dimanche 20 août 2017

Ensemble pour un Maroc plus tolérant !

Manif mettre une robe n est pas un crime casablanca 2015

Dimanche 28 juin, plusieurs centaines de Marocaines et de Marocains sont descendus dans la rue, dans un mouvement de solidarité avec les deux jeunes filles d’Inezgane qui doivent comparaître le 6 juillet prochain devant le tribunal de 1ère instance de cette petite ville voisine d’Agadir, pour «atteinte à la pudeur». Le «crime» de ces jeunes filles (âgées de 21 et 23 ans) a consisté à aller au souk, habillées de robes. Ce qui leur a valu un quasi-lynchage par de petits commerçants en furie. Ce qui leur a valu aussi et surtout, de passer la nuit au commissariat comme des criminelles, avant que le parquet ne décide de les poursuivre pour «atteinte à la pudeur». Selon le code pénal, elles risquent 1 mois à 2 ans de prison.
Quelques jours auparavant, à Agadir, de jeunes surfeurs ont décidé d’installer une pancarte sur la plage, sur laquelle ils enjoignaient les gens à respecter le ramadan et à proscrire le port de bikinis.
Fin mai, il y a eu l’affaire du spectacle de Jennifer Lopez retransmis par la télévision 2M, qui a soulevé la polémique au prétexte que la danse érotique de la star aurait choqué dans les foyers…

Cette semaine, à Fès, un homosexuel a été agressé par une foule hystérique. Battu, pourchassé, il s’est réfugié dans un taxi que la foule ne voulait pas laisser partir. La vidéo a fait le tour du monde.
Autant d’événements qui inquiètent aussi bien les Marocains modernistes -ou simplement modérés- que les étrangers et potentiels touristes, habitués à une plus grande tolérance au Maroc.
L’impression générale est que, non seulement il y a une radicalisation rampante dont la progression semble s’accélérer avec ces événements. Mais qu’en plus –et c’est le plus grave- il y a laxisme des autorités ; les victimes de cette radicalisation n’étant pas protégés, voire se retrouvant au banc des accusés.
L’affaire des deux jeunes filles d’Inezgane a finalement mobilisé la société civile (qui a mis un certain temps à réagir). Aujourd’hui, peu à peu, les partis politiques également prennent position.
Une chose est sûre, Siham et Samia ne seront pas seules devant le juge. Leur procès n’est pas celui de deux filles qui comparaissent pour atteinte à la pudeur, mais celui de toutes celles et ceux qui, au Maroc, refusent que le pays se laisse gagner par une intolérance de plus en plus dangereuse, de plus en plus menaçante.
Lors des nombreuses manifestations de solidarité avec elles, les slogans et les commentaires étaient édifiants et clairs. Que ce soit à Inezgane, à Agadir, à Rabat, ou à Casablanca, le message était le même : Non à la restriction des libertés individuelles garanties par la Constitution ; non à la radicalisation rampante ; non à l’anarchie que veulent imposer les nervis qui se permettent de s’en prendre physiquement aux citoyens, chaque fois qu’ils le jugent bon.
Les Marocains ont toujours vécu dans leur pays en entretenant un certain équilibre entre la tradition et la modernité.
Le pays a choisi la diversité, la pluralité et l’ouverture sur le monde, à tous les niveaux: culturellement, économiquement…
Jusque-là, la tolérance a été la règle. Les exceptions à cette règle n’étaient que dérapages, aussitôt condamnés par la majorité et punis par la loi.
Ce n’est pas aujourd’hui, alors que les nébuleuses jihadistes rivalisent de surenchère obscurantiste, dont on voit les effets sanglants dans le monde, qu’il faut bâiller devant les accès d’intolérance des ultra-conservateurs.

Bahia Amrani

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Trois questions à Fouzia Assouli, présidente de la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF)

Fouzia assouli

L’affaire des deux jeunes filles d’Inezgane poursuivies pour «outrage à la pudeur», est-elle un cas isolé ou, selon votre association, s’ajoute-t-elle à d’autres cas?

Le harcèlement est malheureusement une affaire courante, mais là, c’est la première fois où des filles sont arrêtées à cause d’une tenue vestimentaire. Leur «faute»? Avoir simplement fait leurs courses en robe! En plus, il n’y a pas eu seulement le lynchage par un groupe de psychopathes qui ont encerclé les deux jeunes filles. Mais là où le bât blesse, c’est quand le parquet d’Agadir s’est appuyé sur l’article 483 du code pénal pour déclencher des poursuites concernant la tenue vestimentaire d’une personne. Le procureur s’est basé sur un article trop vague qui n’a jamais été utilisé dans un cas pareil: «outrage à la pudeur». C’est une première dans l’histoire judiciaire du Maroc. Avec cette affaire, la violence dans l’espace public est institutionnalisée et approuvée par la justice.

Le procureur du Roi a ordonné la garde à vue en se basant sur l’article 483 du code pénal marocain. Cela signifie-t-il qu’il faudrait procéder à une révision du cadre juridique, surtout que le débat est déjà lancé pour la réforme du code pénal?

Il faut revoir cet article qui n’est pas conforme à notre Constitution et revoir la définition du délit et du crime. L’Etat doit légiférer et protéger les libertés individuelles du citoyen. Il ne doit pas céder devant les pressions d’un groupe d’obscurantistes. Ce débordement grave de la justice s’ajoute à l’image du Maroc «No Bikini…», ces déviations qui font peur aux gens de l’extérieur, mais aussi aux Marocains.

Un sit-in est prévu le 6 juillet devant le Tribunal de première instance d’Inezgane. Est-ce que vous serez présente sur place?

Oui et notre avocat sera présent à l’audience du 6 juillet.

Propos recueillis par Bouchra Elkhadir

NB : «Outrage public à la pudeur» est une infraction punie de «l’emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de 120 à 500 dirham» (article 483 du code pénal).

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Leur avis…

Zineb, étudiante, 26 ans.

«C’est inacceptable que des gens se permettent de faire la loi et de persécuter les citoyens, qu’ils soient hommes ou femmes. Si on les laisse faire, ce sera la jungle et on ne sait pas ce dont ils seraient capables, demain. De quel droit devraient-ils nous dicter notre conduite ? Imaginez que de jeunes étudiants qui ne supportent pas les femmes voilées, leur coupent la route et les lynchent. Où on arrivera comme ça ?»

Aïcha, femme au foyer, 56 ans.

«Moi, je suis jeune grand-mère. Ma fille vient d’avoir un bébé. Eh bien, je n’aimerais pas qu’elle, ou plus tard sa fille, soient agressées parce qu’elles portent une jupe ou quoi que ce soit d’autre. Dans notre famille, on respecte les traditions, mais on est très moderne. J’ai éduqué mes enfants comme ça et je n’aimerais pas les voir éduquer les leurs autrement».

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Un commentaire

  1. si il doit être soumis à l’administration , c’est que ce n’est pas libre !il n’y avait pas [b]des[/b] centaines mais [b]une[/b] centaine trop mediatisée et les gens d’Inezgane ne sont pas d’accord !c’est la presse qui amplifie contre l’avis de la societé .en clair , vous agressez la societé marocaine !
    https://www.youtube.com/watch?v=Y5QI7bI_c98

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