dimanche 20 août 2017

Comment réaliser une croissance inclusive

Seminaire croissance inclusive

Mettre en place une équité durable, dans le respect des droits fondamentaux de la personne.

Générer une croissance économique inclusive est le défi et la préoccupation grandissante des politiques publiques. L’objectif est d’en faire profiter une tranche de la population, notamment -et c’est là l’enjeu- les groupes les plus vulnérables, surtout en matière d’amélioration de l’accès à l’enseignement, aux services de santé et à des infrastructures publiques de qualité.

Identifier les enjeux

Dans la perspective de mieux cerner le concept multidimensionnel de la croissance inclusive et d’en identifier les enjeux, la Direction des Etudes et Prévisions Financières (DEPF) du ministère de l’Economie et des finances et l’institut Brookins (USA) pour la recherche, en partenariat avec l’Agence Japonaise de Coopération internationale (JICA), ont organisé, le 3 février 2015 à Rabat, un colloque international sur la «Croissance inclusive».
Durant ce colloque, d’éminents spécialistes et experts représentant différents organismes mondiaux, régionaux et nationaux, en l’occurrence les organismes multilatéraux (Banque Mondiale, Banque Africaine de développement, acteurs économiques et sociaux d’horizons divers),

ainsi que des universitaires et des représentants d’ONG internationales se sont penchés sur cette problématique de la «Croissance inclusive», essayant de voir dans quelle mesure et selon quelle répartition la croissance devrait profiter aux différentes catégories socio-économiques, dans le but sacro-saint de parvenir à réduire les inégalités en garantissant une difficile répartition des fruits de cette croissance.

Accentuation des inégalités

Inaugurant ce forum international d’envergure, le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaïd, a souligné: «Ces dernières décennies ont été marquées partout dans le monde par la réalisation d’une croissance économique qui s’est accompagnée d’une accentuation des inégalités de toutes sortes». Il s’agit plus particulièrement des inégalités d’accès aux opportunités économiques et des inégalités spatiales où la croissance bénéficie surtout aux grandes agglomérations et métropoles, excluant, voire même marginalisant de larges couches de la société qui continuent de vivre dans des espaces enclavés. Il s’agit aussi d’inégalités de genre qui, a précisé M. Boussaïd, «se sont malheureusement exacerbées ces dernières années sous les effets prolongés de la crise économique et financière, au point de remettre complètement en cause les modèles de développement dominants».

Une équité durable

Pour sa part, le directeur des Etudes et des Prévisions financières, Mohamed Chafiki, a affirmé: «Une des origines de la crise provient des inégalités, ce qui renforce la question de la croissance. On ne parle plus seulement en termes d’infrastructures physiques, mais aussi d’infrastructures institutionnelles. La question est donc multidimensionnelle. Il s’agit ainsi de mettre en place une équité durable». Dans ce sens, a conclu M. Chafiki, «les droits fondamentaux de la personne et le respect de leurs droits demeurent un élément fondamental. On peut donc espérer fonder une nouvelle ambition pour un développement humain ”soutenable”».
Certes, la problématique de la croissance inclusive reste une priorité dans l’agenda des Etats. Il n’en demeure pas moins qu’il n’existe pas encore de définition universellement acceptée du concept de la croissance inclusive et la question, toujours à l’ordre du jour, consiste à savoir selon quelle répartition cette croissance devrait profiter aux différentes catégories socio-économiques, pour assurer en fin de compte une meilleure réduction des multiples inégalités qui continuent de se creuser en défavorisant les couches sociales les plus fragiles, en dehors de toute égalité des chances.
Le ministre Boussaïd a ainsi affirmé: « Même s’il n’existe pas de consensus autour d’une définition universellement acceptée de la Croissance inclusive, nous pouvons dire que celle-ci passe globalement par une mobilisation optimale de l’ensemble des ressources, celles des jeunes comme celles des plus âgés, des hommes comme des femmes».

Mohammed Nafaa

Une problématique de taille


Les participants à ce colloque international ont cependant gardé les pieds sur terre et sont restés conscients que cette rencontre de Rabat, avec au menu une problématique de taille, intervenait dans le sillage d’une conjoncture internationale de crise économique latente. Il s’agissait pour ce panel d’experts et d’éminents spécialistes nationaux et internationaux de répondre à la question restée longtemps en suspens, celle de savoir dans quelle mesure et selon quelle répartition cette croissance inclusive devrait profiter aux différentes catégories socio-économiques, l’objectif étant de parvenir tant bien que mal à mettre en œuvre et à assurer une meilleure réduction des inégalités. Question qui est devenue le centre des préoccupations de tous les pays, quels que soient leur niveau de développement et leurs aspirations.

Entretien

Mohammed Chafiki, ministère des Finances

Chafiki

Pour donner une espérance à ceux d’en bas

Mohammed Chafiki (photo), Directeur des Etudes et des Prévisions financières au ministère de l’Economie et des Finances, nous explique, ici, l’intérêt de la réflexion sur la croissance inclusive, ainsi que son importance pour l’élaboration des politiques publiques.

Consacrer un Forum international à la Croissance inclusive, c’est consacrer l’importance de cette thématique. Quelle définition donnez-vous donc à cette croissance?

Un des objectifs de ce colloque, c’est justement de clarifier la définition, parce qu’il s’agit d’un concept multidimensionnel qui intègre des dimensions classiques concernant la croissance et aussi toutes les autres dimensions d’accès aux droits fondamentaux: les trois générations de droits où il y a les droits économiques, la question de l’emploi, la question de l’inclusion spatiale et de l’inclusion du genre. Et puis, il y a tous les aspects non monétaires qui doivent être pris en considération et où de nouveaux concepts émergent.

Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, on ne parle plus d’infrastructure au sens physique, mais plutôt d’infrastructure institutionnelle?

Aujourd’hui, on parle plutôt d’infrastructures physique et institutionnelle pour la bonne raison qu’on se rend compte que, s’il n’y a pas les institutions qui permettent de mobiliser le capital humain mais aussi les dimensions immatérielles du capital pour les optimiser, leur apport, leur contribution au bien-être et non seulement à la croissance des richesses, nous ne sommes pas dans les dynamiques de développement durable et soutenable.

Les dimensions nouvelles que vous évoquez posent quand même de nouvelles problématiques?

Il s’agit pour moi de restituer les dimensions nouvelles qui posent de nouvelles problématiques parce que, lorsqu’on intègre ces éléments-là, on est dans une logique où, par exemple, l’intégration des politiques publiques est importante.
Dans ce cas, l’ancrage aux normes internationales des droits de l’homme devient fondamental pour définir les nouvelles politiques publiques d’accès à ces droits. Le droit à l’alimentation est un droit qui est reconnu. C’est donc une opportunité de rénovation de la logique du modèle de développement de telle sorte qu’il soit intégrateur, inclusif, durable et soutenable.

Quelle place pour les citoyens dans cette opportunité de rénovation?

Il ne s’agit pas de régler les problèmes pour le court ou moyen terme, mais d’inscrire les citoyens dans une trajectoire de vie où leur libre choix est respecté et où une ambition et une espérance de promotion existent véritablement sur la base de l’égalité des chances.

Quelle interrogation sur le nouveau modèle de développement?

C’est une question qui n’est pas posée uniquement pour nous. Notre Souverain nous a appelés à réfléchir à ces questions qui deviennent d’actualité et qui posent les problèmes des inégalités de l’accès aux actifs productifs.

L’égalité des chances est fondamentale…

Elle l’est assurément. Quand vous avez un marché de l’emploi où l’intermédiation ne fonctionne pas de manière transparente et où plus de 90% de ceux qui arrivent à avoir un emploi passent par des relations personnelles, vous n’êtes pas dans une dynamique d’un modèle de développement inclusif, ouvert, transparent et respectant l’égalité des chances.

Est-ce un appel à reconsidérer les questions de développement?

Les reconsidérer à partir de leurs dimensions sociales, économiques et institutionnelles pour qu’elles s’inscrivent dans une logique de démocratie participative véritablement ouverte au progrès.

N’estimez-vous pas qu’il est grand temps aujourd’hui d’ouvrir la boîte noire de la classe moyenne?

Il est, je dirais, patent de constater que dans un environnement de crise mondiale, les classes qui ont le plus payé sont justement les classes moyennes.

Et pourtant, elles constituent, de l’avis général, les fondements de la stabilité…

De la cohérence aussi, du progrès et de l’appropriation des nouveaux instruments de développement que sont, par exemple, les fondements de l’économie et de la connaissance. Ce n’est pas malheureusement dans la pauvreté et l’exclusion qu’on peut accéder à ces éléments-là.

Il s’agit donc d’un enjeu fondamental…

C’est pour cela justement que je dis que le modèle de développement doit avoir aussi une ossature sociale qui soit tenable, stable et offre des perspectives de progrès, une espérance à ceux qui sont en bas; qui crée un élément d’équilibre et d’égalité relative dans la société. Donc, c’est un élément stratégique dans la définition d’une trajectoire de progrès pour un pays.

Peut-on alors parler encore au Maroc d’une classe moyenne? Existe-t-elle encore?

Oui, bien évidemment qu’il y a une classe moyenne maintenant. C’est la dimension de cette classe moyenne qui est importante. Quand vous entrez dans un supermarché, vous croisez bien des gens de cette classe.
La classe moyenne doit avoir la possibilité d’investir dans l’avenir.

Mais que dire quand cette classe est plombée par moult charges?

Quand elle est plombée, par exemple, au niveau de ses revenus par des charges exorbitantes en matière de scolarisation, quand la fiscalité ne prend pas en considération ces éléments, quand l’accès au logement est plombé à son tour par des logiques spéculatives qui grignotent l’essentiel du revenu de cette classe moyenne, alors, les projections dans l’avenir semblent difficiles.

Qu’attendez-vous de ce forum international sur la croissance inclusive?

C’est un point de rencontre et de réflexion qui nous vient d’Asie, du Japon -ce n’est quand même pas négligeable-, de l’Institution Brookings (USA), de chercheurs au niveau de la Banque Mondiale, d’universitaires et d’acteurs du développement et de la coopération. C’est la contribution à cette réflexion qui nous permettra d’inventorier les voies du progrès au niveau des politiques publiques. C’est cela l’objectif de ce colloque.

Interview réalisée par MN

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