lundi 21 août 2017

Europe : La Grèce, un laboratoire à risque

Alexis tsipras

La santé économique de l’Europe concerne tous les pays partenaires ou voisins. Le cas de la Grèce est le plus flagrant.

L’Europe est actuellement la zone économique la plus inquiétante dans le monde. L’UE frôle la récession malgré une politique d’austérité devenue parfois insupportable pour les peuples concernés.
Les Grecs ont voulu réaffirmer une volonté de reprise en main de leur destin national contre les directives européennes, contre les eurocrates, avec comme conséquence un vote qui est une gifle à Bruxelles. Ils ont donc très largement voté pour une extrême gauche ou une gauche radicale qui, faute de majorité absolue, a fait alliance avec un petit parti souverainiste de droite. Ce serait en France Mélenchon majoritaire faisant alliance avec Dupont Aignan. Une alliance contre nature sur tout, sauf sur l’essentiel: le rejet de la soumission à Bruxelles et à la domination monétaire et économique allemande.
Certains rêvent d’une Europe sociale, le vote grec faisant tache d’huile en Espagne, puis ailleurs. Il faut bien voir qu’il ne s’agit pas d’un vote à gauche, mais à la gauche de la gauche. En Grèce, le Pasok, équivalent des socialistes français, a disparu. La droite de gouvernement a reculé et les néo-nazis sont troisièmes, alors que tous leurs dirigeants sont en prison.

Syriza a donc gagné les élections législatives. Battant un record de vitesse, son leader, Alexis Tsipras, a prêté serment comme Premier ministre dès le lendemain, après avoir formé une coalition avec la… droite radicale d’ANEL ou «Grecs indépendants», un parti populiste aux franges de l’extrême droite dirigé par Panos Kamménos. La composition du gouvernement a été annoncée dans la foulée.
Le score du «Rassemblement de la gauche radicale», une coalition de plusieurs partis, allant des anciens eurocommunistes aux ralliés du PASOK, en passant par les maoïstes et qui s’est transformée en parti politique en 2013, ne dépasse pas 36,34% des suffrages (en progression de 9 points par rapport à juin 2012) avec une participation relativement faible de 64%. C’est énorme, mais ce n’est pas un raz-de-marée. Les conservateurs de la Nouvelle Démocratie décrochent la seconde place avec 27,81% des voix, soit 2 points de moins qu’en 2012. Derrière, c’est l’émiettement. L’épouvantail néo-nazi d’Aube Dorée décroche la troisième place, mais avec seulement 6,28% des voix, en léger recul par rapport au précédent scrutin. Viennent ensuite le centre gauche pro-européen de To Potami (la Rivière) avec 6,02 %, le KKE (PC stalinien) avec 5,47%, ANEL avec 4,75% et le PASOK avec 4,68%. Dimar, un parti de centre gauche, est rayé de la carte et l’extrême droite du LAOS confirme sa disparition.
L’ancien Premier ministre socialiste, Georges Papandreou, a raté son opération: son nouveau parti, le KIDISO, ne franchit pas la barre des 3% nécessaires pour siéger à la Vouli (2,46%). Pour la première fois depuis 1949, aucun membre de cette famille n’a été élu. Papandreou sort de l’histoire par la petite porte, son opération désespérée ayant surtout réussi à affaiblir davantage ce qui restait du PASOK.
Le gouvernement du nouveau Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a été dévoilé le mardi 27 janvier avec, en vedette, Yanis Varoufakis, ministre des Finances. Une annonce accueillie très fraîchement par la Bourse d’Athènes qui a fortement chuté, cédant jusqu’à 6,4%. Mais qui est donc cet homme qui fait si peur aux marchés financiers?
Voix de «l’anti-austérité» en Grèce, il pourfend depuis des années «la dette odieuse» et est partisan de la «fin des mesures d’austérité» qui ont provoqué «une crise humanitaire». Il fut parmi les premiers à avertir du risque de défaut de son pays, attitude qui lui a valu le surnom de «Dr Doom» athénien (Monsieur Catastrophe). Lorsque Varoufakis conseillait le Premier ministre Papandréou, il préconisait que la Grèce fasse défaut sur sa dette, qui représentait 146% du produit intérieur brut en 2010 et en représente aujourd’hui 175%. De quoi faire peur en effet aux marchés financiers!
Ceux qui pensent que Tsipras est plus modéré qu’avant et va faire des concessions sur un allongement du remboursement de la dette se demandent si l’épreuve de force pourra être évitée.
Et si aucun accord n’était trouvé? «Alors, je le dis clairement: la mort est préférable. Le vrai déficit de la Grèce, c’est un déficit de dignité. C’est à cause de ce manque de dignité que nous avons accepté des mesures stupides», rappelait-il récemment à «La Tribune».
Dans plusieurs interviews récentes, Varoufakis a également martelé sa détermination à mettre fin au règne des oligarques grecs. Il annonce dans les colonnes du quotidien «Ta Nea» que le premier objectif du gouvernement sera de combattre le «triangle de la corruption» entre les médias, les banques, ainsi que les firmes du BTP et les fournisseurs de l’Etat.
La Grèce apparaît bien au lendemain de ce vote iconoclaste comme un laboratoire, mais un laboratoire à haut risque pour le pays, l’Europe et ses partenaires dans le monde.

Patrice Zehr

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