mardi 24 octobre 2017

Karim Zaz sous une pluie de plaintes

Karim Zaz scandale Mars 2014

Qui aurait cru que, derrière le brouillage d’un câble, pouvait se cacher un scandale de gros calibre qui ferait tomber dans les filets de la justice de gros bonnets? C’est justement le cas dans le scandale qui vient d’éclater et qui met en cause l’ex-patron de Wana, Karim Zaz.

En effet, tout a commencé dans un quartier casablancais par un brouillage téléphonique sur un câble de Wana. Câble sur lequel les techniciens de l’opérateur ne pouvaient pas intervenir vu qu’il se situe dans une zone qui est sous le contrôle de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). Munis de matériel de haute technologie, les techniciens de l’ANRT, accompagnés d’éléments de la police judiciaire, ont ainsi été envoyés sur les lieux.
Dès que le point de diffusion a été détecté, le procureur du Roi a été sollicité afin d’émettre des mandats de perquisition. Dans un immeuble, des appartements recèlent du matériel sophistiqué. Ces locaux font office de sociétés dont l’une appartient à deux anciens
collaborateurs de Karim Zaz ayant travaillé chez Maroc Connect et Wana Corporate, jusqu’au milieu de 2013.
«Sous couvert de lancement d’un centre d’appels, des paraboles très puissantes ont été acquises», souligne une source proche d’un opérateur télécoms. Et d’ajouter: «Une acquisition réalisée à l’étranger, entrée sur le territoire d’une manière plutôt suspecte»!

Des plaintes qui plantent

S’ensuit une plainte déposée en bonne et due forme, en juin 2013, chez le Procureur général du Roi à Casablanca. Elle est déposée par Wana, principal opérateur touché par le détournement des appels internationaux qui s’acheminaient par le dispositif précité.
Depuis 2012, Karim Zaz faisait l’objet, selon des sources judiciaires, d’une enquête. Déjà à l’époque, une faille dans le réseau télécom de Wana, décelée dans une maison à Casablanca, avait éveillé les soupçons. Dès lors, plusieurs plaintes avaient été déposées et une enquête avait été ouverte par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Celle-ci avait permis la découverte du siège de la société «SIART» qu’abrite ladite maison. Lors d’une perquisition, les forces de police avaient découvert du matériel informatique et des puces.
Deux ans plus tard, les autorités réussissent à dénouer l’énigme et connaître la manière avec laquelle les appels internationaux ont été détournés par la société en question. Un détournement qui est derrière un lourd manque à gagner qui s’élève à 10 MDH pour les opérateurs de télécoms.
L’ex-patron de Wana Corporate et propriétaire de Mydeal a ainsi été interpellé par les services de la BNPJ. Il est poursuivi pour escroquerie et crime financier. Zaz a été arrêté dans le cadre d’une enquête relative au détournement des sommes générées par les communications téléphoniques des clients de Wana à l’étranger.
Deux plaintes ont été déposées par Wana et Maroc Telecom à propos d’une société en Europe qui détournait des sommes générées par les communications téléphoniques entre le Maroc et l’international. Karim Zaz a été transféré, mercredi 5 mars, au tribunal de première instance de Casablanca. Il est impliqué, aux côtés de 10 autres personnes. Les charges retenues contre lui sont lourdes. Il s’agit de constitution d’une bande criminelle, de détournement des appels internationaux, de faux et usage de faux, d’abus de confiance, de blanchiment d’argent…
L’enquête de la BNPJ de Casablanca a été déclenchée suite à une plainte déposée par les trois opérateurs télécoms, à savoir Maroc Telecom, Meditel et Wana. Zaz a ainsi passé deux jours en garde à vue chez la police judiciaire chargée des crimes financiers de Casablanca, avant d’être déféré, en compagnie de plusieurs personnes, devant le parquet. Il est aussi accusé d’avoir créé six sociétés spécialisées dans la piraterie et le détournement du trafic télécoms international.
Lundi 10 mars, Karim Zaz est passé devant le juge d’instruction du tribunal de première instance de Aïn Sebaâ à Casablanca. Le juge a poursuivi son enquête préliminaire avec l’ancien patron de Wana dans l’affaire du détournement de trafic téléphonique international.

Hamid Dades
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Un «trafic très nuisible»
Le 15 février 2013, Frédéric Debord, actuel directeur général d’Inwi, avait déjà dénoncé ce «phénomène du détournement du trafic qui prend de plus en plus d’ampleur». En février 2013, il avait précisé que de nombreux procès étaient en cours. «C’est un trafic très nuisible à la fois pour le Maroc, les opérateurs et les clients. C’est du trafic qui passe en sous-terrain. Donc, il n’est pas comptabilisé dans la balance des paiements. Pour les opérateurs, ce sont des revenus en moins. Et pour les clients, c’est une qualité de réseau déplorable», avait encore expliqué Debord. A l’époque, Karim Zaz avait nié toute implication dans cette affaire.

 

Technique
Un crime sophistiqué
Le détournement de trafic est une technique très sophistiquée et difficilement détectable par les opérateurs. La plupart du temps, le procédé consiste à acheminer par internet des appels internationaux grâce à un partenaire étranger et le faire transiter par le réseau d’un opérateur national via une carte SIM au prix d’une communication locale.
Le mode opératoire consiste à acheminer un trafic international via Internet. Ce trafic est ensuite réinjecté dans le réseau pour ressortir via la carte SIM d’un opérateur national. Le tout au prix d’une communication locale! Et la différence est empochée par les trafiquants. Dans le cas de l’affaire Zaz, le détournement du trafic représente entre 5 et 10% du trafic global, ce qui est l’équivalent de quelque 4 MMDH.
Des fraudeurs ont déjà été démasqués, notamment dans le cadre de plaintes déposées par Maroc Telecom. Les peines de prison prévues peuvent aller jusqu’à 18 mois, sans oublier les dédommagements à verser aux opérateurs, à l’Office des changes et aux douanes.

 

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