jeudi 23 novembre 2017

Al Hoceïma : Manifs sur les plages et tourisme à l’agonie…

Les images sont insolites. Que ce soit sur papier, sous forme de captures d’écran, ou en vidéo, elles laissent perplexe. Derrière un alignement de boucliers étincelants, des éléments des forces de l’ordre, droits dans leurs bottes et bottes dans l’eau, sur la plage d’Al Hoceïma, s’interposant entre des manifestants venus prolonger leur mouvement de contestation jusqu’en bord de mer et des vacanciers en maillot, jouant au ballon sur le sable…  

La dernière fois que l’on a vu, au Maroc, les forces de l’ordre descendre en nombre sur les plages, c’était il y a 17 ans (en 2000), lorsque les Islamistes d’Al Adl Wal Ihsane avaient cru pouvoir transformer le pays en «grand Kandahar», en investissant les plages pour y installer des camps de vacances autogérés, y compris en matière sécuritaire, où la mixité entre hommes et femmes était interdite… L’intervention des forces de l’ordre avait permis de stopper net cette «Kandaharisation» via les «petites républiques islamiques de plage».

Aujourd’hui, que vise l’intervention des forces de l’ordre sur la plage d’Al Hoceïma ? Cette question en appelle une autre: quel est d’abord le message des manifestants qui déplacent la contestation de la ville et ses alentours vers la plage ? Car il y a bien un message à délivrer… Or, là, l’incompréhension est totale et une avalanche de questions interpelle la raison. Quel intérêt ont les manifestants à perturber les vacances de ceux qui ont choisi de braver la peur et venir chez eux, encourager leur tourisme ? Les faire fuir, n’est-ce pas se tirer une balle dans le pied ? Le tourisme n’est-il pas l’une des principales ressources de la ville ? Tuer le tourisme, n’est-ce pas aggraver le chômage et enfoncer davantage la ville et sa région dans les problèmes ?

Le simple fait que le Rif ait nourri les manchettes du monde entier avec ses manifestations qui ont duré plusieurs mois, a dissuadé nombre de touristes étrangers de passer leur été 2017 dans la région. Les hôtels sont vides et les désistements et annulations de réservations désespèrent les professionnels du secteur. Est-il intelligent de confirmer les peurs –amplifiées à l’étranger- en manifestant sur les plages ? Qui, pour expliquer aux manifestants que leur tourisme se dirige d’un pas certain vers l’agonie ?

En toute logique, donc, l’intervention des forces de l’ordre sur les plages devrait sauver ces plages… Ainsi que le tourisme dans cette région en général. A condition qu’elle n’ait pas à se répéter quotidiennement. Ce qui rebuterait les estivants de la meilleure volonté qui soit !

«Stop Manifs» devrait désormais devenir le leitmotiv, si la région veut regagner la confiance de ses deux seuls vrais possibles sauveurs: le touriste et l’investisseur privé.

D’autant que les pouvoirs publics multiplient les initiatives de sortie de crise et gestes d’apaisement. Par son intervention en Conseil des ministres, le Roi a boosté l’action du Gouvernement. Le chef de gouvernement a détaillé les leviers mis en œuvre pour accélérer le Plan «Al Hoceïma Manarat Al Moutawassit». Les deux commissions –celle d’enquête au ministère de l’Intérieur et celle ministérielle de suivi de réalisation du Plan- sont à l’œuvre. Côté sécuritaire, ordre a été donné pour un retrait progressif des forces de l’ordre d’Al Hoceïma et d’Imzouren…

Enfin, en ce qui concerne le tourisme dans la région, le ministre Sagid a rencontré sur place les opérateurs, élus et responsables locaux et décidé de constituer une commission qui regrouperait les différents acteurs du secteur et serait chargée d’arrêter les mesures urgentes à prendre pour sauver la saison estivale.

Quant à la revendication des manifestants concernant la libération de ceux qui ont été arrêtés, lors des «Manifs», la loi est claire: une fois la Justice saisie, nul ne peut intervenir pour interrompre son cours… Pas même le Roi qui, s’il le faisait, serait aussitôt accusé d’enfreindre la Constitution, d’empiéter sur les platebandes de la Justice et de vouloir s’accaparer les pouvoirs des juges…

Cependant, le chef de gouvernement a clairement laissé entendre que le retour au calme sur la voie publique permettrait de trouver des solutions…

«Stop Manifs», alors ? Pour donner une chance à la sortie de crise qui se met en place ?

B. Amrani

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