mercredi 18 octobre 2017

Syrie : Trump frappe et change la donne

Il y a une semaine, l’administration américaine estimait que le sort de Bachar El Assad n’était plus une priorité. Et le jour même de la parution de notre journal, prenant en compte cette inflexion majeure, Trump bombardait une base aérienne syrienne.

On est passé de l’inflexion au revirement. Qu’on soit pour ou contre, ce n’est pas très rassurant. Les conséquences, elles, sont difficiles à analyser.

A l’origine, un massacre de populations civiles avec des armes chimiques. Pour les Américains et leurs alliés de la coalition, c’est Al-Assad qui est responsable. Le régime syrien s’en défend. La Russie, elle, évoque un  dégât collatéral provoqué par le bombardement syrien d’un dépôt d’armes chimiques aux mains des rebelles.

Avant même que la vérité ne soit connue -si elle est connue un jour!- et devant le blocage à l’ONU, le président Trump a pris la décision d’une action punitive unilatérale en informant au préalable, cependant, tous les acteurs du drame syrien, y compris la Russie.

On peut, semble-t-il, exclure par la suite une intervention américaine à l’irakienne en Syrie, en raison des implications militaires internationales sur place. Mais Trump a envoyé un signal fort. Il n’est pas Obama et son Amérique n’hésitera pas à frapper.

Donald Trump ou l’anti-Barack Obama

Trois jours à peine après l’attaque chimique contre Khan Cheikhoun qui a tué au moins 80 civils -dont 27 enfants-, le président américain a ordonné les premières frappes depuis le début du conflit en 2011 en Syrie. Mais celui que l’on décrivait comme un président isolationniste a pris soin de prévenir la Russie, l’alliée du régime de Bachar Al-Assad. Le Pentagone a également précisé qu’il s’agissait d’une «frappe ciblée» qui n’annonce pas forcément le début d’une campagne militaire américaine en Syrie. Riposter ponctuellement à une attaque chimique pour «punir» ses auteurs est une chose. Se lancer dans une aventure militaire dans le bourbier syrien en est une autre.

Trump prouve en tout cas qu’il peut passer en quelques heures des menaces aux actes et changer d’opinion sous le coup de l’émotion. On s’en doutait, on le craignait, il le prouve. Ceux qui le craignaient d’ailleurs s’en félicitent largement, car ce coup-ci frappe Al-Assad. Mais il le fait sans passer par l’ONU.

Cette action militaire unilatérale va marquer la fin du timide réchauffement des relations entre Trump et Poutine et va même fragiliser le rapprochement stratégique entre la Russie et la Turquie. Trump reprend un peu la main. Poutine est embarrassé. «Le président Poutine qualifie les frappes américaines en Syrie d’agression contre un Etat souverain, violant la loi internationale en usant d’un prétexte artificiel», a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov,  devant des journalistes, en commentant l’attaque américaine sur la base syrienne d’Al-Chaayrate. D’après Vladimir Poutine, «cette mesure ne nous rapproche pas du but final de la lutte contre le terrorisme international, mais constitue un obstacle sérieux à l’émergence d’une coopération des nations dans la lutte contre un mal mondial, dont le président américain Donald Trump avait affirmé, lors de sa campagne électorale, qu’elle serait l’une de ses tâches principales», a ajouté le porte-parole du Kremlin.

Konstantin Kossatchev, président de la commission des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe), a déclaré: «D’une façon ou d’une autre, les missiles de croisière russes frappent les terroristes, tandis que les missiles américains sont tirés sur les forces gouvernementales qui, de fait, se trouvent à la tête de la guerre contre les terroristes. Je crains qu’avec de telles approches, la coalition antiterroriste russo-américaine en Syrie, tant souhaitée et dont on a tant parlé après l’arrivée de Trump au pouvoir, ne soit mort-née», a affirmé le sénateur via Facebook.

Enfin, il y a dans cette action de Trump un avantage intérieur indiscutable. Alors que se multipliaient les enquêtes sur des connivences et même plus avec Moscou, qui pourra encore affirmer que Trump est  tenu par Poutine? Certains y verront peut-être d’ailleurs une occasion exploitée à des fins intérieures. On ne peut rien exclure. Il faudra aussi  juger en pleine campagne électorale présidentielle française de l’impact de cette frappe anti-Assad sur certains candidats comme Fillon Le Pen ou même Mélenchon.

Mais avec  cette action militaire, Trump, lui, est devenu vraiment président. Poutine sait que le jeu a changé, les Syriens et les Iraniens aussi.

Le côté imprévisible du président américain capable de revirements à 180 degrés, en fonction de ses émotions légitimes ou simulées, est à prendre en compte par toutes les parties engagées dans un conflit syrien de plus en plus dangereux pour le monde entier.

Patrice Zehr

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