Chabat qui l’a sauvée d’une telle situation, de ne pas constituer de Gouvernement sans l’Istiqlal.

Retour donc, aujourd’hui, à cette situation tant redoutée par Benkirane avec, en plus, l’impossibilité de s’attaquer à la décision de mettre en marche le Parlement, sous peine d’apparaître comme voulant contrecarrer le grand projet de retour du Maroc à l’UA.

A ce jeu d’échec, dont l’enjeu est la formation du nouveau Gouvernement, Benkirane vient de se voir une nouvelle fois damer le pion.

N’aurait-il pas été plus simple, au lieu de se poser, lui et son parti, tantôt comme grands vainqueurs des élections qui ne feront «pas de concessions, cette fois-ci» (alors qu’ils n’ont eu que 1 million 600 mille voix sur quelque 17 millions d’inscrits et 7 millions de votants), tantôt comme victimes de complots, d’éviter les bras de fer et les déclarations de guerre ? N’aurait-pas été aussi plus avantageux, aussi bien pour Benkirane que pour son parti de conduire les tractations avec les autres partis, avec souplesse et intelligence ?

A présent, il revient à Benkirane (et son parti) de trouver la suite à donner à leur: «انتهى الكلام».

B. Amrani

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