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Chine–Inde | Affrontements au sommet

Chine–Inde | Affrontements au sommet

L’Indien Modi et le Chinois Xi

La crise du Coronavirus aura curieusement relancé la confrontation entre la Chine et l’Inde. Il n’y a eu aucune solidarité sanitaire. L’«esprit de Wuhan», tant vanté il y a deux ans, lors de la rencontre entre Xi Jinping et son homologue indien, semble avoir vécu.

Les bilans en morts dans les deux pays les plus peuplés du monde paraissent faibles. La Chine ment, c’est clairement admis et le comptage indien est plus que suspect… Moins de 5000 morts dans ces pays, c’est difficile à croire. Malgré leur appartenance à plusieurs organisations internationales (BRICS, Organisation de Coopération de Shanghai – OCS, etc.) et d’apparentes convergences, la Chine est le facteur le plus déterminant de la politique extérieure indienne, quand l’Inde représente un rival stratégique durable pour Pékin.

On a l’impression que le virus renforçant l’émergence internationale des deux puissances asiatiques a réactivité les conflits anciens. Dans cette période troublée, l’Inde s’est associée à la demande internationale d’enquête indépendante sur les origines du Covid-19, et le gouvernement Modi n’a pas fait mystère de sa volonté d’attirer les entreprises étrangères qui voudraient quitter la Chine. Les contentieux frontaliers hérités de la période de la colonisation britannique et le soutien diplomatique de la Chine au Pakistan, grand rival de l’Inde, expliquent –sur le temps long– ces importants différends entre Pékin et New Delhi. Les premières frictions surviennent à Bandung en 1955. Cette première conférence afro-asiatique des pays du «Tiers Monde» (l’expression naît dans ce contexte) voit les représentants chinois et indiens se disputer le leadership des pays non alignés pour défendre les vertus d’un développement s’affranchissant des modèles concurrents inspirés par Washington et Moscou. On parait revenu dans ce contexte géopolitique. Lors du sommet informel tenu en novembre 2019, Modi et Xi évoquèrent les questions de gouvernance économique régionale et de commerce. Le déficit commercial se creuse entre les deux géants en défaveur de New Delhi. Modi déplora le manque d’accès et d’ouverture du marché chinois aux entreprises et produits indiens. De son côté, Xi encouragea l’Inde à rejoindre le plan Belt and Road Initiative et de soutenir Huawei dans l’équipement en 5G de l’Union indienne. Significativement, les Indiens ont fait du port iranien de Chabahar le point d’appui concurrent dans le «grand jeu» qui s’esquisse à travers cette zone. L’insécurité chronique de ces régions du continent asiatique peut compromettre le développement et l’activité économique. À ces régions s’ajoutent celle de l’océan Indien, objet des convoitises de la Chine qui, du Myanmar jusqu’à Djibouti a installé des bases. New Delhi entend contrer cette stratégie chinoise en opérant un rapprochement tous azimuts. L’Inde s’est notamment rapprochée pour cela de la France et de ses possessions d’outre-mer (îles Éparses, île de la Réunion…). 

Depuis la guerre de 1962, qui a vu la défaite cuisante de l’Inde, les quelque 3.500 kilomètres de frontière sino-indienne sont définis par une «ligne de contrôle» assez floue. Les régions de l’Arunachal Pradesh, côté indien, et de l’Aksai Chin, côté chinois, sont toujours disputées, et les escarmouches ne sont pas rares sur le tracé. Le 5 mai, près du lac Pangong, à 4.250 mètres d’altitude, dans l’Etat indien du Ladakh, des soldats chinois se sont opposés à la construction d’une route militaire indienne, assurant qu’elle était sur leur sol, alors que le délimité de la frontière n’avait jamais été contesté à cet endroit. C’est le troisième incident grave entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. Selon Ashok Kantha, ancien ambassadeur d’Inde en Chine interrogé par The Hindu, «les intrusions récentes semblent être différentes, les troupes chinoises se montrent plus agressives, s’engagent dans des confrontations physiques et ne respectent pas les protocoles communs». Ce nouvel accroc, en plein confinement dû à l’épidémie de Covid, qui a déjà fait 4.300 morts en Inde et plus de 150.000 cas confirmés, a fait naître les pires craintes dans l’opinion publique indienne. L’annonce du rapatriement sanitaire de Chinois a laissé penser qu’une guerre se préparait, et la rumeur a couru que des milliers de soldats étaient envoyés en renfort par Pékin et qu’une patrouille indienne avait été faite prisonnière. Mais la tension baisse.

«Nous avons informé l’Inde et la Chine que les Etats-Unis sont prêts […] à arbitrer leur dispute frontalière qui fait actuellement rage». Le tweet de Donald Trump, publié sans autre commentaire, a jeté un coup de projecteur sur les batailles rangées entre soldats chinois et indiens qui se sont tenues au début du mois dans l’Himalaya. Quelques minutes avant, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères se fendait d’une déclaration apaisante, assurant que la situation à la frontière sino-indienne était «globalement stable et contrôlable» et «pouvait se résoudre via le dialogue». Même si l’incident au Ladakh semble toucher à sa fin, il a jeté une nouvelle ombre sur la paix toujours fragile entre les deux géants asiatiques. Le Covid a relancé la rivalité entre les deux géants du continent asiatique, le continent qui devient le centre des nouvelles puissances mondiales devant le déclin indiscutable de l’occident.

Patrice Zehr

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