dimanche 21 octobre 2018

Migration d’Afrique Ces révélations de Nasser Bourita…

Parmi les intenses activités de la diplomatie marocaine, à New York, à l’occasion de la tenue de l’Assemblée générale des Nations Unies, il y a eu cette participation du ministre des Affaires Etrangères, Nasser Bourita, à la réunion qui a eu lieu le 25 septembre, au siège de l’ONU, autour du thème «Migration et transformations structurelles en Afrique» et qui n’était pas banale du tout.

Non seulement on y a appris ce que les médias disent rarement sur la migration en général et africaine en particulier. Mais en plus, s’exprimant devant la diplomate en chef du Rwanda (pays qui préside l’Union Africaine-UA), le Directeur général de la CNUCED, le Président de la Commission de l’UA, et la Haute Représentante de l’Union Européenne (UE), Nasser Bourita a fait quelques annonces levant partiellement le voile sur l’Agenda Africain pour la Migration qui sera présenté le 10 décembre prochain à Marrakech, à l’occasion du Pacte Mondial pour des Migrations sûres, ordonnées et régulières.  

Ce qu’a dit Nasser Bourita change radicalement le regard qui est porté sur cette migration pointée du doigt partout dans le monde.

D’abord quelques corrections chiffrées. N. Bourita rappelle que sur les 258 millions de migrants dans le monde, moins de 14% sont africains. Donc, moins d’1 migrant international sur 5 est originaire du continent noir. Par contre, les migrants africains représentent plus d’1/3 des morts identifiés le long des routes migratoires ! Le ministre ajoute que sur les millions de migrants qui affluent vers l’Europe, 12% seulement proviennent d’Afrique. On est loin de «l’invasion» qu’agite comme un épouvantail l’extrême-droite européenne. La désinformation et l’instrumentalisation des chiffres coupés de leur contexte, sont  utilisés pour semer la terreur au sein des populations. Aussi faudra-t-il veiller à disposer de statistiques honnêtes et exactes. N. Bourita nous apprend ainsi que «le projet de Pacte Mondial sur les Migrations consacre son premier objectif à la collecte et à l’utilisation des données précises et désagrégées, comme base pour le développement des politiques migratoires». D’où la proposition de SM Mohammed VI de créer un Observatoire Africain de la Migration. Proposition adoptée par le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA en mai 2018 et entérinée par le 31ème Sommet africain, à Nouakchott, en juillet 2018.

L’image déformée de la migration concerne également l’aspect économique. Le ministre marocain des Affaires étrangères affirme que «les migrations contribuent au développement socio-économique des pays d’origine et de destination, où ils dépensent environ 85% de leurs revenus» et que «les transferts de fonds constituent une source essentielle et stable de financement extérieur pour l’Afrique, qui dépassent même l’aide publique du développement», concluant que «souvent, les migrants donnent bien plus qu’ils ne reçoivent». C’est pourquoi, d’emblée, Nasser Bourita annonçait, au cours de cette réunion de haut niveau tenue au siège de l’ONU, que «l’Agenda Africain pour la Migration, fruit d’une concertation élargie, tend à faire de la migration un levier de co-développement, un pilier de la coopération Sud-Sud, ainsi qu’un vecteur de solidarité».

Pour les détails, rendez-vous à Marrakech qui abritera, les 10 et 11 décembre prochain, le Pacte Mondial pour des Migrations. Mais d’ores et déjà, les contours du plaidoyer marocain pour la migration africaine se dessinent.

Il sera, certes, difficile de changer les mentalités, ou de combattre les peurs et appréhensions enracinées et qu’entretiennent férocement les militants anti-immigration. D’autant que, il faut le reconnaître, la migration irrégulière est plus visible que celle, légale, qui profite aux Etats d’accueil. Il est encore plus aléatoire de penser pouvoir convaincre un décideur tel que le Président Trump qui veut voir ériger des murs partout, au Mexique, au Sahara (!), pour endiguer l’immigration… Mais il ressort des déclarations faites par Nasser Bourita à l’ONU, cette semaine, que le Maroc, dont le Roi a été choisi par l’Union Africaine (UA), depuis mars 2017, pour coordonner le programme de l’immigration au sein de la commission de l’UA, entend poursuivre deux objectifs. Veiller à la vérité des chiffres, d’une part et, de l’autre, œuvrer à ce que la migration soit un levier de développement et perçue comme telle.

Dure, mais noble tâche !

Bahia Amrani

Accroche

Le Maroc entend poursuivre deux objectifs. Veiller à la vérité des chiffres, d’une part et, de l’autre, œuvrer à ce que la migration soit un levier de développement…

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