jeudi 17 août 2017

Amara : Nous devons réussir cette transition !

Amara ministre maroc

Entretien avec Abelkader Amara, ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement

Le ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement s’apprête à lancer de nouveaux chantiers de réformes devant accompagner la deuxième phase de la mise en œuvre de la stratégie énergétique nationale mise en place en 2009. Dans cet entretien accordé au Reporter, le ministre, Abdelkader Amara, dresse un premier bilan des réalisations et des acquis de cette phase et donne les grandes lignes de la seconde phase.

Quel bilan faites-vous de cette première phase de la stratégie énergétique nationale?

La stratégie énergétique qui a été lancée en 2009 par Sa Majesté le Roi comportait déjà plusieurs axes. Il y avait un axe prioritaire qui consistait à re-doter le Maroc de ses capacités de production électrique parce que, sur les années 2007 et 2008, nous avions vécu des moments de délestage.
C’était important parce que, lors de la première phase de la stratégie énergétique qui avait normalement pris fin en 2013, nous avons rebâti nos capacités de production électrique. On peut dire qu’aujourd’hui nous avons une réserve d’au moins 13% ce qui est très important pour notre pays.
Dans le deuxième axe, on était parti sur la pose des jalons de la nouvelle stratégie énergétique en passant d’un pays qui dépend pratiquement à 100% du fossile à un pays qui va progressivement faire introduire du renouvelable. Avec l’objectif d’arriver en 2020 à 42% de notre production électrique renouvelables entre l’éolien, l’hydraulique et le solaire.

Quelles sont les particularités de la 2ème phase?

Maintenant, nous amorçons, en effet, la 2ème phase. Celle-ci est entamée sous le slogan de la «transition énergétique». Ainsi, comme je l’ai déjà annoncé, à l’horizon 2025, nous devrions être à 85% de dépendance énergétique à l’échelle internationale. Si on part du fait qu’il y a quelques années, on était à près de 99%, 85%, c’est très important. Ça veut dire que nous allons mettre du renouvelable, essentiellement de l’éolien et puis du solaire avec l’hydro-électrique qui nous permettraient relativement de nous désengager du marché international.
D’autre part, dans le fossile, nous allons opérer un recadrage. C’est-à-dire qu’au lieu d’être sur 60% des produits pétroliers, essentiellement le pétrole, nous allons réduire en faveur de l’introduction progressive du gaz naturel. D’abord, puisqu’en matière de gaz naturel, les prix sont très intéressants et puis, parce que le gaz naturel se marie très bien avec les énergies renouvelables. A cela s’ajoute un autre axe de la stratégie qui est, bien sûr, l’efficacité énergétique dont j’annoncerai, dans les jours à venir, un nouveau programme. Dans ce cadre, nous n’avons pris jusque-là que certaines mesures, notamment l’usage des lampes à basse consommation, le GMT+1… Là, ça va être une vision qui va nous amener à économiser, d’ici à 2030, 25% de notre consommation.

On parle de plus en plus de transition énergétique. Pensez-vous que le Maroc a les moyens requis pour réussir sa transition?

Dans la transition énergétique, le Maroc n’a pas le choix. Il se doit de la réussir. Quand on est un pays qui dépend de l’importation, on est dans l’obligation de réussir la transition. C’est à mon sens une position réaliste, parce que c’est une transition qui se base sur un soubassement objectif. Vous avez des potentialités en énergies renouvelables, il faut les utiliser. Bien entendu, c’est plus facile à dire qu’à faire. Il faut déjà des structures de productions, il faut maîtriser la R&D dans ce domaine, faire un montage financier adéquat, marier ça sur le plan technique pour pouvoir avoir des injections dans le réseau qui seraient des injections acceptables et soutenables… Et c’est justement ce que nous sommes en train de faire. Je pense que les projets qui sont lancés soit dans le cadre du solaire que fait Masen, soit dans le cadre de l’éolien que fait l’ONEE, soit encore dans le cadre du photovoltaïque, nous permettront de réussir cette transition qui se veut réaliste. Je reste cependant confiant et je pense qu’à l’horizon 2025, on serait pratiquement sur un désengagement de 25%, plutôt que 15% auparavant, du marché international. Ceci dit, il pourrait y avoir, entre-temps, quelques changements. Si on arrive à trouver du gaz naturel au Maroc, cela va améliorer notre bilan.

On parle aussi de pétrole. Y en a-t-il vraiment au Maroc et si oui, quel en est le volume?

Le Maroc fait de l’exploration pétrolière un cheval de bataille. Nous faisons de la recherche et nous avons même des indicateurs assez intéressants puisque le nombre de forages augmente. La trajectoire des sociétés intéressées par le Maroc est en train de prendre une forme exponentielle. Nous connaissons de plus en plus notre géologie et quand on compare avec les expériences internationales, on finira par trouver quelque chose.
Cependant, il faut garder les pieds sur terre, car cela ne veut pas dire pour autant que le Maroc sera un producteur genre pays de l’OPEP, la Russie ou autres… Mais je reste confiant que nous allons trouver des réserves intéressantes qui nous permettraient de réduire un petit peu notre dépendance…

A l’horizon 2020-2025, quelle sera, selon vous, la situation énergétique du Maroc?

Sur 2025, nous avons déjà des estimations. Nous serons, si aucune découverte n’est faite d’ici là, sur 85% de dépendance énergétique. Si entre-temps il y a une découverte, on serait à moins. On serait, pour ce qui est des énergies renouvelables, à un niveau au-delà de 20% dans l’énergie primaire, ce qui est très important… On aura notre gaz naturel dans le mix énergétique et nous avons d’autres alternatives qui vont être discutées par la suite. On peut parler de l’option nucléaire qui est une option sur la table. Un pays comme le Maroc ne doit écarter aucune option qui lui permette d’assurer sa souveraineté énergétique…

Le photovoltaïque qui monte en flèche aura-t-il un quelconque impact sur la situation énergétique?

Le photovoltaïque a le vent en poupe à l’échelle internationale. Le Maroc est un pays qui a peu de capacités photovoltaïques. On a quelques mégawatts, mais un pays comme le nôtre, qui a 3.000 heures d’ensoleillement par an, ne doit pas ne pas avoir du photovoltaïque.
Maintenant, le photovoltaïque, le grand photovoltaïque que sont les fermes solaires, c’est ce que nous allons faire avec Masen et l’ONEE, dans le cadre de la loi sur l’autoproduction que je viens d’amender mais, il y a aussi le photovoltaïque résidentiel qui me tient à cœur parce que ça va permettre à tout consommateur de pouvoir disposer d’une source d’énergie et d’être relativement à l’abri du monopole que ferait un distributeur.

Propos recueillis par Hamid Dades

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